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27 janvier 2014

Grâce à l'effet squeeze film, le toucher sera bientôt aussi virtuel

A Neuchâtel, le Laboratoire d’actionneurs intégrés de l’EPFL crée du rugueux ou de la résistance grâce à un «effet squeeze film».

Au Laboratoire d’actionneurs 
intégrés de Neuchâtel dirigé par Yves Perriard (à g.), le chercheur Christophe Winter (à d.) a mis au point une surface qui va
révolutionner le sens du toucher.
Au Laboratoire d’actionneurs intégrés de Neuchâtel dirigé par Yves Perriard (à g.), le chercheur Christophe Winter (à d.) a mis au point une surface qui va révolutionner le sens du toucher.

Ça s’appelle «l’effet squeeze film». Et même s’il ne s’agit encore que des premiers résultats d’un projet de recherche, on ne serait pas surpris que le Laboratoire d’actionneurs intégrés (LAI) ait touché du doigt une technologie à fort potentiel industriel. Christophe Winter, qui vient de rendre sa thèse, explique:

En gros, c’est un dispositif qui permet de changer le coefficient de frottement entre deux objets

Le jeune chercheur, travaillant comme une dizaine d’autres dans l’unité créée en 2003 (elle s’est récemment installée dans le nouveau bâtiment Microcity à Neuchâtel), a mis au point ce qu’il appelle un actionneur permettant rien de moins qu’une «nouvelle utilisation du sens du toucher», résume Yves Perriard, le directeur du LAI.

Démonstration avec la fameuse molette tactile ronde de l’Ipod première génération: sous le doigt, tout se passe comme si une partie de la roue en caoutchouc était lisse et l’autre rugueuse. Ou, avec ce joystick, comme si l’on passait de mouvements totalement libres à une sorte de résistance paramétrable. Ou encore avec un clavier d’ordinateur où le toucher de chaque touche peut être changé individuellement. «Tout cela en quelque sorte de manière virtuelle, puisque mécaniquement rien ne change», explique Christophe Winter.

Une histoire d’air et de vibration

Comment ça marche? Yves Perriard évoque la microtechnique et la théorie ondulatoire, et alors que nous ouvrons de grands yeux, Christophe Winter a pitié de nous et simplifie: il s’agit «de comprimer une fine couche d’air qui produit une vibration de la surface tactile. Reste ensuite à contrôler cette vibration suivant ce que l’on désire retranscrire.»

Dans le cas de l’Ipod revisité, la compression se fait entre le doigt et la roue. Dans celui d’une souris développée en partenariat avec Logitech, cela se passe entre la table et le dos de la souris. Et là aussi, la sensation est étonnante: sur l’écran de l’ordinateur, une forme avec des surfaces blanches et d’autres noires. A chaque fois que la souris passe sur les premières, elle glisse sans retenue alors que dès qu’elle atteint une zone sombre, on sent comme une retenue dans le déplacement du curseur. Bluffant!

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey