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8 août 2016

Du Valais aux bidonvilles indiens

Roxane Fornerod, accompagnée par sa fille de 3 ans et demi, partage sa vie entre des petits boulots l’été en Suisse et du bénévolat l’hiver, au bord du Gange.

Roxane Fornerod et sa fille Sitara posent dans la forêt
Roxane voyage avec sa fille Sitara qui s’est bien vite intégrée à la culture indienne.

L’été en Valais, l’hiver en Inde. Depuis plusieurs années, la vie de Roxane Fornerod épouse ce rythme binaire. L’été, un travail salarié en Valais, d’abord au Fun Forest de Crans-Montana, ensuite dans une crêperie à Granges. Puis, dès novembre et jusqu’en avril, elle voyage et fait du bénévolat au pied de l’Himalaya.

Très tôt, Roxane a eu l’envie de se «confronter à une population différente, une autre réalité, un pays à l’extrême opposé de la Suisse». Elle reviendra pourtant «choquée» de deux premiers voyages effectués en touriste, dès l’âge de 21 ans:

Je n’étais pas du tout prête à ce que j’allais voir, beaucoup de lépreux dans la rue, des ordures. L’Inde, c’est aussi les ordures.»

Elle rêvera pourtant pendant des mois d’y retourner. Pour son troisième voyage, elle contacte une association française travaillant dans les bidonvilles de Dehradun, la capitale de l’Etat de l’Uttarakhand, dans le nord de l’Inde: «On faisait du soutien scolaire pour les enfants qui apprenaient l’anglais et venaient chez nous après l’école au lieu de traîner dans le bidonville.»

Dès 2007, il y aura aussi une rencontre importante: celle avec Rahul, un enfant des rues:

Cela s’est imposé comme une évidence, il fallait que je suive cet enfant. Je le suis toujours.

Aujourd’hui il a 14 ans et il parle très bien l’anglais.»

En 2011, toujours à Dehradun, elle fonde avec Lucie Lillo et Yasmine Bonvin leur propre association: Satiam, qui signifie «la sagesse» en hindi. Elle fonctionne grâce à des donations et, pour les enfants du bidonville, par un système de parrainage:

Nous travaillons en partenariat avec divers organismes qui existent en Inde et partout dans le monde.

L’association québécoise «Inde et Nous» a créé un centre de soutien à Dehradun, où les enfants trouvent un refuge, un repas chaud à midi et du soutien scolaire «Quand le comité de Satiam est sur place, nous achetons de la nourriture, des habits, nous amenons les enfants chez le médecin, chez le dentiste.»

Un partenariat existe aussi avec Fior di Loto, une ONG au Rajasthan (un Etat du nord-ouest de l’Inde, ndlr). «On offre une rente mensuelle à des personnes veuves ou âgées. Une somme dérisoire pour nous, mais qui leur permet de s’acheter du riz, de la farine, des lentilles.» Il n’existe pas de rente vieillesse en Inde: «Dans une famille indienne, tout le monde vit ensemble; parents, grands-parents, enfants, oncles, tantes…

C’est la famille élargie qui s’occupe des personnes âgées. Les personnes que nous aidons sont celles qui n’ont plus de famille du tout.»

Dans la région de Bénarès (grande ville dans la plaine du Gange connue aussi sous le nom de Varanasi, ndlr), Satiam soutient également un projet créé et géré par Varanasi Children’s Program et qui participe à la lutte contre la malnutrition des femmes enceintes afin d’éviter les séquelles sur les bébés.

Faire face à une réalité très dure

Quand elle se rend dans le bidonville, Roxane se fait accompagner par un Indien: «Il y a pas mal de violence, des histoires de pédophilie, des proxénètes qui tournent, des enfants qui sombrent dans l’inhalation de colle et pas mal de drogues. En Inde, en général, je ne sors jamais seule la nuit.»

Un sombre tableau que la jeune femme relativise aussitôt:

Du moment où l’on a du respect pour leur culture et pour eux, ils nous respectent.»

Ce que Roxane supporte encore mal en Inde, c’est la surpopulation. «On n’est jamais seul. Même au sommet d’une montagne, il y aura toujours des Indiens qui arrivent de quelque part.» Cette omniprésence a pourtant son envers radieux:

La plus belle leçon que les Indiens m’ont apprise, c’est le souci de l’autre. Le mendiant ira aider le mendiant d’à côté.»

Pendant longtemps, le retour annuel en Suisse s’avérait plutôt difficile: «Quand je travaillais à Montana, il y avait pas mal de riches touristes et des enfants de 10 ans me tendaient un billet de Fr. 1000.-, alors qu’

à Dehradun, les gosses se lèvent à 4 heures pour aller chercher de l’eau et la ramener au bidonville avant l’école. Ils enchaînent souvent tout ça sans avoir mangé.»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Isabelle Favre