Archives
8 octobre 2012

Electronique rime rarement avec écologique

Les fabricants regorgent d’idées pour lancer des produits novateurs. Mais l’immobilisme demeure lorsqu’il s’agit d’intégrer la notion de durabilité.

Déchets électroniques
En Suisse, chaque habitant achète pour 18 kilos d’appareils électriques par an (électroménagers et électroniques confondus). Photo Keystone

Combien d’écrans d’ordinateur dorment au fond de votre cave? Ou de téléphones portables dans vos tiroirs? Bientôt rejoints peut-être par l’Iphone 4S, remplacé dans votre poche par son petit frère, numéro 5 de la famille, qui vient tout juste de lui piquer la vedette.

On l’aura compris, nos appareils électroniques ont une espérance de vie de plus en plus courte. En Suisse, chaque habitant achète pour 18 kilos d’appareils électriques par an (électroménagers et électroniques confondus), selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement. A eux seuls, les achats de nouveaux appareils électroniques représentent un budget mensuel de 105 francs par ménage. C’est 20 francs de plus qu’il y a seulement dix ans.

Fabriqué pour ne durer qu’un temps limité

On comprend mieux ces chiffres lorsque l’on sait que l’espérance de vie d’un téléphone mobile n’est aujourd’hui que d’environ deux ans, d’un ordinateur trois et d’un téléviseur cinq. Mais comment est-on arrivé à une telle situation? La réponse tient en deux mots: obsolescence programmée. Une vieille technique marketing qui vise à réduire la durée de vie d’un produit afin d’augmenter son taux de remplacement. Et donc de doper les ventes. «C’est la concurrence entre les producteurs qui les incite à mettre en place de telles stratégies, explique Christian Arnsperger, professeur à l’Université de Louvain en Belgique, spécialisé en économie écologique. Tous les fabricants cherchent à se tailler la plus grosse part de marché. On préfère donc proposer des produits certes de basse qualité mais qui, grâce à leurs prix plus bas, seront écoulés en bien plus grande quantité.»

L’effet de mode est un moteur puissant, Christian Arnsperger, professeur en économie écologique.

Mais cela n’explique pas tout. «Même si on ne fabriquait plus que des produits quasi éternels, cela ne bouleverserait pas entièrement notre système économique, ajoute Christian Arnsperger. Au lieu de jeter les produits parce qu’ils ne marchent plus, on s’en débarrasserait parce qu’ils ont cessé de plaire. Les gens consomment surtout parce qu’ils cherchent à se différencier des autres, à acquérir un certain statut. L’effet de mode est un moteur puissant!» Un phénomène boosté bien sûr par la vitesse à laquelle la technologie évolue aujourd’hui. A des fréquences toujours plus courtes, les fabricants amènent des nouveautés au compte-gouttes sur leurs appareils. «Les nouveaux objets mis sur le marché offrent souvent des améliorations peu significatives, estime Suren Erkman, professeur en écologie industrielle à l’Université de Lausanne. Prenons l’exemple des téléviseurs 3D: sont-ils réellement utiles ou ne sont-ils qu’un prétexte pour doper les ventes?»

Chez Apple les techniques marketing sont bien rodées pour créer l’événement à chaque sortie d’un nouveau produit. Photo Keystone
Chez Apple les techniques marketing sont bien rodées pour créer l’événement à chaque sortie d’un nouveau produit. Photo Keystone

Comment donc parvenir à fabriquer des appareils électroniques plus durables? Les solutions ne manquent pas, si on en croit les experts en écologie. Première solution: le recyclage. Et sur ce point la Suisse s’en sort bien. Depuis 2003, la récupération et la valorisation des appareils électriques sont financées par une taxe anticipée de recyclage, comprise dans le prix de vente des appareils neufs. Les commerces sont tenus de reprendre gratuitement les appareils du même type que ceux qu’ils proposent, quels que soient la marque, le lieu et la date d’achat. Et c’est tant mieux, car même en très faible quantité certains de leurs composants ont un fort impact sur l’environnement et sur la santé des personnes qui les manipulent. On y trouve par exemple fréquemment des traces de mercure, d’arsenic ou encore de sélénium.

Outre le recyclage des matières premières, il existe des stratégies moins gourmandes en énergie pour faire du neuf avec du vieux. «On pourrait changer certaines parties des appareils pour accroître leur performance, propose Suren Erkman. Par exemple remplacer uniquement le micro-processeur des ordinateurs plutôt que l’objet dans son entier. Le clavier, l’écran et la coquille extérieure sont souvent encore fonctionnels.» Pourtant, un problème se pose. «Les consommateurs sont très sensibles au design des appareils, poursuit le professeur en écologie industrielle. Il arrive parfois que l’on conserve certaines pièces internes aux appareils et qu’on transforme son apparence extérieure. Une pratique déjà observée par exemple sur des imprimantes.»

Une solution à trouver du côté des lois

Mais ces solutions ne suffiront pas, selon nos deux experts. Pour réduire notre impact écologique et préserver les ressources naturelles de la planète, il est essentiel de légiférer. «Nous devrons certainement mettre en place des solutions contraignantes qui forceront les fabricants à repenser la chaîne de valeurs, par exemple en les obligeant à proposer des garanties plus longues, affirme Suren Erkman. Ce n’est plus la vente des produits qui devra permettre d’engranger de l’argent mais également tout leur cycle de vie.»

Le problème est que cette stratégie marketing convient aux consommateurs.

Et il faudra s’armer de patience pour mettre de telles lois en place. D’autant plus qu’un problème demeure. «L’obsolescence programmée convient à beaucoup de consommateurs, met en garde Christian Arnsperger. Elle leur procure des avantages certains, en tout cas sur le court terme. Grâce à ce système chaque parent, même à revenu modeste, a les moyens d’offrir à son enfant le jouet réclamé à Noël! L’objet est de faible qualité, certes, car produit à bas coût en Chine. Il ne durera donc pas longtemps, mais sur le moment le désir de l’enfant et celui de ses parents auront été satisfaits.»

Auteur: Alexandre Willemin