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11 mars 2013

Du métal pour sculpter le temps

Dans son atelier d’Yverdon-les-Bains, Etienne Krähenbühl crée d’étonnantes œuvres de métal entre matière brute et haute technologie.

Portrait d'Etienne Krähenbühl
Etienne Krähenbühl: «Rolf Gotthardt, ingénieur en physique des métaux, et moi-même avons développé un alliage capable de conserver la mémoire de la forme afin «que la sculpture devienne cinétique, interactive.»
Des outils indispensables? «Mon établi, plaque de métal où je pose mes outils de création, fer et masque à souder, marteau.»
Des outils indispensables? «Mon établi, plaque de métal où je pose mes outils de création, fer et masque à souder, marteau.»

Dans son vaste atelier d’Yverdon, de vieilles traverses de chemin de fer côtoient les bonbonnes d’acétylène et les feuilles d’acier corrodé. Lourd marteau, casque à souder, bruit et étincelles: l’art d’Etienne Krähenbühl jaillit d’une confrontation brutale avec la matière dont il dégage des formes stupéfiantes.

«Je travaille d’autres matériaux, mais le métal et le fer me semblent les plus naturels. Contrairement à la pierre ou au bois, où on enlève de la matière, là on construit à partir d’une idée un matériau qui résiste, face auquel il faut s’engager totalement.» Et puis, contrairement à l’éternité minérale, l’acier s’oxyde, se corrode, «alliage fabriqué qui retourne in fine à la terre». Le sculpteur le récupère pour créer des pièces souvent imposantes interrogeant sur la temporalité, dégageant légèreté et élégance là où il n’y avait que fatras rouillé.

Une passion fulgurante née alors qu’il n’a que 15 ans, et qui n’a jamais quitté le sculpteur, habité en permanence par son cheminement artistique. Peu à peu, le Vaudois joue avec les lois de la physique, développant avec le chercheur en physique des métaux (EPFL) Rolf Gott­hardt un alliage étonnant capable de conserver la mémoire de la forme afin «que la sculpture devienne cinétique, interactive». Entre masse et légèreté, vide et plein.

Aujourd’hui, sa notoriété lui offrant avant tout «les moyens de continuer», et après avoir rajouté une dimension sonore à ses sculptures, Etienne Krähenbühl utilise des supraconducteurs. Histoire de repousser d’autres frontières, et d’interroger d’autres dimensions, comme autant de chemins de notre futur.

Le plus proche verra la parution de Temps suspendu, un ouvrage (accompagné d’un DVD) ambitieux retraçant son œuvre, et une importante expo à l’Espace Arlaud de Lausanne en décembre.

Etienne Krähenbühl en quelques mots

Une accumulation insolite

«J’aime beaucoup les pavés, ces parvis du temps que je ramasse au gré de mes pérégrinations ou que des amis me ramènent des leurs. Comme autant de trajets imaginaires relevés par la matière…»

Une œuvre d’art qui m’est chère

«Cette sculpture de Pierre Audier, qui m’a initié à cet art lorsque j’avais 15 ans. De l’aluminium et du bronze qui prennent l’empreinte d’un objet utilitaire. Il vit à La Ciotat, et nous sommes toujours en contact, comme la trace d’une vieille amitié humaine et artistique.»

Photo Roland Chabloz
Photo Roland Chabloz

Un lieu de promenade

«J’hésite entre la forêt, où je me balade très souvent. Celle de Ferreyres, tout près de mon domicile, est superbe. Et puis la ville, lorsqu’elle est aussi inspirante que Barcelone où j’ai exposé à plusieurs reprises.»

Photo Istockphoto
Photo Istockphoto

Une gourmandise

«Les soupes aux légumes de mon épouse. J’aime l’excellence des choses simples…»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod