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20 février 2017

En raquettes sur la piste des animaux

Quoi de mieux que de jouer les trappeurs en observant discrètement la faune des Alpes? A Saint-Martin, dans le val d’Hérens (VS), un sentier didactique permet de repérer les traces des bêtes dans la neige. Alors, cerf ou chevreuil?

Passionné par la neige, Robert Bolognesi a réalisé en collaboration avec les instances touristiques du val d’Hérens un sentier didactique sur les traces d’animaux.

Il pleut, une petite pluie froide qui lave tout, les arbres, les toits du val d’Hérens (VS) et le sentier-raquettes. Un sentier didactique spécial hiver qui permet de suivre les traces des animaux dans la neige. Situé juste au-dessus du village de Saint-Martin, le parcours est à la portée de toutes les jambes: presque plat, facile à suivre, instructif et ludique à la fois.

Même si les conditions du jour ne sont pas optimales pour ausculter la neige, Robert Bolognesi, directeur de Meteorisk et initiateur du sentier, a l’enthousiasme intact. «L’idéal pour lire les traces, c’est une neige un peu humide de 3 à 4 centimètres, qui retient mieux l’empreinte que la poudreuse. Bien sûr, il faudrait éviter la pluie qui arrondit tout et agrandit les traces... Mais il y aura peut-être aujourd’hui des ambiances mystérieuses.»

Un premier panneau indique le début du «Sentier des traces» et on s’embarque le long du bisse de Saint-Martin, bucolique filet d’eau qui vacille dans son lit sous les mélèzes détrempés. On ouvre l’œil, on guette, on espère la rencontre.

Les empreintes dans la neige ne sont pas les mêmes que dans la terre. S’il est plus facile de les repérer sur fond blanc, elles sont en revanche plus difficiles à interpréter»,

commente Robert Bolognesi, qui s’arrête soudain pour pointer une enfilade d’empreintes ovales qui file en ligne droite sur le chemin. «C’est le passage d’un renard au trot. Comme il met ses pattes arrière dans les traces avant par économie d’énergie, ça forme une piste caractéristique. Dans les meilleurs cas, on peut voir sa direction, sa vitesse et même son âge!»

Messages dans la neige

Creux et bosses, traitillés sur page blanche pour un langage silencieux. Ce que l’on prenait pour un accident de parcours est en fait une écriture, une signature laissée par les nombreux animaux des Alpes. Car ici, dans le val d’Hérens, région préservée qui a fait le choix du tourisme doux, on trouve encore une belle densité d’animaux sauvages. L’écureuil, le lièvre, la fouine, le chamois, le lynx, le loup… Comment le bestiaire du sentier a-t-il été constitué? «Ce sont tous des animaux qui vivent ici et que le promeneur a une chance d’apercevoir. J’ai gardé le tétras et le lagopède, mais pas le chocard, parce qu’il est plus rare qu’il se pose dans la poudreuse.»

Rassembler les indices

Ainsi, chaque panneau – dix-neuf en tout dont trois directionnels et seize illustrés par une saisissante aquarelle, un descriptif et un dessin des empreintes – a été placé dans un lieu où l’animal serait susceptible de passer: celui de la fouine à proximité des habitations, par exemple, et celui du lynx dans un bosquet à cachettes, là où les hautes herbes surgissent, jaunies et flasques, de la neige fatiguée.

Le chemin sort soudain du bois et s’ouvre sur la vallée sépia. Une écharpe de brouillard donne un coup de gomme dans le paysage, effaçant la Dent-d’Hérens et celles de Veisivi. Dans un verger en contrebas, un écureuil en chair et en os file à toutes pattes. C’est donc lui qui laisse ces petites empreintes ciselées et délicates… Le lièvre, dont les quatre paluches bondissantes forment un «y», trace aussi une piste identifiable à tous les coups, de même le blaireau, dont les pattes tournées en dedans dessinent une ligne un peu gauche et dodelinante.

Mais parfois, la lecture est plus difficile: chevreuil ou chamois? chien ou renard? Il faut alors sortir le mètre et jouer les Columbo, procéder par déduction, rassembler tous les indices. «Dans le doute, mieux vaut regarder au-delà de la seule empreinte et suivre la piste du regard, observer son tracé et faire l’enquête.

Lire les traces, c’est comme une énigme. Mais voir un animal en vrai, c’est toujours magique!»,

explique celui qui est habitué à décrypter la neige, le risque d’avalanche comme le détail du flocon, depuis plus de trente ans.

Arrivé au lieu dit Prarion, le chemin fait une boucle et l’on revient sur nos pas par un sentier forestier parallèle. Ça crisse, ça craque, ça caquète dans les airs, le grelot d’un geai ricoche dans les branches. Coupant le chemin à angle droit, une piste d’ongulés semble dévaler le sous-bois. «C’est une belle trace arrondie, avec les deux doigts séparés par un mince filet et les deux onglons à l’arrière. C’est net, bien enfoncé par une masse de peut-être 200 kilos. Il s’agit d’un cerf sans aucun doute», conclut Robert Bolognesi.

Après la Plantation et sa zone de pique-nique, le chemin redescend vers le point de départ. En pente douce. Des bavettes d’aiguilles rousses dorment sous les conifères. On se surprend à fouiller le sol, à chercher encore, à essayer de démêler l’écheveau des traces. En une balade, on aura identifié cinq empreintes d’animaux différents. Une jolie moisson pour un jour de pluie!

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Pierre-Yves Massot