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2 juin 2014

Désuètes, les sociétés d’étudiants?

Deux fois centenaires, les associations telles que Zofingue, Helvétia ou Belles-Lettres survivent tant bien que mal dans le paysage universitaire. Entre goût des traditions et envie de tisser des liens, des sociétaires portant couleurs expliquent leur engagement.

Réunion des membres 
de la société
Helvétia 
à Lausanne.
Réunion des membres 
de la société
Helvétia 
à Lausanne.

Lâcher une poule sur la scène de l’Octogone de Pully (VD). Telle est la dernière trouvaille des étudiants de la société Helvétia pour semer le trouble lors de la Théâtrale de leurs rivaux zofingiens. Un rien potache mais bon enfant, cette farce semble presque issue d’un autre temps. Tout comme les casquettes ou bérets propres à chaque association, qui coiffent tout aussi bien filles que garçons, ainsi que les rubans bicolores fièrement arborés sur les tenues de soirée.

Anachroniques, les sociétés d’étudiants? Certes, l’engouement n’est plus le même qu’il y a une cinquantaine d’années. Fondées à l’aube du XIXe siècle sur un modèle germanique, elles se sont souvent vues qualifiées de moribondes au cours des dernières décennies. A tort, puisque la trentaine d’associations présentes en Suisse romande poursuivent leur bonhomme de chemin, attirant régulièrement dans leurs rangs de nouvelles recrues. Certaines ont même vu le jour au début... du XXIe siècle! Et si novices et vieux de la vieille admettent, pour certains du moins, le côté désuet de la pratique, ils estiment toutefois qu’elle a encore tout à fait sa place aujourd’hui. Pour l’historien lausannois Olivier Meuwly, auteur d’un ouvrage sur le sujet, «les sociétés d’étudiants, actuellement en mode survie, ont tellement marqué le paysage universitaire qu’elles perdurent de manière presque miraculeuse aujourd’hui.»

Migros Magazine a rencontré six sociétaires portant couleurs –puisque c’est ainsi qu’on les nomme–, afin de mieux comprendre les motivations des uns et des autres, et de tordre le cou au passage à certaines idées reçues...

«Le lien des couleurs est incroyablement fort»

Nom: Laura Costa Age: 23 ans Société: Valdésia, Lausanne Membre depuis: sept mois Etudes: Haute école de gestion à Yverdon

Portrait de Laura Costa en uniforme
Laura Costa

«Je n’avais jamais vraiment envisagé d’intégrer une société d’étudiants. Mais l’année dernière, je suis allée voir le spectacle de Valdésia et j’ai adoré. J’ai eu envie de participer au suivant, sans forcément m’investir au-delà. De fil en aiguille, en apprenant à connaître les gens, j’ai changé d’avis. Je me suis rendu compte que j’avais le goût des traditions. Quand on entonne tous ensemble les chansons sociétaires, je trouve ça très émouvant. Et le lien des couleurs est incroyablement fort.»

«J’aime le prestige que renvoient les sociétés d’étudiants»

Nom: Loïc Arm Age: 26 ans Société: Helvétia, Lausanne Membre depuis: sept ans Etudes: EPFL, section de chimie et de génie chimique

Portrait de Loic Arm en uniforme
Loïc Arm

«J’ai découvert Helvétia lors de la journée d’accueil à l’université. Ils avaient un stand d’information et offraient de la bière, ça avait l’air sympa. Un copain a eu envie de participer à une réunion, il m’a entraîné. Finalement, il n’est jamais revenu, mais moi oui! Venant d’un milieu rural, j’apprécie le prestige que renvoient les sociétés d’étudiants. La rigueur dont Helvétia fait preuve avec ses règles, ses traditions, me convient bien.

«J’ai été attirée par l’approche culturelle de Belles-Lettres»

Nom: Marina de Siebenthal Age: 29 ans Société: Belles-Lettres, Lausanne Membre depuis: 2009 Etudes: Haute école pédagogique à Lausanne

Portrait de Marina de Siebenthal en uniforme
Marina de Siebenthal

«Ma petite sœur avait déjà entendu parler de Belles-Lettres, c’est elle qui m’a fait connaître la société, par le biais de leur Théâtrale. Intriguée, je me suis rendu compte peu après que notre grand-père était un ancien de Valdésia, ce qui a encore plus attisé ma curiosité. Je me suis renseignée sur les diverses sociétés lausannoises et c’est finalement Belles-Lettres, par son esprit et son approche culturelle, qui m’a le plus attirée. Chaque membre pouvant proposer des événements en fonction de ses intérêts, cela permet de découvrir plein de nouvelles choses et de s’ouvrir l’esprit!»

«C’est très satisfaisant de faire perdurer les traditions»

Nom: Jérôme Spielmann Age: 23 ans Société: Zofingue, Neuchâtel Membre depuis: trois ans et demi Etudes: Faculté de mathématique, Neuchâtel

Portrait de Jérôme de Spielmann en uniforme
Jérôme Spielmann

«Etant originaire de Genève, je ne connaissais pas grand monde en arrivant à Neuchâtel. C’est donc avant tout pour rencontrer des gens et m’intégrer que je me suis inscrit à Zofingue. Même si le cadre peut parfois paraître assez strict et aliénant, j’aime ce respect des traditions. Cela montre que la société a une histoire, et c’est très satisfaisant de la faire perdurer.»

«Ça égaie ma vie universitaire!»

Nom: Elodie Massard Age: 23 ans Société: Hétaïra, Neuchâtel Membre depuis: quatre ans Etudes: Faculté de droit à Neuchâtel

Portrait d'Elodie Massard en uniforme
Elodie Massard

«Je me suis inscrite avant tout par curiosité. Un ami zofingien m’avait dit qu’il me verrait bien dans ce monde-là. J’ai assisté à quelques séances, et ça m’a plu! Comme Hétaïra est la seule société neuchâteloise à accueillir des filles, je n’avais pas vraiment le choix. En être membre égaie ma vie universitaire. Avec les autres filles, on se soutient, on s’entraide. Ce sont mes sœurs de couleurs. Le lien sociétaire n’est pas comparable au lien d’amitié, les valeurs sont différentes...»

«J’apprécie le côté hors du temps des sociétés d’étudiants»

Nom: Philippe Miauton Age: 34 ans Société: ancien membre de Lémania (Lausanne) et Sarinia (Fribourg) Activité: secrétaire général du PLR -Vaud

«Même si je ne suis plus membre actif de la société, je continue à assister régulièrement aux stamms (ndlr: réunions). J’apprécie le côté hors du temps de ces rencontres hebdomadaires. Par exemple, le téléphone portable n’y est pas autorisé. Si nous souhaitons prendre un appel, nous devons demander l’autorisation aux autres membres. Cet esprit à contre-courant des valeurs individualistes régissant notre société actuelle, de la prédominance d’internet et des nouvelles technologies, a quelque chose d’attrayant.»

Auteur: Tania Araman

Photographe: Jeremy Bierer