Archives
7 septembre 2015

En ville, la poule a la cote!

De plus en plus de citadins se piquent d’agriculture urbaine. Au point d’installer des basses-cours dans leur jardin. Un phénomène qui n’a pas échappé à Florian Gobet, qui loue des poulaillers et des clapiers au mois. La famille Gremaud a tenté l’expérience.

Deux enfants jouent avec deux poules.
Envie de manger des œufs frais chaque matin? Louer des poules!

Aujourd’hui, en ville, c’est chic, c’est mode d’avoir deux ou trois poules qui caquètent dans son jardin! Jeune entrepreneur fribourgeois installé à Villaz-Saint-Pierre, Florian Gobet a flairé cette nouvelle tendance écolo il y a quelques années déjà: «En 2011, j’ai créé un site de vente en ligne de matériel pour animaux de compagnie, dont des articles de hobby farming.»

Beaucoup de gens me contactaient pour des poulaillers, mais le prix – entre 700 et 800 francs pour un kit complet – les freinait. »

«Il faut dire que c’est un gros investissement pour deux œufs par jour.»

Florian Gobet, entrepreneur 
fribourgeois, propose des poules et des lapins à la location.
Florian Gobet, entrepreneur fribourgeois, propose des poules et des lapins à la location.

Comme il a lui-même une véritable basse-cour dans son verger, ce trentenaire s’est dit qu’il pourrait se lancer dans la location de gallinacés. D’où la création, en mars dernier, de locapoules.ch. «A la mi-mai, tout était parti!» Soit une quarantaine de poulaillers et une centaine de poules. Plus quelques clapiers et lapins. «Une moitié de ces animaux va revenir passer l’hiver ici, dans une caravane que je dois encore aménager. Les autres resteront chez mes loueurs.» Et quelques-uns chez leurs propriétaires.

Certains de mes clients ont en effet décidé de les acheter.»

Si sa clientèle est variée, elle est quand même constituée majoritairement de jeunes parents qui vivent, sauf exception, en zone urbaine ou périurbaine. Ce qui séduit ces familles? «Le côté retour à la nature, les œufs frais et bio (six à sept par semaine et par pondeuse, ndlr) et aussi l’aspect pédagogique, de pouvoir expliquer un peu la nature aux enfants.»

Et puis, la poule est attachante, on peut la porter, la caresser...»

De là à la désigner «nouvel animal de compagnie branché», il n’y a qu’un pas que les magazines français ont déjà osé franchir!

Petites poules.
Petites poules à louer.

Autre qualité non négligeable de ce volatile, sa réelle envergure écologique: il boulotte pratiquement tous vos déchets organiques, picore les ennemis de votre potager (gastéropodes comme insectes) et ses déjections constituent un excellent engrais. Le bon vieux tas de compost n’a plus qu’à se recycler… D’ailleurs, plusieurs communes en Europe, dont la Ville de Genève avec son projet «Cocorico», incitent leurs habitants à adopter ces goulus gallinacés.

Au moins 10 m2 de surface par poule

Elever des poules en milieu urbain nécessite tout de même un minimum d’espace. Autrement dit, un jardin ou une cour. En Suisse, l’ordonnance sur la protection des animaux exige environ 10 m2 de surface par tête. Il faut aussi qu’elles soient dûment signalées au service vétérinaire et à l’office de l’agriculture du canton concerné, comme c’est le cas du cheptel de Florian Gobet. Histoire de savoir où se trouve toute cette volaille en cas d’épidémie. «Dans de petits élevages comme le nôtre, il n’y a pratiquement pas de risque d’épizootie», note ce jeune Fribourgeois.

Au moment de prendre congé, ce dernier nous précise qu’il ne met plus de poulaillers ni de clapiers en location cette année. «Mais je prends déjà les inscriptions pour l’an prochain.» Il insiste ensuite pour nous reconduire à la gare de Romont. A l’entrée de cette bourgade, sur la gauche de la route, l’enseigne d’un motel nous interpelle: «La Poularde». Le lieu est semble-t-il connu loin à la ronde pour abriter des poules de… luxe.

«Nous nous sommes attachés à nos poules»

Magali Gremaud et ses fils Damien et Maxime ont commencé par louer deux poules avant de décider de les garder.
Magali Gremaud et ses fils Damien et Maxime ont commencé par louer deux poules avant de décider de les garder.

Magali Gremaud et ses deux enfants Maxime (13 ans et demi) et Damien (11 ans), Echarlens (FR)

«C’est Damien, le cadet, qui voulait des poules. Ça faisait déjà deux ans qu’il nous en parlait. Moi, je craignais que ça occasionne trop de contraintes. Nicolas, mon mari, n’en voulait pas dans son gazon. Pour lui qui est fils d’agriculteur, les poules doivent rester à la ferme! Mais quand j’ai vu qu’on pouvait en louer, je me suis dit qu’on pourrait quand même essayer.

Nos deux poules – P’tite Brunette et Nutella – sont arrivées en avril et nous les avons installées dans le jardin. Au début, c’est surtout Damien qui s’en est occupé, puis tout le monde s’y est mis. Chaque jour, il faut les nourrir, chercher les œufs – deux par jour – et un peu nettoyer, et une fois par semaine on procède à un grand nettoyage d’une vingtaine de minutes. Il n’y a pas vraiment d’inconvénients, si ce n’est que quelqu’un doit s’en charger quand on part en vacances.

Du coup, on a décidé de les garder. Il faut dire que nous nous sommes attachés à elles.»

Si on m’avait dit qu’un jour je trouverais les poules sympathiques, j’aurais bien ri! En fait, j’aurais vraiment de la peine à m’en séparer.»

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Raffael Waldner