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14 novembre 2011

Emi Vauthey illumine le nouveau spectacle du cirque Eloize

De passage à Genève dès la fin du mois, le cirque québécois fait la part belle à la jeune contorsionniste vaudoise. Rencontre avec une artiste enjouée.

Emi Vauthey
Emi Vauthey a été embauchée par le cirque Eloize alors qu’elle était sur le point de terminer sa formation à l’école de danse Rudra-Béjart, à Lausanne.
Le cirque Eloize
Emi Vauthey aime particulièrement la cohésion qui règne au sein de la troupe.

Elle a le sourire aux lèvres, Emi Vauthey! Qu’elle réponde aux questions des journalistes ou qu’elle se lance dans un facétieux numéro de contorsion – avec une aisance et un naturel saisissants – elle semble ne jamais se départir de sa joie de vivre, et ses yeux pétillent avec la même intensité. Le cirque, c’est sa passion, et elle profite à fond de l’opportunité qui s’est offerte à elle il y a un an et demi: une place au sein de la troupe québécoise Eloize, qui émerveille le public de son univers poétique depuis 1992 (lire ci-dessous). «J’en rêvais depuis longtemps, révèle la jeune Vaudoise de 19 ans. J’avais vu tous les spectacles de la compagnie, et à chaque fois, j’étais restée interloquée. Je m’étais dit: un jour, je serai sur scène avec eux.» A croire qu’une bonne fée l’écoutait... Depuis plusieurs mois, elle illumine de sa présence le tout nouveau show de la compagnie, baptisé iD. Un mélange détonant de cirque contemporain et de danses urbaines, imaginé par le directeur d’Eloize, Jeannot Painchaud. «Le break dance ou le hip-hop commencent tout juste à être reconnus de manière officielle, alors que pendant des années ils ne se pratiquaient que dans la rue, souligne-t-il. Or, le cirque a longtemps été dans la même situation. J’ai voulu établir un parallèle entre ces deux univers.» Quant au titre du spectacle, il se réfère au mot identité, notamment à celle revendiquée par les danseurs urbains. «Pour eux, il s’agit d’un moyen artistique d’exprimer leur appartenance à un gang, à une rue, à un quartier, poursuit Jeannot Painchaud. On ne bouge pas de la même manière à Brooklyn que dans le Bronx.»

Le résultat? Un spectacle dynamique, où les talents et les nationalités se mêlent – suisse et québécoise, bien sûr, mais aussi ukrainienne, française et laotienne, pour ne citer qu’elles – dans un décor citadin. Une histoire «pas tout à fait linéaire, construite sous forme de tableaux » dans laquelle deux gangs s’affrontent, un peu à la West Side Story, sur fond de musique rock, hip-hop, électro. Avec par moments une touche de poésie, distillée en grande partie par la présence d’Emi Vauthey, qui joue la carte romantique en incarnant une Juliette des temps modernes. La jeune Vaudoise, qui s’est initiée pour l’occasion à l’art du tissu acrobatique, évolue avec grâce sur scène en compagnie de son Roméo, lui-même juché... sur des rollers! Elle partage également la scène avec un b-boy, pour un jeu de séduction espiègle entre breakdance et contorsion.

Le cirque pour véritable passion

Pour Emi, l’aventure a commencé au printemps 2010 à Berlin, lors d’une audition pour le cirque Eloize. «J’y ai rencontré Krzysztof (n.d.l.r.: Soroczynski, l’entraîneur chef de la troupe), il s’est montré très intéressé. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un coup de fil de Jeannot, qui m’a demandé de me rendre à Montréal pour un nouveau bout d’essai.» Un voyage express au Québec scellera donc son destin: on lui propose rapidement un contrat au sein de la compagnie. «Nous avons juste un peu hésité à cause de son âge: elle était encore mineure à l’époque. Mais son enthousiasme, sa passion était tellement évidente que nous avons quand même décidé de l’engager», souligne Jeannot Painchaud. «J’étais aux anges, sourit Emi Vauthey! D’autant que j’étais sur le point de terminer mon cursus à l’école de danse Rudra-Béjart à Lausanne, et je m’inquiétais pour la suite des événements. Ce n’est jamais évident de décrocher un contrat.»

Emi Vauthey, ici en représentation.
Emi Vauthey, ici en représentation.

Si la jeune Vaudoise s’est formée à l’art du ballet, sa réelle passion n’en demeure pas moins le cirque. «J’ai eu une révélation à l’âge de 7 ans. Même si mes parents n’évoluent pas du tout dans le monde du spectacle, ils m’amenaient souvent au cirque. En parallèle de mes cours de gymnastique rythmique, ils m’ont inscrite à l’école de Lausanne, où j’ai choisi la contorsion et le cerceau aérien.» Remarquée en 2006 lors de l’émission télévisée française Incroyable talent – durant laquelle elle atteindra la finale – elle obtient également le soutien de la Fondation Little Dreams créée par Orianne et Phil Collins. Son parrain? Franco Knie... Elle suit finalement un cursus danse-études à l’école de Béthusy à Lausanne, l’équivalent n’existant pas en Suisse pour les arts du cirque. Mais elle n’abandonne pas pour autant son entraînement dans cette voie, n’hésitant pas à se former à certaines disciplines en autodidacte, comme justement le tissu aérien, appris spécialement pour le spectacle iD.

«J’ai dû m’y initier assez rapidement après avoir été engagée chez Eloize. En fait, tout s’est passé très vite. Après mon audition à Montréal, je n’ai eu que trois semaines pour boucler mes affaires en Suisse et je suis partie vivre au Canada.» Pas trop difficile de quitter ainsi sa famille? «Un peu au début, mais il s’agissait de la réalisation d’un rêve! Et puis, la cohésion qui existe au sein de la troupe m’a beaucoup aidée. Nous sommes tous très proches, nous savons que nous pouvons compter les uns sur les autres», raconte celle qui a hérité au passage d’un léger accent québécois. Elle reconnaît qu’elle sera heureuse de se retrouver en Suisse à la fin du mois. «Quand j’ai appris que la tournée passerait par Genève, c’était la cerise sur le gâteau! J’ai hâte que ma famille et mes amis puissent voir le spectacle.» Quant à l’après-Eloize, elle préfère ne pas trop y penser. «C’est un peu effrayant, avoue-t-elle. Mon contrat se termine en juin 2012, je ne sais pas encore ce que je ferai. Mais ce dont je suis certaine, c’est que je veux continuer. Le cirque, c’est ma vie. C’est comme une drogue!»

Site internet du cirque Eloize: www.cirque-eloize.com

Auteur: Tania Araman

Photographe: Tania Araman