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6 janvier 2014

Dis, pourquoi le ciel est bleu?

Vers 3 ou 4 ans, les enfants n’ont de cesse d’abreuver leurs parents de questions sur le monde, la vie, leur quotidien. Comment leur répondre?

Un enfant en train de bondir sur son lit, se demandant sans cesse pourquoi il demande pourquoi, et sa mère exténuée à côté de lui.
Pourquoi les enfants ressentent-ils le besoin incessant de poser des questions?

Pourquoi, mais pourquoi, les enfants ressentent-ils le besoin incessant de poser des questions? De sonder à n’en plus finir leurs parents – et tout autre adulte qui croise leur chemin – sur la bonne marche du monde («Dis, maman, pourquoi on a tous une maman?»), sur les règles qui marquent leur quotidien («Dis, papa, pourquoi on se lave les dents?») ou encore sur le sens de la vie («Dites, pourquoi on meurt?»)? De n’attendre la réponse que pour enchaîner sur une nouvelle interrogation laissant parfois perplexes les plus accommodantes des grandes personnes?

Vient un âge en effet où les pourquoi pleuvent à la maison (et partout ailleurs, soit dit en passant).

Vers 3 ans, l'enfant commence à s’intéresser à ses origines.

«Comment on fait les bébés?», «J’étais où avant d’être dans le ventre de maman?» et parallèlement il prend de plus en plus conscience du monde qui l’entoure, explique Danièle Mügeli Ardia, psychologue et psychothérapeute FSP à Yverdon. Pour s’approprier la réalité de ce monde, au lieu de mettre les objets à la bouche comme il le faisait bébé, il va désormais utiliser les moyens que lui permettent sa maturation cognitivo-intellectuelle et recourir ainsi aux pourquoi.»

D’où la nécessité pour les parents de prendre le temps de répondre à ces interrogations, qui «permettent également au petit de se rassurer face aux expériences inquiétantes auxquelles il ne peut donner de sens par lui-même, par exemple: pourquoi le chien aboie-t-il si fort?» L’adulte joue donc un rôle primordial, protecteur, poursuit la spécialiste, en aidant l’enfant à trouver des repères par rapport à une situation qui le dépasse.

De l’art de donner une réponse

Il est dès lors déconseillé de botter en touche les questions de sa progéniture. Quitte à expliquer à Junior, si son moment est vraiment mal choisi ou si les pourquoi se succèdent à l’infini, qu’on ne peut pas lui répondre pour l’instant mais qu’on ne manquera de le faire à un moment plus opportun. «Ainsi, on relève l’importance que l’on accorde à son interrogation et on lui signifie que «pas maintenant» ne veut pas dire «jamais», souligne Danièle Mügeli Ardia. N’oublions pas que le parent endossera cette position de personne de référence jusqu’à l’adolescence, et même au-delà.»

Autre mise en garde de la psychologue: s’efforcer de formuler la réponse d’une manière adéquate, «qui corresponde au développement affectif et cognitif de l’enfant.

On ne donnera pas les mêmes explications à un petit de 4 ans ou à un de 7 ans.

Si les réponses ne sont pas énoncées simplement avec des mots qu’il comprend, il sera précipité dans la confusion, ce qui n’aura rien de rassurant.»

En revanche, il ne faut pas hésiter à reconnaître son ignorance face à une question qui nous échappe – l’enfant apprendra que son papa et sa maman ne sont pas omniscients, ce qui l’aidera à accepter que lui non plus ne puisse pas tout savoir, et à aller chercher ailleurs des réponses, dans un livre, adapté bien sûr à l’âge de l’enfant, ou auprès d’une personne tierce.

L’effet calmant de la réponse

Un enfant et son père jouant au tennis avec chacun une raquette portant respectivement l'inscription "pourquoi" et "parceque".
Le jeu risque d'être serré...

L’option de lui renvoyer la question – «Et toi, qu’en penses-tu?» – peut-elle être considérée? «Ça dépend de l’âge, relève Danièle Mügeli Ardia. Les tout-petits risquent de voir ainsi augmenter leur confusion et de vivre dans l’idée que l’adulte ne les aide pas.

En général, le fait que l’enfant interroge ses parents montre qu’il a besoin d’entendre la réponse, même s’il s’agit d’un sujet qui a déjà été abordé. Cela a sur lui un effet calmant.

Reste que certaines questions ont de quoi en déconcerter plus d’un! En effet, s’il est facile d’expliquer à nos têtes blondes l’utilité de se laver les dents, comment réagir à un «pourquoi c’est la journée»? «Il faut savoir que le terme pourquoi peut tout aussi bien signifier dans leur bouche: c’est quoi. Les pourquoi regroupent toutes les interrogations que les petits peuvent avoir sur le monde.»

Dès lors, si l’on ne comprend pas réellement le sens de la question de l’enfant, on peut tenter de reformuler sa question («Est-ce que ce que tu te demandes c’est…?»), l’essentiel étant d’être dans une construction active avec l’enfant autour de ses interrogations.

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Paroles de parents

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Maret (illustration)