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2 septembre 2013

Faire du bénovolat aussi pour soi

Le bénévolat en Suisse rencontre toujours le même succès, mais il connaît des évolutions. Si on s’engageait autrefois uniquement pour servir la collectivité, on pense aujourd’hui aux compétences que pourraient nous rapporter ces activités.

Julie Matthey dans un studio d'enregistrement devant une multitude de microphones
Julie Matthey, étudiante en couture, est également animatrice radio.

Démocratie directe et système de milice. Les deux particularités que la Suisse est fière de mettre en avant lorsqu’elle présente son système politique à d’autres pays. Reflétant ainsi l’image d’un peuple qui participe et s’engage bénévolement pour le bien de la patrie et de la collectivité.

Ces tâches assumées par des non-professionnels ne prévalent pas qu’en politique, mais aussi au sein de l’armée. A la particularité près que si les élus s’engagent volontairement, les militaires, eux, y sont contraints. Une «attaque aux libertés individuelles» qu’aimerait supprimer le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) par son initiative «oui à l’abrogation du service militaire obligatoire» sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 22 septembre.

Malgré la tradition de milice ancrée profondément dans la société helvétique, les nombreux opposants au texte craignent qu’en cas d’acceptation de l’initiative on manque cruellement de volontaires sous les drapeaux. «Aucune armée au monde, hormis les armées professionnelles, ne fonctionne sur la base du volontariat, explique le brigadier Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers. La raison d’être du GSsA est et reste la suppression de l’armée, jusqu’ici sans succès. Cette initiative n’est qu’une tentative de plus pour parvenir à ce but! Déconstruire l’architecture sécuritaire suisse.»

«Trouver un juste équilibre»

Des accusations que réfutent les auteurs du texte. «Bien sûr, le GSsA est d’avis que la Suisse peut se passer complètement de son armée, répond Tobia Schnebli, membre du comité du lobby anti-armée. Mais le but de ce texte est de permettre à l’armée de trouver un juste équilibre entre troupes volontaires et professionnels. Si plus de vingt-cinq pays européens ont trouvé un instrument militaire correspondant aux menaces réelles sans recourir au service obligatoire, pourquoi la Suisse ne pourrait-elle pas faire de même?»

Il est vrai que le bénévolat est encore bien implanté en Suisse. Selon une étude de l’Office fédéral de la statistique en 2011, un Suisse sur quatre exerce au moins une activité non rémunérée dans le cadre d’organisations ou d’institutions. Des chiffres que confirme Latha Heiniger, secrétaire générale de l’Association Bénévolat-Vaud:

On ne s’engage pas moins que par le passé. La différence réside dans la manière de s’engager.

Auparavant, l’engagement se faisait principalement pour une cause auprès de grandes institutions telles que la Croix-Rouge, Caritas, ou dans des domaines spécifiques comme la coopération et le développement. Alors qu’aujourd’hui on conjugue ses intérêts et envies avec le besoin d’acquérir de l’expérience en mobilisant les compétences existantes ou en développant de nouvelles, utiles à sa carrière professionnelle.»

Des expériences que les bénévoles ne pensent pas encore à mettre assez en valeur.

Ces activités doivent figurer dans le CV,

conseille Latha Heiniger. Les associations s’organisent aujourd’hui de manière toujours plus professionnelle. Leurs collaborateurs peuvent acquérir des savoir-faire et savoir-être qui correspondent aux besoins des publics avec lesquels elles travaillent et aux exigences des partenaires comme les entreprises ou les pouvoirs publics.»

Si les bénévoles sont indispensables à la bonne marche de la plupart des associations à but non lucratif, ces dernières comptent également parfois sur l’aide des civilistes. Mais qu’adviendra-t-il de ce service si l’initiative du GSsA passe la rampe? Le lobby anti-armée veut rassurer en proposant d’ouvrir les portes de l’institution à tous, femmes comprises. «Beaucoup de jeunes ne trouvent pas de travail et se voient contraints d’effectuer des stages non rémunérés, indique Tobia Schnebi. Le service civil serait alors une bonne alternative. Ces emplois défrayés pourraient leur servir de tremplin pour se lancer dans la vie professionnelle.» Un point de vue partagé par Olivier Rüegsegger, responsable communication de l’Organe d’exécution du service civil.

«En cas de «oui» le 22 septembre, le Parlement devra réfléchir à la réorganisation de notre institution. Combien de temps les civilistes pourront-ils s’engager? A combien se monteront leurs allocations pour perte de gains? Ce sera au Parlement de répondre à ces questions… Mais l’exemple de l’Allemagne, qui a mis en place il y a deux ans un service volontaire, nous prouve que ça peut fonctionner!»

«Je ne m’attendais pas à des résultats si rapides»

Depuis toute petite, Julie Matthey, 20 ans, de Lausanne, est une passionnée des médias. Peu enthousiaste par ses études au gymnase d’Yverdon, la jeune fille a pris contact avec Rom Radio, une radio associative diffusée sur le web. «Au départ, je me suis investie dans chaque émission, raconte-t-elle. Il fallait faire ses preuves!» D’abord chroniqueuse, puis animatrice, Julie s’est vu finalement attribuer sa propre émission, «Comment ça!», après six mois de labeur. L’histoire ne s’arrête pas là. Grâce à l’expérience acquise à Rom Radio, Julie a pu décrocher il y a un an un premier emploi, rémunéré cette fois-ci, à la radio privée Rouge FM. «Ça n’était pas du tout prévu! Je ne pensais pas qu’on me confierait un poste d’animatrice radio si rapidement.»

Mais la jeune fille n’a pas laissé tomber pour autant ses collègues de la webradio romande. «C’est un métier où il y a toujours quelque chose à apprendre. Les conseils de l’équipe de Rom Radio me sont toujours précieux. Et puis ici j’ai davantage de libertés, ce qui me permet d’expérimenter quelques nouveautés dans mon émission.» Julie entreprend en cette rentrée une formation de couturière à Lausanne. Sa deuxième grande passion, avec la radio. Mais elle continuera à animer les ondes de Rouge FM le week-end et tiendra encore une chronique sur Rom Radio. Un peu trop ambitieux? «Avec une bonne organisation et surtout une énorme motivation, je pense pouvoir assumer le tout!»

«L’armée, un bon entraînement avant la saison de ski!»

Portrait d'Andrea Thürler, en uniforme, sur un rocher en montagne tenant ses skis sur l'épaule.
Andrea Thürler, recrue en section «sport d’élite».

Il est rare, aujourd’hui encore, qu’une femme décide de s’engager dans l’armée. C’est le choix pourtant qu’a fait la Fribourgeoise Andrea Thürler. Moins par attachement particulier à la défense nationale, que pour entraîner son physique. Car la jeune femme de 20 ans est skieuse, membre du cadre C de Swiss-Ski. C’est dans la section «sport d’élite» qu’elle effectue son école de recrues, répartie sur quatre années.

«Le matin, nous effectuons en caserne les mêmes tâches que les autres militaires, explique la Gruérienne. On a apprend à tirer, à nettoyer son arme ou nous suivons des cours théoriques.» Des moments que la jeune fille apprécie, notamment en raison de l’ambiance qui y règne. «Nous sommes une équipe mixte. Il y a d’autres skieuses comme moi, mais aussi une fondeuse, des coureurs cyclistes et des hockeyeurs de ligue A.» L’après-midi se déroule quant à lui au centre d’entraînement de Macolin où un coach rejoint les skieuses pour des leçons spécifiques.

Même si le manque de sommeil se fait parfois sentir, la jeune sportive ne regrette pas son choix. «Ce rythme m’habitue pour la saison hivernal. Et puis cela me donne du physique. Et de la concentration aussi, lorsque je m’entraîne au tir.»

Andrea se serait-elle quand même engagée dans l’armée si elle n’était pas skieuse professionnelle? «J’avoue ne jamais y avoir réfléchi… Puisque je n’ai jamais imaginé ne pas faire de ski!»

«Je ne reste pas les bras croisés»

Il y a trois ans, Alan Mendes est allé jeter un coup d’œil au stand d’ Amnesty International, lors du Paléo Festival. Intéressé par les activités de l’organisation, le jeune homme s’est rendu ensuite à l’une de leurs réunions… pour finalement décider de s’y engager bénévolement.

«Je me retrouve dans les valeurs d’Amnesty ­International, explique-t-il. L’organisation défend des causes importantes à mes yeux, notamment les droits pour la communauté LGBT» (ndlr: ­lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Alan travaille à 100% en tant qu’assistant médical à Clarens. C’est donc sur son temps libre qu’il participe aux actions d’Amnesty ­International. «Je récolte des signatures dans la rue, que l’on remet ensuite aux autorités concernées. Nos actions n’ont pas toujours les répercussions espérées… Mais au moins je ne reste pas les bras croisés!»

Lors de son entrée dans l’ONG, le jeune homme n’en était qu’aux prémices théoriques de sa formation d’assistant médical. Ce n’est donc qu’un peu plus tard qu’il s’est rendu compte que ce travail ­bénévole pouvait représenter un atout pour sa carrière professionnelle. «Lorsqu’on accoste les gens dans la rue, on a parfois affaire à des personnes peu compréhensives. Il faut savoir faire preuve de patience...

...et apprendre à écouter nos interlocuteurs si l’on veut les convaincre que les causes qui nous tiennent à cœur sont les bonnes. Des qualités essentielles pour un assistant médical!

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Mathieu Rod