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13 juillet 2015

Du tatami au ring électoral

Aujourd’hui directeur du centre des sports de Villars, l’ex-judoka Sergei Aschwanden est candidat au Conseil national sur la liste du PLR vaudois. Il explique les raisons de son engagement et revient sur un parcours atypique et pourtant exemplaire.

Sergei Aschwanden
Malgré ses racines africaines, Sergei Aschwanden refuse de diaboliser l’UDC et se dit ouvert à la discussion.

«Des coups, je suis prêt à en prendre.» Voilà ce que répond l’ex-judoka
Sergei Aschwanden quand on lui fait remarquer que son nouveau combat n’aura plus grand-chose à voir avec l’atmosphère feutrée des tatamis. Le voici en effet candidat au Conseil national sur les listes du Parti libéral-radical vaudois (PLR/VD).

Retiré de la compétition depuis sa mémorable médaille aux JO de Pékin en 2008, aujourd’hui directeur du Centre des sports de Villars-sur-Ollon, ainsi que président de l’Office du tourisme, l’homme dit s’être rendu compte «du pouvoir du politique, qui peut influencer sur le fonctionnement de la société». Et qu’aussi il est «trop facile de rester assis, à critiquer».

Né d’une mère kényane et d’un père uranais, ayant grandi à Berne puis à Bussigny, il certifie n’avoir jamais subi de propos racistes, «si ce n’est de petites piques dues à cette méchanceté naïve des enfants qui répètent des choses qu’ils ont entendues et vous traitent de petit nègre comme ils vous traiteraient de petit gros». Sur l’immigration pourtant, Sergei Aschwanden ne fait pas dans l’angélisme.

Nous sommes un pays riche qui attire des convoitises, il est normal que ces gens-là viennent, mais le système doit être repensé, il faut poser un cadre précis, pour limiter les abus.»

Tout ce qui touche au sport interpelle évidemment le futur politicien, qui se dit plus choqué par «les tentatives de réduire le financement de Jeunesse+Sport, comme cela a été discuté au Conseil national, qu’à ces histoires de corruption dans les grandes institutions. La corruption existera toujours, dès qu’il y a de l’argent, il y a des dérives, mais le sport ne se résume pas à ça.»

Proche de Jacqueline de Quattro

L’arrivée de Sergei Aschwanden au sein du PLR doit bien entendu beaucoup à sa proximité avec la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, judokate émérite qu’il connaît depuis «trente ans». Sur la lancinante question des alliances avec l’UDC, qui taraude le parti, le champion ne tergiverse pas: «Si on veut que le centre-droit, la droite et nos candidats progressent, il faut se demander ce qu’il faut faire pour y arriver. Moi je suis pour qu’on discute.»

L’UDC d’ailleurs, il n’en fait pas une montagne ni un épouvantail: «Elle est ce qu’elle est, avec ses défauts et ses qualités, dont celle de thématiser les choses – à l’extrême certes, mais au moins elle les thématise.» Il admet que tout le monde au PLR n’est pas aussi prêt à pactiser avec le diable:

Les jeunes en veulent beaucoup à l’UDC, surtout depuis le 9 février.

Pour eux, c’est un parti anti-étrangers, d’extrême droite. C’est bien qu’ils soulèvent ce problème, à cet âge c’est normal qu’on soit plus émotionnel, qu’on réagisse de manière plus vive.»

Il raconte que sa reconversion réussie, avec des études d’abord à Macolin puis à l’Université de Lausanne en management du sport, il la doit aux conseils de son entourage mais aussi au fait d’avoir terminé sa carrière «sur une note positive». La médaille de bronze, bien sûr, aux JO, raflée après deux olympiades infructueuses et qui lui a apporté «un certain calme, de la sérénité», alors qu’un troisième échec aurait pu l’enfermer «dans la frustration, avec le risque de devenir aigri».

Le judo, il y est venu à l’âge de 5 ans sur une initiative de sa mère. Et d’expliquer que «99% des enfants que leurs parents mettent au judo ont un problème, ils sont introvertis, ou hyperactifs ou encore ont un déficit de coordination. Moi j’avais trop d’énergie.»

Il dit s’être rendu compte depuis qu’il fréquente le monde professionnel de ce que le judo lui a appris. «Certains principes, comme le respect, l’honnêteté.

Au judo, si vous n’êtes pas honnête, vous êtes tout de suite puni, il existe un règlement très clair qu’on doit appliquer à la lettre, ça m’a appris à être correct, ainsi qu’à assumer quand on fait des bêtises.»

Quant à la cruauté d’un sport où une préparation de plusieurs années peut être réduite à néant en cinq minutes, Sergei Aschwanden trouve que, finalement, «c’est juste, parce que la vie aujourd’hui est comme ça.

Même dans un pays riche comme la Suisse, pour beaucoup de gens la vie reste très dure.»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Mathieu Rod