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17 octobre 2011

Du sang pour la vie

Les donneurs manquent à l’appel en Suisse. Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie, donner son sang? Qui peut devenir donneur, que devient le sang après un don?

Julien, donneur de sang
Julien, donneur de sang: «Un don tous les trois mois, ce n'est pas grand-chose. Et si ça peut aider à sauver une vie...»

Je le fais pour le geste, la symbolique. Peut-être qu’un jour, j’aurai moi-même besoin d’une transfusion.» Julien, doctorant français de 24 ans, est un donneur occasionnel dans son pays natal. Aujourd’hui, il apporte sa contribution en Suisse pour la première fois. Au Service vaudois de transfusion, à Epalinges, la réceptionniste sourit. «Le sang français est aussi accepté.» Car le nombre de donneurs reste insuffisant dans le canton. Même si cent personnes par jour en moyenne tendent leur bras à une infirmière, ce qui représente environ 5% de la population active, cela ne suffit pas. Le centre espère motiver 8% des Vaudois de 18 à 65 ans d’ici à 2014.

«Nous tentons de prélever du sang dans la région pour les patients de la région, déclare le professeur Jean-Daniel Tissot, médecin-chef du service. Mais nous sommes encore obligés d’aller en chercher ailleurs, environ 10% de nos besoins, notamment dans les centres de Neuchâtel-Jura et de Berne.»

En cause: l’activité croissante des Hôpitaux universitaires, comme le CHUV à Lausanne, mais aussi à Bâle et Genève, qui conduit à la pénurie. «Parce que ce sont des établissements importants dans des cantons sans arrière-pays, signale le professeur. Nous avons tout essayé pour mobiliser les gens.» Par exemple, en hiver, proposer une vaccination gratuite contre la grippe aux donneurs. L’an prochain sortira une application sur téléphonie mobile qui permettra desimplifier l’accèsaux informations des donneurs potentiels.

Des donneurs triés sur le volet

Tout le monde ne peut pas donner son sang. Entre 20 à 40% des personnes qui se présentent sont recalées selon Jean-Daniel Tissot. Souvent des jeunes qui n’ont pas une vie sentimentale stable. Un comportement à risque (sida et autres maladies sexuellement transmissibles), qui apparaît dans le questionnaire à remplir lors de chaque venue pour un don.

Les médicaments et les voyages, causes principales de refus

Parmi les causes principales de refus, on trouve la prise de certains médicaments, comme les antibiotiques – un délai de quatorze jours est à respecter; les voyages à l’étranger – d’un mois à six d’attente suivant les destinations visitées; les symptômes du rhume, de la toux ou un mal de gorge – attendre deux semaines après la guérison en cas de fièvre. «La première fois que j’ai voulu donner mon sang, à 18 ans, le médecin a hésité à me faire un prélèvement, se souvient Julien. Je venais de rater mon permis de conduire et il avait peur que je sois trop stressé.» L’état du donneur importe autant que son don. «Nous devons protéger tout le monde, insiste Jean-Daniel Tissot. Un prélèvement engendre du stress pour l’organisme et nous tenons au principe de sécurité.»

En Suisse, le débat reste polémique autour de l’interdiction au don, à vie, faite aux hommes qui ont eu des rapports sexuels avec d’autres hommes. «Cela n’est pas le cas en Espagne et en Grande- Bretagne, remarque le professeur. La Suisse s’adaptera aux pratiques de l’Europe. J’estime que l’orientation sexuelle n’a pas d’importance. C’est la multiplication des partenaires qui est risquée.»

L’âge maximal des donneurs est aussi rediscuté. «Jusqu’à maintenant, les personnes étaient acceptées jusqu’à 65 ans. L’an prochain, nous passerons à 75.» Les femmes ont le droit de donner leur sang trois fois par an, les hommes quatre, alors qu’elles sont plus nombreuses à être inscrites sur la liste des donneurs. Après avoir rempli son formulaire, Julien s’entretient avec Francine, infirmière qui vérifie sa tension, ses pulsations, son poids (un minimum de 50 kilos est obligatoire) et son taux d’hémoglobine. «Les aliments très gras, genre choucroute ou fondue, restent à éviter le jour qui précède unprélèvement, relève l’infirmière. Il faut aussi s’être bien hydraté auparavant et ne pas venir à jeun.»

Cadeau de bienvenue, Julien reçoit une plaque de chocolat avant de s’installer confortablement pour le don. Une piqûre et hop! son sang part dans deux poches: une petite de 50 ml qui remplira six tubes, nécessaires à la détection du VIH, des hépatites B et C, ainsi que de la syphilis; une plus grande, de 450 ml, placée sur une drôle de machine, un agitateur, afin que les cellules ne se sédimentent pas. Durant les quelques minutes de prélèvement – au maximum douze pour un don simple, alors qu’il faut compter plus d’une heure pour un don de plaquettes – Julien regarde la télévision, zen, entouré de deux ou trois donneurs qui, eux, préfèrent lire un bouquin. «C’est exceptionnel que quelqu’un tombe dans les pommes, note Francine. Certains aiment qu’on leur tienne compagnie, qu’on les distraie pour oublier le stress.»

Souriant, son pansement au bras, pour éviter un hématome, Julien se dirige à la cafétéria. A lui les croissants, les sandwichs et les tartes aux fruits. C’est le centre qui régale. Le Français reviendra-t-il tendre le bras? «Oui, je vais recevoir une demande tous les trois mois. Ça n’est pas grand-chose. Et si cela peut aider à sauver une vie…»

Pour vérifier son aptitude à donner du sang: www.mavietonsang.ch (cliquer sur «eAptitude au don»).