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1 septembre 2016

Entre le vert et le minéral

Les Tours-d’Aï, de Mayen et de Famelon, les Dents-du-Midi et le Pic-Chaussy en ligne de mire, un paysage soudain lunaire et des histoires de fées: une balade des plus enrichissantes au soleil des Préalpes vaudoises.

La Tour-de-Mayen (à l’avant-plan) et la Tour-d’Aï (à droite) se dressent fièrement sur les hauts de Leysin.
La Tour-de-Mayen (à l’avant-plan) et la Tour-d’Aï (à droite) se dressent fièrement sur les hauts de Leysin.

Leysin, l’oxygène des Alpes.» Le slogan de la très ensoleillée station vaudoise paraît une évidence alors que nous approchons dans une quiétude absolue la Tour-de-Mayen (2327 mètres). Un nuage brumeux entoure le fameux piton alors que notre guide, Corinne Bezençon, nous rappelle que Leysin a longtemps été peuplé de malades de la tuberculose venus justement chercher du «bon air». «C’est pour cela qu’il y avait trois gares dans le village: la première, en bas, pour les habitants. Les deux autres, plus haut et vers les sanatoriums, pour les malades.»

Il faut avoir le pied sûr pour sillonner le lapiez labyrinthique, mais il est possible de l’éviter en modifiant le parcours suggéré ici.
Il faut avoir le pied sûr pour sillonner le lapiez labyrinthique, mais il est possible de l’éviter en modifiant le parcours suggéré ici.

«Tiens, à propos de santé, voici le sainfoin, que l’on reconnaît aisément à ses grandes tiges et à ses fleurs roses. Excellent pour la prostate», ajoute Corinne Bezençon. La jeune femme n’a pris la responsabilité des promenades au sein de l’Office du tourisme de Leysin qu’en décembre dernier et semble pourtant connaître par cœur la moindre plante de ce biotope préalpin. Voilà qui est sûrement dû à sa passion pour la montagne – elle a quitté sa région natale du pied du Jura pour s’en rapprocher –, devenue depuis un métier, puisqu’elle a suivi une formation d’accompagnatrice en montagne.

Corinne Bezençon, notre guide.
Corinne Bezençon, notre guide.

Un paysage qui se prête à de multiples loisirs C’est donc avec un plaisir décuplé que nous effectuons chaque pas dans la solide montée qui nous tient depuis notre départ au restaurant Les Fers, situé à 1854 mètres exactement sur la crête du même nom. Une superbe vieille bâtisse admirée pour son toit tombant en tavillons brillant au soleil. Mais également bien connue pour ses plats goûteux à savourer après une arrivée à VTT, à pied ou à ski de randonnée l’hiver. L’endroit reste également accessible par une petite route goudronnée, mais la vue panoramique qu’offre sa terrasse semble devoir se mériter davantage qu’un seul aller-retour motorisé depuis Leysin. «Chaque jeudi dés 19 heures, nous organisons la montée aux Fers, à vélo ou en courant. Puis tout le monde mange ensemble. C’est très sympa.»

Les montagnes jalonnent la balade: à gauche, le Mont-d’Or, et à droite, le Pic-Chaussy.
Les montagnes jalonnent la balade: à gauche, le Mont-d’Or, et à droite, le Pic-Chaussy.

D’autant plus que, depuis l’entrée, des Mont-d’Or et Pic-Chaussy à gauche jusqu’aux Dents-de-Morcles et celles du Midi à droite, la vue à 180 degrés coupe le souffle. Derrière, la Tour-de-Famelon au profil de sphinx – même si c’est plutôt à une partie de l’anatomie féminine que cette montagne culminant à 2138 mètres doit son nom. Ou pas, l’origine étant peut-être aussi à rechercher du côté d’une déformation du mot «moëllon» signifiant gros rocher. La Pierre-du-Moëllé est un secteur d’escalade du coin bien connu de tous les grimpeurs. D’ailleurs, c’est en sa direction que nous nous dirigeons. D’abord dans un décor où le vert pâturage domine, avant de céder peu à peu sa place au plus minéral.

La région du col des Mosses offre une belle biodiversité.
La région du col des Mosses offre une belle biodiversité.

C’est le moment d’apprendre que la célèbre gentiane jaune possède plusieurs cousines rouges ou bleues (oui, oui, celle illustrée sur les traditionnelles plaques de beurre!). Mais aussi qu’il faut bien se garder de la confondre avec le vératre, très toxique, «y compris pour le bétail», qui l’évite donc scrupuleusement.

Des lieux peuplés par l’imaginaire

Nous passons au-dessus du lac Segray qui, aujourd’hui, n’a l’onde généreuse ni en quantité ni en couleur, avant d’atteindre la très belle crête des Truex. Un pique-nique s’impose avant de redescendre par les fameux «lapiez», une étonnante formation géologique creusée par le ruissellement des eaux à la surface de la roche. Le temps pour Corinne Bezençon de nous conter l’histoire d’une fée énamourées et dont les sentiments ont résonné dans le vide. «D’où la Nuit des fées, célébrée chaque mois d’août à Leysin. Ces légendes sont rattachées à deux des quatre grottes de la région: celle du Chevrier et celle d’Aï. Dans cette dernière vivait Nérine, protectrice des troupeaux. Michel, l’armailli ténébreux sur lequel elle jeta son dévolu, était, hélas, amoureux de Salomé, une blonde leysenoude. Pour se venger de sa déception, la fée éconduite fit cailler le lait, dit-on.

Le lac Segray, 
sis derrière la Tour-de-Mayen, est une véritable trouvaille pour reposer ses mollets.
Le lac Segray, sis derrière la Tour-de-Mayen, est une véritable trouvaille pour reposer ses mollets.

Mais il faut se concentrer et chasser toute dissipation de son esprit au moment d’aborder le plateau des lapiez, zone protégée et terrain de jeu des spéléologues, qui y ont exploré de nombreuses crevasses dont la profondeur peut atteindre une vingtaine de mètres. Bien loin encore de la profondeur du gouffre du Chevrier susnommé qui, avec ses quelque 510 mètres, a longtemps été la grotte la plus profonde du pays (record battu en brèche en 1987 suite à une montée des eaux ouvrant une liaison à -1387 m dans le massif des Sieben Hengste (Oberland bernois), ndlr). Il convient de regarder où l’on met les pieds (une entorse est vite arrivée dans ce dédale minéral). «Il faut aussi éviter de s’y aventurer lorsqu’il pleut, le terrain devenant très glissant», prévient encore notre guide.

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens