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28 septembre 2015

Faire voter les jeunes, le défi de Barry Lopez

Responsable de la communication d’Easyvote – un projet national de sensibilisation aux votations – ce Vaudois entend combattre l’abstentionnisme chez les 18-25 ans. Prochaine bataille: les élections fédérales du 18 octobre 2015.

Barry Lopez tenant un autocallant avec le logo easyvote devant lui
Barry Lopez affiche avec une grande détermination son intention de motiver les jeunes à se prononcer lors des élections fédérales imminentes.

Lors des élections cantonales de 2012, il a eu l’audace de proposer une bière contre un vote afin de créer le buzz. Trois ans plus tard, c’est de manière plus traditionnelle que Barry Lopez, 25 ans, veut encourager les jeunes à élire le prochain parlement: en œuvrant à mi-temps au sein d’ Easyvote. Ce projet de la Fédération suisse des parlements des jeunes (FSPJ) a pour objectif de lutter contre l’abstentionnisme «grâce à du matériel de vote simplifié et à des mesures de sensibilisation adaptées aux jeunes».

A l'avenir, nous tablons sur une participation de 40% chez les 18–25 ans

(ndlr: soit 8% de plus que lors des élections fédérales de 2011), dit-il à toute vitesse alors que nous buvons un café dans un bistrot lausannois. Son phrasé est rapide et le jeune Vaudois, volubile, vit à cent à l’heure.

Rendre la politique accessible

Un jeune qui vote le fera probablement toute sa vie.

C’est un investissement sur le long terme », dit-il, lui pour qui la chose publique est une passion depuis l’adolescence. Il travaille par ailleurs à 30% comme assistant parlementaire à Berne tout en suivant des cours au gymnase du soir de Lausanne. Celui qui aime trouver des solutions et changer les choses ne manque donc pas d’énergie. «Au point que j’ai déjà perdu une bonne partie de mes cheveux», rigole-t-il.

Pour l’heure, il se focalise sur les élections fédérales du 18 octobre. Aussi, en 2011, le taux de participation des 18-25 ans a chuté à 32% alors qu’il était de 35% en 2007.

Beaucoup trouvent les votations trop compliquées. Pourtant, il n’y a pas besoin d’être vieux et d’avoir un langage supersophistiqué pour parler de politique.»

Afin d’inverser la tendance, Easyvote utilise différents canaux. Notamment une brochure vulgarisée distribuée à quelque 100’000 personnes. «Il s’agit de notre outil principal. Cela fonctionne très bien. Des parents avouent d’ailleurs également la consulter», se réjouit-il.

L’organisation aux anglicismes assumés utilise également la toile pour toucher son public. Des ambassadeurs, appelés «Vote-Heroes», peuvent ainsi s’inscrire via une plateforme internet afin d’encourager leurs amis à voter. Finalement, des vidéos expliquent comment, par exemple, remplir un bulletin:

l’idée est de casser les barrières».

Un parcours détonnant

Et lui brise les clichés. Celui qui dit n’avoir jamais été un élève modèle n’est ainsi pas tombé dans la marmite du civisme lorsqu’il était petit. «J’ai vécu 15 ans à Vallorbe avec ma mère, ma sœur et mon frère. Autour de la table, on ne parlait jamais de politique.» Il s’est donc fait tout seul, contrastant avec les statistiques. Une étude réalisée par Easyvote relève ainsi:

Le cercle familial reste l’un des leviers principaux de l’intérêt politique.»

Quelle mouche l’a donc piqué? «On n'a qu’une vie, je me suis dit que je voulais y participer, explique-t-il. A 14 ans, j’ai commencé à m’intéresser à l’actualité en lisant les journaux. A 18 ans, je me suis inscrit dans un parti.» En quelques mois, il devient secrétaire général puis vice-président des Jeunes radicaux vaudois et siège également au conseil communal de Vallorbe. En parallèle, il suit un apprentissage de médiamaticien (ndlr: spécialiste de la communication à travers l’informatique). Il fait ensuite l’armée où il grade et décroche le titre d’officier. «A 21 ans, j’avais une quarantaine de soldats sous mes ordres. J’ai beaucoup aimé gérer une équipe.»

Le jeune homme a effectivement de l’entregent ainsi qu’un certain charisme. De bons ingrédients pour siéger au parlement lorsqu’il aura terminé ses études.

J’aimerais bien m’engager dans la politique à 100%.

Travailler dans la police me plairait également. Mais en civil, pour enquêter, car j’aime trouver des solutions. Je suis quelqu’un de très pragmatique. On verra…»

Barry Lopez n’en demeure pas moins un jeune comme un autre: «J’aime faire du sport et sortir avec mes amis.» Le week-end venu, il manie d’ailleurs les bouteilles derrière le bar d’une discothèque lausannoise. Un moyen de plus, peut-être, pour convaincre quelques jeunes noctambules de se rendre aux urnes en octobre.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin

Photographe: Loan Nguyen