Archives
17 juin 2013

Emilie Zoé, la rockeuse aux pieds nus

Guitariste et choriste d’Anna Aaron, la Vaudoise Emilie Zoé vient de vernir un premier CD prometteur qu’elle a baptisé «Empty» (vide en anglais). Cette artiste à fleur de peau y déverse son trop-plein d’émotions en six titres aussi électriques que ravageurs.

Emilie Zoe en train de jouer de la guitare
«La musique, c’est ma manière d’être au monde. C’est tout à la fois une passion, un besoin, une envie et un accomplissement. Et puis, ça me permet également d’apprendre à mieux me connaître, c’est assez introspectif comme travail.»

Emilie Zoé nous accueille, pieds nus et mèche rebelle, dans la cuisine de son petit appartement lausannois. «Un café?» Ça ne se refuse pas. Une ballade triste s’échappe des haut-parleurs. «La musique que j’écoute? Ça dépend de l’humeur du moment. Aujourd’hui, c’est Girls in Hawaii, un groupe belge. Et demain, ce sera peut-être Radiohead ou Queens of the Stone Age.»

Emilie Zoé sur scène à Bulle (source: Youtube)

Taillé dans le rock, Empty – le premier CD de cette artiste antiacadémique (elle est allergique au solfège!) – oscille, lui, entre violence et tristesse, rage et mélancolie. Il est plutôt sombre dans le fond.

Sans doute, parce que c’est un sentiment de vide que je ressens souvent qui me pousse à composer, à créer.

Mais il y a également de l’espoir, de la lumière dans mes chansons.»

Pour cette fille nature à la dégaine un brin birkinienne (elle ne va pas aimer la comparaison, mais tant pis!), la vie, c’est de l’émotion à l’état brut. «Je ne mets pas trop de distance entre moi et les autres, entre moi et les événements, et je me brûle parfois.» Elle est intuitive, sensible, à fleur de peau comme si elle avait oublié de revêtir sa carapace une fois son adolescence achevée.

Cette fragilité fait aussi sa force. Elle l’aiguillonne, l’oblige à se dépasser, à soigner sa timidité sur scène, à tracer son propre microsillon avec obstination.

Je ne savais pas que je pourrais vivre un jour de mon art.

Eh bien, même si c’est financièrement délicat, cela fait deux ans que je ne fais que cela!» Depuis qu’elle a rejoint, en tant que guitariste et choriste, le groupe d’ Anna Aaron

La suite? Les grands yeux d’Emilie Zoé fixent un instant le vide. «Je n’ai pas de plan de carrière, mais je sais que je ferai toujours de la musique, en tout cas aussi longtemps que ça touchera les gens. C’est ça qui m’incite à ne pas lâcher, à continuer.»

Emilie Zoé en quelques mots-clé

Le compagnon de route d' Emilie Zoé
Le compagnon de route d' Emilie Zoé.

Son troisième œil
«Mon appareil photo, je l’ai toujours à portée de main. J’aime immortaliser des trucs qui me font sourire ou que je trouve touchants. Souvent des petits détails insignifiants. En fait, c’est un moyen d’expression et une manière de s’intéresser à ce qui se passe autour de soi.»

Couverture de l'album "Empty"
Couverture de l'album "Empty"

Son disque
«Dans «Empty», les morceaux parlent des différentes facettes qui me composent et aussi des émotions que j’étais en train de traverser lorsque j’écrivais les chansons. La musique est née dans ma tête et les ébauches de texte, je les notais sur mes mains et des feuilles volantes.»

Le désert américain.
Le désert américain.

Un paysage intérieur
«Le désert américain avec ses grandes étendues vides et ses routes interminables... C’est une image qui m’accompagne quotidiennement. Un jour, j’irai sans doute découvrir ce lieu de mes propres yeux. Mais pas tout de suite!»

Un peu de café met tout le monde à l'aise!
Un peu de café met tout le monde à l'aise!

Un objet
«Le café, je n’en bois jamais quand je suis seule. En revanche, j’en offre aux gens qui viennent me voir. C’est un rituel pratiquement immuable qui accompagne les rencontres, le partage, les échanges… Et ça aide, je pense, à délier les langues.»

Emilie Zoé aime marcher à pieds nus.
Emilie Zoé aime marcher à pieds nus.

Ses pieds
«Dès que le temps le permet, je marche pieds nus dans la rue. C’est presque un acte citoyen, une façon d’interpeller les gens, de les faire réfléchir. Si tout le monde faisait cela, on se rendrait compte que la Terre est recouverte de bitume et que ce n’est plus agréable de l’arpenter.»

Auteur: Alain Portner

Photographe: Christophe Chammartin