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21 août 2015

Du Cénovis dans le Big Mac, saison 2

J’ai passé mon été, en Suisse, à redouter l’impact de notre retour en Amérique. Et nous y voilà.

Vue sur la route depuis l'intérieur d'une voiture
Retour à Brooklyn pour entamer une deuxième année d'expatriation. Le choc des cultures est passé mais l'Amérique n'a pas fini de nous surprendre.

RIP le sérac d’alpage, les apéritifs à la mitrailleuse et les fêtes de famille. Welcome les agents d’immigration revêches, la moiteur adhésive des rues de Manhattan et…Donald Trump.

Non, tout n’est pas si navrant: il y a le chaleureux accueil des Américains eux-mêmes, que l’on connait depuis un an. Enthousiasme vitaminé + tendance désarmante à l’exagération = «Soooo gooooood to see youuuuuuuuuuuuu!!!!!». Enfin, c’est mieux qu’un panneau «Mr. Filliz» quand on arrive à Bombay.

Célébrer un an d’expatriation, c’est d’abord redécouvrir, comme au premier jour, les joies new-yorkaises dont voici un petit florilège:

  • Le réflexe de paranoïa au magasin quand je demande de garder mon sac de courses pour une demi-heure au service clients: «I don’t wanna take responsability for that», refusent successivement trois employés, rebutés, que sais-je, par l’odeur de mon saumon, la taille de ma barbe, où plus vraisemblablement l’idée que je pourrais leur coller un procès si ledit sac disparaissait.
  • L’amour inconditionnel de l’air conditionné, les «AC (prononcer «éyssi») unit» qui vous congèlent dès le matin lorsque vous lisez le New York Times ou le New York Post en buvant un hectolitre de «café latte» sans réussir vraiment à trouver le goût du café.
  • Être agréablement surpris en longeant Houston Street par les affiches grands-formats des marques de vêtements qui ont généralisé les unions homosexuelles dans leurs campagnes XXL.
  • Ne pas être surpris en lisant que des diplomates du tiers-monde Gambie, Côte d’Ivoire, Guyane, en visite à l’ONU, ont été choqués par le nombre et l’état des sans-abris new-yorkais.
  • Voir dans le regard vide de notre presque voisin Morgan Freeman la grandeur et la décadence de l’Amérique. L’acteur de 78 ans actuellement en tournage à Williamsburg, Brooklyn, pour «Going in Style» a perdu sa petite-fille de 33 ans, l’autre jour, sur un trottoir de Washington Heights, poignardée seize fois.

Notre première année en Amérique s’achève ainsi. Elle oscilla entre chaos, prospections professionnelles, déceptions et fous-rires. L’essentiel de nos vertiges d’expatriés et du choc culturel a d’ailleurs été raconté ici en 45 chroniques depuis août 2014.

La deuxième année, elle, s’annonce un peu plus stable (pas trop quand-même) mais rien ne me fait douter que l’Amérique nous surprendra encore. Je vous livrerai donc mes impressions dans ces colonnes tous les vendredis, non plus sous l’angle familial mais sous celui des nouveautés, des excès, des prouesses, des tendances de société que les Etats-Unis m’inspirent. Sooooooo gooooooood to beeeeeee baaaaaaaaaaaack!!!!!!!!

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez