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2 avril 2012

Deux frères dans le même bateau

Jérémy a qualifié l’embarcation pour les Jeux olympiques, Augustin s’est assuré une place dessus. A quelques mois des Jeux, les deux frangins Maillefer sont prêts à croiser le fer avec leurs adversaires.

Les deux frères posent avec une rame dans la main
Augustin (à g.) 
et Jérémy Maillefer ont de grandes ambitions 
pour les Jeux 
olympiques.

L’aîné, Jérémy, compte sur sa maturité et son expérience. Le benjamin, Augustin, explosif, a une belle marge de progression et est en train de rattraper son frère. Mais point de guerre entre eux. «Nous sommes davantage complices que rivaux. Au contraire, on a en permanence un partenaire d’entraînement sous la main», estime Jérémy Maillefer. «La seule différence avec les coéquipiers, c’est qu’on passe plus de temps ensemble», complète Augustin. Et être deux peut se révéler un avantage lorsqu’ils passent cinq semaines à s’entraîner avec les Suisses allemands.

Quelle est la différence lorsqu’on rame à un niveau olympique? «On n’a pas le temps d’admirer le paysage. Techniquement, il y a toujours des détails à corriger. L’objectif reste la maîtrise parfaite, tout en étant compétitif. Quand le bateau glisse, on a l’impression de voler, c’est grisant, extraordinaire!» disent-ils d’une même voix.

Une saison très difficile pour Jérémy

En harmonie avec les éléments et en équipe!
En harmonie avec les éléments et en équipe!

Mais un coup d’arrêt est venu freiner l’enthousiasme de l’aîné: il traîne depuis l’hiver dernier une blessure à une hanche due à un surentraînement, qui peine à se résorber. «C’est dur, glisse Jérémy. J’ai songé à arrêter. Psychologiquement, je vis ma saison la plus difficile. Mais si je montre que j’ai retrouvé la forme, ils (ndlr: la fédération) me sélectionneront peut-être quand même.» A 23 ans, il s’agit de sa première casse. Les deux frères précisent illico: l’aviron appartient aux sports doux, qui ne laissent pas trop de séquelles.

Dans leur maison sur les hauts de Renens, l’ambiance est au calme. Des six enfants, ils ne sont plus que trois à y habiter, les parents sont partis pour trois mois et ont laissé les lieux aux bons soins des trois cadets. Chacun s’est vu attribuer une tâche pour faire tourner le ménage: l’un s’occupe des plantes, l’autre des courses, etc. Et la voisine a déposé un délicieux gâteau au chocolat pour les trois gaillards. «Quand on termine un entraînement, on a juste envie d’aller manger et dormir. Il faut vraiment se motiver pour ressortir et aller voir les amis.»

Avant d’aborder cette saison un peu particulière, Jérémy a bouclé un bachelor en Sciences du sport et fait désormais une pause dans son cursus pour se consacrer pleinement à l’aviron. «L’an dernier, j’ai dû louper une Coupe du monde pour passer un examen.» Augustin tente, lui, de jongler en parallèle avec l’informatique et les sciences du sport, «mais c’est compliqué à suivre, je me suis concentré sur l’informatique ce semestre».

Deux entraînements par jour

Les solides gaillards s’entraînent deux fois par jour, plus les camps qui les emmènent plusieurs semaines de suite à l’étranger ou près de Lucerne. Comment financent-ils leur passion? C’est loin d’être évident: «Nous sommes considérés comme des amateurs, la fédération couvre environ 40% de nos frais directs, notre club, le Lausanne-Sport, paie le reste. Pour la nourriture et les transports, diverses fondations et collectivités publiques nous aident. Et on habite encore à la maison. Mais on passe notre vie à ramer, on n’a pas le temps de dépenser!» remarquent-ils, mi-amusés, mi-inquiets. Plus encore, leur entraîneur est lui aussi un bénévole qui prend sur son temps libre et ses vacances pour les accompagner.

L’objectif pour les JO? «Si vous demandez à Augustin, il dira aller en finale, si c’est moi, viser le podium», rit Jérémy, devant son frère qui acquiesce en souriant. Et ensuite? «On prendra davantage de vacances durant la saison prochaine!»

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo