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18 juillet 2016

Des vacances cruelles pour les animaux

Près de 10 000 bêtes sont encore abandonnées chaque année en Suisse, malgré une loi de protection se voulant dissuasive. Mais l’est-elle suffisamment? D’autant que, faute de puce, l’immense majorité des chats délaissés disparaissent dans la nature.

Un chien abandonné au bord d’une route: une image qui n’appartient malheureusement pas encore au passé. (Photo: Alamy Stock Photo)

L’abandon d’animaux est illégal en Suisse. Et punissable par des amendes allant jusqu’à 20 000 francs, voire de trois ans d’emprisonnement. Enfin, bien sûr, si l’on attrape le propriétaire fautif, ce qui semble très loin d’être toujours le cas. Comme chaque début d’été, le départ en vacances reste synonyme de période critique dans les 65 refuges de la Protection suisse des animaux (PSA).

Pour certains, les animaux domestiques sont devenus des produits de consommation jetables. Pour d’autres, le manque de moyens pour payer un refuge ou la soudaine prise de conscience de la difficulté d’organiser ses congés suffisent à rejeter l’animal...

En 2014, près de 18 200 chiens, chats mais aussi désormais NAC*, à savoir les nouveaux animaux de compagnie – dont la proportion d’individus recueillis subit la plus forte augmentation ces dernières années – ont été récupérés par les refuges. Parmi eux, 9659 ont été abandonnés, le reste étant des animaux trouvés, amenés au refuge ou saisis, par exemple pour maltraitance. Des chiffres qui ne tiennent pas compte de la grande proportion de chats, parmi les 1,4 million qu’abrite notre pays, redevenus à moitié sauvages ou disparus sans laisser de trace.

Seul un chat sur dix est actuellement doté d’une puce électronique. Obligatoire pour les toutous, tout comme leur enregistrement, celle-ci se montre efficace pour retrouver un propriétaire fautif.

* Il s’agit des animaux de compagnie autres que le chat et le chien. Par exemple, les furets ou les reptiles.

«Pénalement, les cruautés restent traitées avec complaisance»

Helen Sandmeier,

porte-parole de la Protection suisse des animaux (PSA).

A chaque veille de vacances, les refuges signalent une hausse des animaux recueillis. Cette année va-t-elle déroger à la règle?

Je suppose que non. Chaque année, c’est effectivement la même chose: avant les vacances, le chiffre des animaux trouvés augmente. Dans le même temps, les gens nous amènent beaucoup de chatons et de nombreux centres SPA prennent aussi des animaux en pension. Les refuges finissent l’été bondés.

Le nombre de cas a-t-il augmenté ou diminué ces dernières années?

Il semble que le nombre total d’animaux recueillis par les refuges des sections de la Protection suisse des animaux (PSA) se stabilise à un niveau élevé.

Avez-vous des chiffres concernant l’abandon au niveau suisse?

La statistique 2015 n’est pas encore publiée. En 2014, nous en avons recensé 9659. Soit 0,5% de moins que l’an dernier. Les animaux les plus souvent abandonnés sont les chats. Mais les refuges recueillent aussi de plus en plus d’oiseaux.

Quelque 1200 animaux ont été euthanasiés en 2014 dans les 65 refuges de la PSA. Quel pourcentage cela représente-t-il?

Cela représente 6,6% des animaux recueillis. Les sections de la PSA n’euthanasient des animaux que lorsqu’ils souffrent d’une maladie incurable ou n’ont plus de qualité de vie en raison de leur grand âge.

Que dit la loi sur l’abandon d’un animal?

La loi fédérale sur la protection des animaux, dans son article 26, évoque une peine privative de liberté de trois ans au plus ou une peine pécuniaire pour un abandon intentionnel.

Les campagnes contre l’abandon d’un animal sont-elles suffisamment présentes en Suisse?

En principe oui. Le nombre d’animaux trouvés n’a pas augmenté au cours des dernières années. De plus, nous sommes convaincus que la sensibilité a augmenté dans la population par rapport au bien-être des animaux.

D’une manière générale, quelles sont d’après vous les lacunes de la loi suisse sur la protection des animaux?

Les autorités interviennent aujourd’hui de manière plus active suite au signalement de contraventions aux dispositions de la protection des animaux. Les améliorations ne concernent cependant que la partie administrative de l’exécution. Sont compétents sur ce plan les services vétérinaires. Dans le domaine du droit pénal, nous ne constatons par contre aucun progrès véritable. Comme auparavant, les cruautés infligées aux animaux nous paraissent traitées avec complaisance.

Les puces électroniques sur les chiens jouent-elles un rôle dissuasif face à l’abandon et sont-elles efficaces pour retrouver les fautifs?

Depuis l’introduction de la puce obligatoire, le nombre de chiens abandonnés a effectivement consi­dérablement diminué. Il faut dire que la personne qui abandonne un chien pucé et enregistré est désormais immédiatement identifiable.

N’y a-t-il tout simplement pas trop d’animaux de compagnie en Suisse?

De nombreux animaux de compagnie, cela signifie aussi de nombreux cas où les animaux ont été acquis sans réfléchir, aban­donnés, incorrectement détenus, repoussés. Malgré cela, je ne pense pas qu’il y ait trop d’animaux de compagnie en Suisse. La garde des animaux de compagnie enrichit beaucoup la vie.

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey