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28 juillet 2014

En piste pour le nettoyage de la montagne

Reportage parmi les bénévoles de l’opération annuelle de ramassage des déchets organisée à Verbier par la Summit Foundation. Là où la neige immaculée a laissé place à des montagnes de détritus.

Il ne faut pas trop attendre pour nettoyer les pâturages: l’ingestion de déchets a déjà coûté la vie à plusieurs vaches et chèvres.
Il ne faut pas trop attendre pour nettoyer les pâturages: l’ingestion de déchets a déjà coûté la vie à plusieurs vaches et chèvres.

«Ici, des bouteilles en PET. Juste sous le télésiège, honneur aux flacons d’alcool. Et puis des gobelets sous le départ des installations. Des restes d’apéro, sans doute. Et partout, partout, des mégots comme si ça leur brûlait les doigts de les jeter n’importe où.» Pour sa première journée de nettoyage des pistes, Franca Liarosa se dit «choquée» d’avoir ramassé autant de déchets sur les pistes débarrassées de neige. Tout juste trentenaire, cette habitante de Corsier-sur-Vevey arbore la tenue réglementaire des bénévoles du jour: gants fournis par l’organisation, chaussures de marche et moral en béton recyclé.

Des bénévoles ramassent des déchets sur les pistes de ski de Verbier à l'occasion de la journée du ramassage organisée par la Summit Foundation.
Des bénévoles ramassent des déchets sur les pistes de ski de Verbier à l'occasion de la journée du ramassage organisée par la Summit Foundation.

Cette brigade de nettoyeurs volontaires répondait à l’appel des sommets lancé par Summit Foundation pour sa journée annuelle de «cleaning» du domaine skiable de Verbier. Mais pourquoi dans la très chic station valaisanne? «Tout simplement parce que nous avons un mandat de leur part, explique Laurent Thurnheer, fondateur et directeur de Summit Foundation (lire encadré). Et puis parce que c’est une grande station de ski qui accepte de mettre en avant une telle opération de nettoyage des sommets.» Dernière raison, de par son caractère très international, la station accueille des populations entretenant un rapport différent avec la nature. «Les interpeller s’avère donc particulièrement intéressant.»

L’espoir que le volume d’ordures diminue

En ce dimanche de juillet, la météo a toujours quelque chose d’estival. Juste avant un bel épisode quasi hivernal qui n’aurait pas été très bon pour la fréquentation de l’événement.

Evidemment, plus on récolte d’ordures, mieux c’est. En même temps, nous serions assez contents que cela diminue d’année en année. Ne plus avoir besoin de venir représenterait une sorte d’aboutissement.

A 33 ans, Olivier Kressmann possède un brevet fédéral de conseiller en environnement. «J’ai connu Summit Foundation alors que je travaillais comme responsable des déchets au Montreux Jazz Festival. J’ai vite été convaincu par le potentiel d’actions auprès des organisateurs de festivals ou des responsables de stations de ski.» Désormais membre du bureau permanent de Summit Foundation (lire encadré), il y fonctionne comme chargé de projets, notamment de cette action menée dans le val de Bagnes depuis 2011.

Les volontaires ont nettoyé les pistes de Verbier de quelque 300 kilos de poutres, fils électriques, bouteilles, mégots...
Les volontaires ont nettoyé les pistes de Verbier de quelque 300 kilos de poutres, fils électriques, bouteilles, mégots...

Montheysanne du même âge, Céline Bessat était venue à la première édition. Pour sa seconde participation, il lui semble «avoir un peu moins ramassé». Avant de reconnaître que c’est peut-être parce qu’elle ne nettoie pas la même zone.

Avec Franca, mais aussi Yves, Isabelle et les autres, la jeune femme crapahute sous la télécabine des Croisettes. «Les gens viennent faire du sport au milieu de ce superbe écrin et ne respectent pas la nature. Ça me dépasse», fulmine à ses côtés Yves Krefeld, 54 ans, de Chappelle-sur-Moudon. Parmi ses 5 bons kilos récoltés (moyenne par participant, dixit Olivier Kressmann), les hits du jour déjà cités mais aussi «des mouchoirs, des capsules de bière et autres bouts de métal». Poussé par son épouse conseillère en environnement au sein du WWF, Yves évoque

une éducation qui s’est un peu perdue et qu’il faut essayer de redonner aux skieurs comme aux randonneurs d’ailleurs.

Eduquer à ne pas tout jeter n’importe où: une telle journée de ramassage a aussi valeur d’exemplarité auprès des touristes comme des Bagnards, comme l’explique Laurent Thurnheer, fondateur et directeur de Summit Foundation: «En tant qu’endroit très international, Verbier accueille un public de cultures très différentes. Exposer quelques centaines de kilos de déchets descendus des pistes ne laisse personne indifférent.»

Une randonnée pour sauver la planète

Lausannoise de 37 ans, Isabelle Bourquin découvre cette journée «à la fois sympa et utile» qui ressemble à une «randonnée en beaucoup plus lent et où on regarde par terre au lieu d’admirer la vue», plaisante-t-elle. Avant d’ajouter que, avertie par une amie de cette action «concrète et locale», elle est heureuse de contribuer à la propreté d’une montagne qu’elle affectionne tout particulièrement. «Du coup, je pense que je reviendrai l’année prochaine sauver la planète», lance-t-elle avec un sourire.

Des participants à la journée de nettoyage de la montagne trient les déchets.

Il est bientôt 15 heures et les efforts touchent à leur terme. On se dit fatigué mais content du boulot effectué. Pour certains, le retour se fera en télécabine. D’autres ont encore les jambes, et l’envie, de marcher. S’amorce alors la descente vers la station où tout le monde doit se retrouver vers 16 heures.

Thomas Roggo, queue de cheval et bronzage local, appartient au staff de TéléVerbier mobilisé pour l’occasion. Au volant de son pick-up blanc, il doit encore monter une dernière fois la route des Attelas pour prendre ce que les bénévoles y ont laissé et qui n’entrait pas dans les sacs-poubelles. Poutres, fils électriques, bouts de métal divers: la plateforme arrière se remplit rapidement. «Avant que Summit Foundation n’organise cette collecte, c’était le personnel qui s’en occupait. Là, ils sont beaucoup plus nombreux, c’est vraiment bien.»

Entre la fonte des neiges et le pâturage

D’ailleurs, combien ont répondu à l’appel cette année? Olivier Kressmann indique que le nombre de sandwichs distribués à midi constitue sans doute la meilleure des évaluations: 54 exactement. «Soit une participation légèrement inférieure à celle de l’an dernier, note Laurent Thurnheer. La date est un peu tardive pour séduire davantage de Bagnards, en vacances depuis plusieurs semaines.» Mais le créneau de Summit Foundation reste serré: plus tôt et le risque de neige s’avère important, alors qu’attendre l’automne mettrait en danger vaches et chèvres qui peuvent ingérer ce qui traîne.

Les participants à l'opération annuelle de ramassage des déchets organisée à Verbier par la Summit Foundation.

Il y a déjà eu plusieurs décès pour avoir mangé trop de mégots.

Malgré cette participation un peu plus modeste, 300 kilos finissent en gros tas sur une bâche posée sur la place Rodolphe-Tissières. Bien en vue, histoire précisément d’interpeller les passants.

Du haut de ses 8 ans, Emilie est toute contente. «La nature est plus belle sans tout ça, non?» sourit la petite Vaudoise aux boucles blondes. A quelques mètres, alors que l’orage s’approche, une autre fillette se fait réprimander par une participante: elle vient de laisser traîner son emballage de glace avant de monter dans le bus. Visiblement, Summit Foundation a encore du boulot pour l’année prochaine.

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Opération annuelle de ramassage des déchets à Verbier, comme si vous y étiez. (Source: Youtube/Summit Foundation)

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens