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28 mai 2012

Elizabeth II, reine de la longévité sinon de la popularité

La reine d’Angleterre fête ses soixante ans de règne. Malgré sa froideur et son rôle négligeable en politique, elle jouit d’une aura qui s’étend dans le monde entier. Pourquoi? Analyse d’un spécialiste et témoignages de Suisses qui l’ont rencontrée.

Elizabeth II sur le thrône
Le 6 février 1952, Elizabeth II accède au trône. (Photo: Keystone/Camera Press/Cecil Beaton)

D’ici à trois petites années, Elizabeth II aura rattrapé la reine Victoria en terme de longévité. Voilà soixante ans qu’elle règne sur la Grande-Bretagne et ce week-end, c’est tout le pays qui entre en fête. Preuve de l’affection inconditionnelle d’un peuple pour son monarque? Pas forcément...

Respectée, certainement. Aimée, c’est une autre histoire. «Comment aimer quelqu’un qui ne dégage aucune chaleur», s’interroge Marc Roche, correspondant à Londres du quotidien Le Monde et auteur de l’ouvrage Elizabeth II. Une vie, un règne. «J’ai rencontré la reine à plusieurs reprises: impossible de savoir ce qu’elle pense. Même si elle se montre attentive avec ses interlocuteurs, elle reste froide, distante et la conversation tourne uniquement autour de thèmes courants, routiniers.»

«Elle a tout sacrifié à la charge et les Anglais lui en sont gré»

Elizabeth II radieuse lors de son 80eme anniversaire en 2006 (Photo Dukas/PA)
Elizabeth II radieuse lors de son 80eme anniversaire en 2006 (Photo Dukas/PA)

A défaut d’attirer la sympathie de ses sujets, cette attitude lui aura permis, selon le journaliste français, de conserver son aura de monarque, même au-delà des frontières. «Elle nage au-dessus de la mêlée. Elle ne donne pas d’interviews, n’exprime pas son opinion, n’a jamais pris de bain de foule. Son propre peuple ne la connaît guère. En revanche, elle a tout sacrifié à la charge et les Anglais lui en sont gré.» D’ailleurs, ils sont bien peu nombreux à souhaiter la chute de la monarchie. «Les républicains ne dépassent pas les 10% de la population. Même à la mort de Diana, en 1997, lorsque la reine est critiquée pour son absence de réaction, ce taux ne grimpe que jusqu’à 12%. Le peuple britannique est attaché à la monarchie, faute de mieux: ils n’envient pas les autres modèles européens...»

Elizabeth II est le symbole de l’unité du pays.

D’ailleurs, le rôle d’Elizabeth II s’étend bien au-delà de celui d’un chef d’Etat traditionnel: «Symbole de l’unité du pays, elle remplit aussi un rôle diplomatique en tant que chef du Commonwealth, qui regroupe seize Etats. Elle occupe également la fonction de gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre et chapeaute près de 600 œuvres de charité.»

Comme successeur elle préfère son petit-fils William

Sa mère – Queen Mum – ayant vécu jusqu’à l’âge de 101 ans, on peut supposer qu’Elizabeth II régnera encore longtemps sur la Grande-Bretagne. Comment envisager sa succession? «Une chose est sûre, jamais elle n’abdiquera et l’ordre sera respecté, affirme Marc Roche. William ne passera pas avant Charles, même si le côté interventionniste de ce dernier n’est guère apprécié par sa mère. Il partage trop facilement son opinion, prend trop souvent position. Elle ne souhaite pas qu’il règne trop longtemps et lui préfère son petit-fils, plus conservateur.» De là à défier Dieu et repousser la date de sa mort? Ce que reine veut...

Ces Suisses qui ont rencontré la reine

Samuel Schmid avec la Reine (Photo: Keystone/AP/Fiona Hanson)
Samuel Schmid avec la Reine (Photo: Keystone/AP/Fiona Hanson)

En juin 2005, Samuel Schmid – alors président de la Confédération - s’envole pour l’Angleterre afin de s’entretenir avec le premier ministre Tony Blair au sujet des accords bilatéraux. Mais avant de se rendre à Downing Street, l’ancien Conseiller fédéral fait un petit détour... par Buckingham Palace, pour un tête-à-tête avec sa résidente de marque. «Une rencontre très agréable, se souvient-il. Elizabeth II est beaucoup plus chaleureuse que l’image qu’elle véhicule, elle a beaucoup d’humour.» Protocole et traditions obligent, point de politique à l’ordre du jour et c’est la reine qui décide des sujets de conversation. «Nous avons tout de même parlé de certains points d’actualité. Nous avons notamment évoqué la Suisse et j’ai été frappé par sa connaissance de notre pays. Durant toute la discussion, elle a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit.» La rencontre durera une demi-heure, l’agenda de la reine étant bien rempli: elle recevait le même matin son premier ministre, de retour des Etats-Unis pour une rencontre avec l’ancien président George Bush. Dernière question; Samuel Schmid se sentait-il nerveux avant de la rencontrer? «C’était surtout un grand honneur!»

Anton Mosimann (Photo: Keystone/Camera Press/Paul Massey)
Anton Mosimann (Photo: Keystone/Camera Press/Paul Massey)

La première rencontre entre Anton Mosimann, cuisinier biennois,et la reine Elizabeth II ne date pas d’hier. «C’était à Montréal, en 1967, se souvient Anton Mosimann, qui travaille en Angleterre depuis plus de trente ans. Elle était invitée par le gouvernement canadien pour l’Exposition Universelle et j’étais l’un des cuisiniers de l’événement. Je n’avais que 20 ans à l’époque.» Quelques années plus tard, c’est au célèbre restaurant londonien le Dorchester, où il officie en tant que chef, qu’ils se croisent à nouveau, à l’occasion d’un banquet. «Un moment très impressionnant, raconte-t-il. Je me sentais fier et honoré. Depuis, j’ai eu la chance de cuisiner pour elle à de nombreuses occasions, notamment dans les divers palais du royaume et aussi chez certains privés.» Et cette anecdote selon laquelle la reine l’aurait fait appeler en cuisine pour lui demander la recette d’un plat qu’elle avait particulièrement apprécié? «En fait, il s’agissait de la reine mère, corrige Anton Mosimann. Elle avait beaucoup aimé la mousse de truite fumée. Bien entendu, j’ai été ravi de l’aider!» Son sentiment sur Elizabeth II? «J’ai beaucoup d’admiration pour elle. La Grande-Bretagne n’aurait pas pu rêver de meilleure ambassadrice.»

Auteur: Tania Araman