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16 janvier 2012

Voyages spirituels d'un pasteur

Sur la Riviera vaudoise, le pasteur Olivier Calame propose des escapades culturelles intégrant une dimension spirituelle sous des formes diverses. Une offre de niche, mais répondant à une demande réelle.

Olivier Calame
De sa paroisse de Villeneuve, Olivier Calame prépare des séjours dans des lieux chargés d'histoire religieuse et de symboles.

Les voyages forment la jeunesse, c’est entendu. Et s’ils offraient également l’occasion d’élever l’âme et de soigner son être intérieur? Tel est en tout cas le pari d’Olivier Calame. Sous l’égide de Samare, du nom de ces petits fruits aux allures «d’hélicoptères» tombant en tournoyant du frêne ou de l’érable, ce pasteur établi à Villeneuve propose depuis plusieurs années des voyages à caractère spirituel. Plutôt que religieux? «Oui, parce que si ma propre foi y est clairement affichée, rien n’est imposé. Je suis d’ailleurs souvent surpris par le nombre de personnes agnostiques voire athées qui s’inscrivent. Sans doute sont-elles séduites par une certaine ouverture, une recherche, la proposition d’un chemin.»

En poste à Montreux depuis 2002, Olivier Calame officiait auparavant à Payerne mais fit surtout un long détour familial de presque cinq ans du côté de Madagascar, en tant qu’envoyé du Département missionnaire des Eglises protestantes romandes. «En 2003, j’ai commencé par organiser quelques voyages d’Eglise. J’ai vu que cela correspondait certes à un marché de niche, mais que la demande pour une découverte culturelle de qualité intégrant un vécu spirituel sous des formes diverses n’en était pas moins réelle.»

Dans les brochures, on trouve notamment un séjour "fitness pour le corps et l'esprit".
Dans les brochures, on trouve notamment un séjour "fitness pour le corps et l'esprit".

De ce constat naît «Samare voyages et retraites» en 2010. «Le spirituel y est entendu comme un cheminement dans le partage de ce qui et beau, notamment dans ce que l’humanité a pu bâtir de remarquable.» Une douzaine de destinations ont déjà été proposées à quelque 250 personnes, par petits groupes de maximum vingt-cinq participants. «Au début, il s’agissait de gens de la paroisse. Puis, très rapidement, le bouche à oreille à fait venir des personnes d’un peu partout en Suisse romande.»
Sur les traces de Bach en Allemagne, ou de saint Paul à Malte, en balade du côté des églises romanes de France: les destinations proposées s’écartent volontairement du tourisme de masse et des «sauts de puce» entre endroits célébrissimes pour des visites plus immersives donnant le temps et le loisir de s’imprégner d’un destin ou d’un lieu. «Le but n’est pas une accumulation de savoirs, mais plutôt d’acquérir une compréhension et de pouvoir relier des aspects intellectuels et spirituels.» Encore une fois sans qu’aucune foi ne soit imposée. Si Olivier Calame propose ainsi souvent le matin une pensée pour accompagner la journée, elle peut aussi bien provenir de la Bible que d’auteurs bouddhistes ou de penseurs du Moyen Age.»

une perception plus profonde du monde.

L’Eglise réformée vaudoise (EERV) n’en reconnaît pas moins la démarche, qu’elle valide pleinement. «Nous y voyons une façon complémentaire de vivre le ministère», souligne son responsable de l’information Paolo Mariani. Olivier Calame peut ainsi consacrer un mi-temps à de patients périples de préparation et de repérage, qui permettront d’offrir aux participants commentaires et documentation aussi riches que possible. «En fait, tout se passe un peu comme si une petite communauté se formait le temps d’un voyage. Nous organisons d’ailleurs une rencontre où sont invités chacun de ceux qui sont partis avec nous durant l’année écoulée. Près de 60% d’entre eux viennent, et cet attachement nous ravit», explique son épouse Claire, largement partie prenante dans l’aventure. Cette fidélité d’un certain public se retrouve d’ailleurs à travers les inscriptions, puisque certains en sont déjà à leur troisième destination avec Samare.

Débordant d’idées, Olivier Calame planche déjà sur le programme de l’année prochaine. Il réfléchit aussi à se consacrer entièrement à Samare. «Mais j’hésite. Parce que j’aime l’alternance entre mon activité de pasteur et ces voyages. L’une me semble nourrir l’autre.» Sa compagne se montre tout aussi partagée, les longs préparatifs ayant déjà tendance à grignoter des moments en famille. «De temps en temps nous tenons à partir avec nos trois enfants (13, 15 et 16 ans) en laissant Samare à la maison.»

Au programme de 2012? Une balade en Suisse centrale «sur les traces de Nicolas de Flüe», ou encore une virée en Toscane ou du côté de la Bretagne du nord et du Mont-Saint-Michel. Peut-être plus inattendue parmi ces six offres, un «wellness corps et âme». Mais après tout, les bulles thermales ne constituent-elles pas une bonne occasion de réfléchir sur quelque texte sacré, voire de s’essayer à un salutaire éloge de la lenteur? Ou comment, selon les termes du pasteur voyageur, «entrer dans une perception plus profonde du monde»…

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Christophe Chammartin