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24 février 2014

Enseigner l’hymne national à l’école?

Les élèves neuchâtelois devront-ils bientôt apprendre le Cantique suisse en classe comme le demande une motion de l’UDC? Les partisans de ce projet parlent de cohésion et d’intégration, les opposants d’idée passéiste.

Chorale qui chante l'hymne nationale
Actuellement, l’apprentissage du Cantique suisse est laissé au bon vouloir des professeurs romands.

Sur nos monts, quand le soleil annonce un brillant réveil…» Jusque-là, tout le monde ou presque est capable de chanter l’hymne national. C’est après que ça commence sérieusement à se gâter! En fait, selon divers sondages, seul un très faible pourcentage d’Helvètes – nos champions compris comme on a pu encore le constater aux JO de Sotchi – connaît les paroles du Cantique suisse de A jusqu’à Z.

Lucas Fatton, jeune député UDC neuchâtelois

Actuellement, l’enseignement de l’hymne national est laissé au bon vouloir des profs. Or, cette habitude se perd»

Aux noms de la cohésion de notre pays et de l’intégration des jeunes étrangers, ce dernier a déposé une motion au Grand Conseil visant à rendre obligatoire l’apprentissage de l’ode patriotique à l’école.

Soutenue par le Conseil d’Etat, cette proposition n’a pas pu être traitée la semaine passée comme prévu. Il faudra donc attendre pour savoir si Neuchâtel se mettra au diapason du Tessin et d’Argovie qui ont déjà acquiescé à pareille requête. Ou s’il fera comme Genève et Fribourg qui ont, eux, refusé tout net d’inclure le Cantique suisse dans leur programme scolaire.

Un air qui pourrait être bientôt remis au goût du jour

Enfin, il est à noter que le chant d’Alberich Zwyssig n’a jamais fait l’unanimité parmi la population. A tel point qu’il est, à nouveau et pour la troisième fois depuis son officialisation en 1961, remis en question. Cette fois-ci par la Société suisse d’utilité publique (SSUP) qui vient de lancer un concours dans le but de le remplacer par un air moins pompeux et davantage entraînant. S’il n’y a pas de fausses notes, le projet lauréat devrait être soumis en 2015 au jugement du Conseil fédéral.

Jacques Hainard, ancien directeur des musées d’ethnographie de Genève et Neuchâtel

Jacques Hainard (photo: Keystone)

Que vous inspire ce besoin d’inscrire l’hymne national au programme scolaire?

On vit dans une période un peu curieuse de recherche ou de défense d’identité qui est sans doute exagérée. On l’a vu pour le vote du 9 février. Et je crois que c’est dans cette mouvance-là qu’on essaie de se reconstruire, si je puis dire, une identité suisse. Alors que pour moi, elle n’est pas du tout en jeu. En plus, je trouve cette exigence de l’obligatoire complètement infondée, voire dépassée. On peut se sentir Suisse et chanter librement tous les chants que l’on veut. On a un hymne national, eh bien, gardons-le tel quel ou changeons-en la mélodie et les paroles, peu importe, mais ne rendons pas son apprentissage obligatoire!

Selon vous, ce serait donc le signe d’un repli sur soi…

Forcément que par les temps qui courent, toute tendance à ne pas vouloir aller chez les autres ni à les recevoir ne peut être qu’une forme de repli qu’il faudra bien sûr gérer et analyser. Ce qui ne va pas être très simple. J’ai été très séduit par un récent éditorial du New York Times montrant que toutes ces identités autonomisées, qui se créent actuellement en Europe, rappellent étrangement des comportements qui ont conduit à la Deuxième Guerre mondiale. Et je n’aimerais pas qu’on se retrouve dans un environnement de ce type-là aujourd’hui.

L’UDC neuchâteloise parle de l’hymne comme d’un facteur de cohésion et d’intégration. Vous n’êtes pas d’accord avec ça?

Si, on peut bien sûr trouver du plaisir à chanter ensemble. Je connais des chorales où les gens aiment se retrouver, chanter ensemble et je pense qu’ils partagent des choses communes. Mais sans la notion d’obligation, et sans forcément que ça soit l’hymne national bien entendu.

Pourtant, l’idée ne paraît pas si idiote que cela lorsque l’on voit, comme aux JO de Sotchi, nos sportifs balbutier l’hymne national!

Je crois que personne ne connaît les paroles jusqu’au bout. Ça, c’est une réalité. Finalement, les sportifs se conforment à un rite qui est celui de célébrer la nation. Ils savent la première strophe et après ils font semblants de chanter le reste. Mais attention, ce n’est pas une attitude typiquement suisse! Les athlètes d’autres nations ne font souvent pas mieux...

Auteur: Alain Portner