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4 avril 2016

Eloge du Swissmade, vu d'ici

Une chasse de toilette qui fonctionne. Une porte qui ferme. Une fenêtre qui isole du froid et du bruit. Pas de trous sous les plinthes (lorsqu'il y a des plinthes). Un gros cafard? Occasionnellement, mais sur le moral, jamais dans son lit. Un loyer juste. Un concierge qui fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait.

Xavier Filliez en train de tirer sur ses bretelles
Xavier Filliez

Quiconque, venu de Suisse et ayant logé quelques semaines dans un appartement new-yorkais a compris, à ses dépens, aux dépens de son couple, de son sommeil ou de sa santé, que cette énumération de banalités sous les latitudes helvétiques ne peut, ici dans la Grosse Pomme, être qu'un mirage ou une mauvaise blague.

Question: s'habitue-t-on aux malfaçons et autres dégâts ménagers lorsque l'on vient d'un pays «propre-en-ordre» où tout fonctionne «extra-tip-top»? Réponse: oui à peu près... jusqu'à ce que des visites de Suisse vous fassent remarquer le fossé qui désormais vous sépare. Cela arrive régulièrement. C'est encore le cas ces jours où nous recevons des amis.

Nos mises en garde d'usage pour une expérience moins traumatisante:

  • Ne jugez pas notre hygiène si un cafard s'invite au salon pendant le repas. 
C'est arrivé et cela arrivera encore. La dernière fois, c'était il y a quatre jours lorsque la petite voisine est venue jouer à la maison. Quand le cockroach a débarqué dans le village en Lego, Victoria, 6 ans, s'est téléportée dans la chambre à coucher en mode Castafiore dont on a pu l'extraire qu'après un long tête-à-tête digne d'un concours de diplomatie.
  • Pour la petite commission, rien à signaler. En revanche, pour la grosse commission...
 Sachez (a) faire preuve de discrétion parce que la porte ne ferme pas bien (b) être économe en papier et très patient parce que la chasse est fatiguée. Il se peut que la conjonction de tout cela vous plonge dans l'embarras. C'est arrivé à cette jeune femme lors de son premier rendez-vous amoureux. Pour ne pas tomber dans le récit scatologique, je ferai court. Grosse commission. La chasse qui ne coopère pas. L'embarras qui la gagne. Que faire? L'actionner à nouveau mais risquer le débordement? Attendre que la digue saute mais jusqu'à quand? Improviser rapidement. Emballer la commission dans du papier et la prendre avec dans son sac à main en attendant une meilleure option. Si vous êtes choqué, c'est que vous n'avez jamais dû échafauder un plan B.
  • La poignée de notre porte d'entrée vous reste dans les mains? 
C'est parce que j'ai installé la serrure moi-même. Oubliez les états des lieux d'entrée/de sortie, le nettoyage impeccable, la remise en ordre des défectuosités avant d'emménager genre régie Naef, De Rham and Co. Tout cela, ici, est à la charge du locataire qui doit (a) s'estimer heureux d'avoir trouvé un toit (même s'il fuit) et (b) installer sagement une nouvelle serrure dès l’emménagement parce que tous les agents immobiliers de la ville ont un double des clés. Ces fils électriques qui dépassent? Vous verrez, on s'y fait.
  • Comment ça, le métro Q n'est jamais venu? 
Ah oui, c'est samedi. Mais le B, lui il est venu? Non plus? Ah, il y a des travaux sur la ligne. Pas grave, le N est pas mal non plus. Dix-huit stations et quarante minutes jusqu'à Times Square? Ok, il a pris la ligne du R. Bon... Forfait.
  • Oui, 3000 dollars pour ce clapier. 
C'est mignon, mais quand même, c'est minuscule. Sauf que derrière, il y a New York, alors amusez-vous!

Et lorsque vous retournerez en Suisse après les vacances, embrassez le contrôleur CFF, glissez une bonne main à votre concierge, sablez le champagne lorsque vous payez votre loyer, faites un jogging dans votre salon. Et chérissez le moment de la grosse commission.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez