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12 mars 2012

En colocation durant les heures de bureau

Après la cohabitation et le covoiturage, place au coworking! Ou quand entrepreneurs et travailleurs indépendants se retrouvent dans un même espace pour échanger compétences et réseaux.

Personnes réunies dans un espace de travail partagé
L'atelier de la Muse rassemble quelque 50 personnes travaillant en tant qu'indépendants.

Des hommes en costard-cravate qui discutent autour d’un café, des jeunes au look plutôt bohème qui pianotent sur leur ordinateur, confortablement installés au creux d’un canapé, des gens de tout âge qui passent en coup de vent, s’enfilent dans l’un des escaliers en bois ponctuant les lieux, s’échappent vers les étages rejoindre leur coin de table, leur open-space partagé avec des collègues d’un genre un peu particulier.

Bienvenue à la Muse, l’un des plus grands espaces de coworking de Suisse romande, situé en plein centre de Genève! Ici, une cinquantaine d’indépendants et d’entrepreneurs nomades – graphistes, informaticiens, traducteurs, mais aussi joaillière et avocat, pour ne citer qu’eux – louent une place de travail au mois, et certains même à la journée. Moyennant finance, ils peuvent également y laisser leur matériel sous clé. Des start-up y ont d’ailleurs élu domicile. A la disposition de tout ce beau monde, en vrac: salles de réunion, cuisine, Wi-Fi, imprimante, machine à café...

J’adore le côté nomade de la Muse.
 - Marla Burgener

Une façon de les sortir de leur isolement, de partager les frais de bureau, de séparer de manière très nette maison et bureau? Certes! Mais pas uniquement. «Il s’agit avant tout de créer des réseaux de compétences, souligne Antoine Burret, l’un des étudiants en charge de la gestion de la Muse. De donner les moyens aux coworkers de s’enrichir mutuellement, d’accélérer les processus de création.» Et de prendre l’exemple d’Hélène de Meire, installée dans les locaux depuis un an et dont la start-up s’est vu façonner par les échanges avec les autres travailleurs nomades (lire son portrait plus bas)

Les cartes de visite s’échangent à tout-va

Dans cette optique de partage et d’émulation, des pique-niques sont organisés chaque lundi. L’occasion pour chaque coworker, mais également pour le public extérieur, de parler de ses projets, d’évoquer les obstacles qu’il peut rencontrer, de prêter une oreille attentive aux éventuelles solutions proposées par les autres participants.

Tous les lundis, les travailleurs se retrouvent le temps d'un pique-nique, pour mettre en commun leur compétences.
Tous les lundis, les travailleurs se retrouvent le temps d'un pique-nique, pour mettre en commun leur compétences.

Aujourd’hui justement, ils sont une vingtaine rassemblés dans la salle de réunion. Si certains sont là par curiosité, pour se renseigner sur la démarche de la Muse, d’autres arrivent avec des questions concrètes à soumettre à l’assistance. Comme cette spécialiste de la réinsertion professionnelle des jeunes, à la recherche de mandats. Ou encore ce coach de vie, qui a créé sa société en 2011: fort de son succès, il se retrouve avec plus de deux cents clients à gérer et souhaite dégoter un espace pour les recevoir. La première est mise en contact avec un coworker œuvrant sur le même type de projet, un participant répond au second qu’il connaît justement un lieu qui pourrait le tirer d’affaire...

Nous espérons contribuer à l’émergence d’une nouvelle façon de travailler» 
- Geneviève Morand, présidente de la fondation La Muse

«Ce genre d’animation nous permet d’aller au-delà du simple partage de bureaux», se félicite Antoine Burret, qui écrit actuellement sa thèse de doctorat en socio-anthropologie sur la Muse. Car l’espace genevois se veut également laboratoire d’expérimentation: un comité scientifique observe de près le projet et plusieurs études – notamment signées Xavier Comtesse d’Avenir Suisse – ont d’ores et déjà été rédigées... De quoi réjouir Geneviève Morand, fondatrice de Rezonance – le premier réseau social professionnel de Suisse romande – et présidente de la fondation La Muse. «Ce projet est vraiment né de la volonté de l’Etat de Genève de mieux comprendre le phénomène de coworking, explique-t-elle. Des réflexions de fond ont été menées et nous espérons par ce biais contribuer à l’émergence d’une nouvelle façon de travailler.»

A la Muse, on trouve des indépendants et entrepreneurs de tous horizons.
A la Muse, on trouve des indépendants et entrepreneurs de tous horizons.

Bénéficiant donc du soutien financier du Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé (DARES), la Muse a vu le jour en janvier 2010, avec un succès quasi immédiat: une quarantaine de coworkers la première année et plus de 400 participants aux animations ouvertes au public extérieur. «Nous en espérons bien 1000 cette année», pronostique Geneviève Morand.

Vu l’affluence aujourd’hui, le défi pourrait bien être relevé. La réunion a beau s’être achevée il y a une demi-heure, la plupart des participants s’attardent sur les lieux, s’échangeant cartes de visite et contacts de tiers. De futures collaborations en perspective!

Sur le Net: la-muse.ch

Hélène de Meire: du projet personnel à la start-up à succès

Hélène de Meire a créé My-startup fiduciaire
Hélène de Meire a créé My-startup fiduciaire.

Ancienne directrice fiscale d’une grande société fiduciaire, Hélène de Meire vit ses dernières heures dans les locaux de la Muse… L' histoire d’amour aura duré un an. Mais ce n’est point par lassitude qu’elle s’en va. «Lorsque j’ai décidé de me mettre à mon compte, je pensais ouvrir un cabinet juridique et fiscal pour les sociétés de trading. Je cherchais un lieu de travail à proximité de la crèche de mes enfants. Pendant un temps, je courais les cybercafés avec ma valisette de documents. J’en ai rapidement eu assez…» Après une très courte expérience dans un espace de location de bureaux plus traditionnel – «J’y suis restée une journée, durant laquelle personne ne m’a adressé la parole, l’horreur!» – Hélène de Meire rejoint finalement les locaux de la Muse.

Preuve de l’importance des réseaux noués sur place, son projet va bientôt évoluer. «Comme je suis juriste fiscaliste de formation, les autres coworkers me posaient souvent des questions se référant à la création d’entreprises. Je pensais pouvoir les aider en les dirigeant vers des fiduciaires spécialisées, mais il s’est vite avéré que leurs frais étaient trop élevés.» L’entrepreneuse de 35 ans décide alors de créer My-startup fiduciaire en proposant des forfaits tout compris à ses clients.

Nourrie par les conseils et les souhaits des coworkers de la Muse – qui valident les tarifs, l’aident à choisir son logo, etc. – la société grandit peu à peu et compte aujourd’hui quatre collaborateurs. Désormais à l’étroit, l’équipe intégrera ces jours-ci les locaux de la pépinière d’entreprises Fondetec à Genève. My-startup fiduciaire a en effet été sélectionnée pour figurer parmi les trente start-up les plus innovantes de Suisse.

Auteur: Tania Araman