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30 janvier 2012

Sauver le patois pour rester connecté au monde

A Evolène, l’enseignante Elisabeth Gaspoz donne des cours facultatifs de dialecte local aux enfants des écoles qui n’étaient plus que 10% à le parler. Gros succès.

Elisabeth Gaspoz
Elisabeth Gaspoz: "Quand j'étais enfant, il n'y avait qu'un ou deux élèves par classe qui ne parlaient pas le patois."

«Bio è rutso ki pout. Bon è bravo ki yout.» «Beau et riche qui peut. Bon et honnête qui veut.» En patois d’Evolène, rien à faire, même les proverbes semblent plus jolis. Evolène, dernier bastion où l’on enseigne encore le patois aux enfants dès le berceau. Sauf qu’ils ne sont plus que 10% à bénéficier de cette chance.

«Quand j’étais enfant, il n’y avait qu’un ou deux élèves par classe qui ne le parlaient pas. Aujourd’hui c’est le contraire», raconte Elisabeth Gaspoz qui donne des cours de patois depuis novembre dernier, à l’instigation de la Fondation du patois et de la commune d’Evolène. Des cours destinés aux élèves volontaires des écoles primaires et du cycle d’orientation.

Pour comprendre les secrets des cousines

Dix ou quinze inscriptions étaient attendues. Il y en a eu plus d’une soixantaine. Avec des motivations diverses. «Pour ceux qui ne sont pas d’ici, c’est une manière de s’intégrer.» Pour d’autres «la possibilité de se dire des secrets sans que tout le monde comprenne». Ou encore «parce que les cousines le parlent, et qu’on aimerait comprendre ce qu’elles racontent». Mentionnée aussi «la possibilité de discuter avec les personnes âgées, les grands-parents».

Elisabeth Gaspoz, avant d’être institutrice, a élevé des vaches, vécu en Israël, étudié la théologie. Aujourd’hui, elle dit que pour elle, enseigner le patois c’est «transmettre une part du patrimoine d’Evolène, une part de notre identité, de notre imaginaire». Elle estime aussi que «c’est par la connaissance de soi, des ancêtres, de ce qu’il y avait ici, que l’on peut être ouvert aux autres, ouvert au monde qui nous entoure».

En quelques mots...

Un dessin
Un dessin

Un dessin
Cette femme, je l’ai dessinée il y a une dizaine d’années, d’après photo. C’est une vieille Tibétaine. Mettez-lui un autre chapeau, ça pourrait être une Evolénarde.

Masque de carnaval en forme de tête de chat
Masque de carnaval en forme de tête de chat

Une fête
Le carnaval, ici, avec ses peluches et ses empaillés, fait partie de la culture locale. Du vécu, sans rien d’artificiel. Ce masque de chat est l’œuvre d’un artisan local, Hugo Beytrison.

Cloches de vaches
Cloches de vaches

Des souvenirs
J’ai interrompu les beaux-arts pour acheter deux puis trois et à la fin une douzaine de vaches. De la race d’Hérens bien sûr. On s’y attache. Je les ai gardées six ans, mais j’avais des problèmes de dos, je n’ai pas pu continuer. Restent les sonnailles.

Steven
Steven

Un enfant
Lorsque mon fils Steven est né, je ne pouvais pas imaginer lui parler une autre langue que le patois. Aujourd’hui encore, alors qu’il a 12 ans, s’il m’arrive par inadvertance de lui adresser la parole en français, il ne me répond pas.

Capture d'écran du blog
Capture d'écran du blog

Une adresse
Pour que les élèves n’oublient pas tout d’une semaine à l’autre, qu’ils puissent réécouter les mots, j’ai créé un blog avec des sons: http://evolene-patois.blogspot.com

Auteur: Laurent Nicolet