Archives
21 octobre 2013

Entrepôts en guise d’accumulateurs

S’engager dans le tournant énergétique implique des changements décisifs en matière de production d’électricité et de gestion des réseaux. Grâce à ses entrepôts frigorifiques, Migros peut jouer un rôle stabilisateur sur le réseau électrique. Un projet pilote prometteur est en test.

entrepôts accumulateurs
Walter Arnold, responsable Finances et Infrastructures à la centrale de distribution de Neuendorf, dans l'un des trois immenses entrepôts frigorifiques.

Suite au tsunami et à la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, la politique énergétique suisse a changé: le Conseil fédéral et le Parlement ont annoncé la sortie progressive de l'énergie nucléaire. Cette décision n’est pas sans conséquences. L’atome couvre près de 40% de notre production d’électricité et ils devront être remplacés, notamment par le développement du solaire et de l’éolien.

Migros apporte aussi sa pierre à l’édifice: «Nous promettons à Enzo de promouvoir les énergies renouvelables» et «à Nick de diminuer notre consommation de courant de 10% par rapport à 2010 d’ici fin 2020». L’enseigne renforce ainsi, par le biais du programme Génération M, son engagement en faveur du tournant énergétique.

A mi-août, l’installation solaire la plus performante de Suisse a d’ailleurs été mise en service sur la toiture de la centrale de distribution de Neuendorf. C’est l’un des 27 équipements de ce type montés sur les toits d’établissements Migros à travers la Suisse.

Migros s’engage dans la transformation du réseau

Le tournant énergétique requiert non seulement l’adaptation de la production d’électricité, mais aussi celle du réseau, car les installations solaires et éoliennes y injectent de l’énergie issue de multiples sites et elles ne sont pas modulables selon les besoins, mais sont tributaires des conditions météorologiques.

Pour mettre en adéquation l’offre et la demande, un réseau intelligent ou Smart Grid est indispensable. Celui-ci permet aux consommateurs et aux producteurs d’échanger des données en permanence. Mais il faut également des accumulateurs d’énergie capables de soulager le réseau en ajustant les besoins d’électricité en fonction de la disponibilité des énergies renouvelables.

D’où le lancement du projet pilote «Flexlast» , auquel Migros participe depuis l’automne 2012 en partenariat avec BKW, IBM et Swissgrid. L’initiative est également soutenue par l’Office fédéral de l’énergie. Dans cette expérience, une partie de Smart Grid a été réalisée. Les entrepôts frigorifiques de Migros y jouent le rôle d’accumulateurs afin de contribuer à la stabilisation du réseau.

Walter Arnold, responsable Finances et Infrastructures de la centrale de distribution de Neuendor:

L’objectif consiste à déterminer si les conditions techniques sont réunies, explique f. C’est à la fois fascinant et motivant de se consacrer à un projet énergétique d’avenir.»

Un flux de données complexes à analyser

Dans les trois entrepôts frigorifiques de la centrale, qui couvrent une superficie équivalente à une trentaine de terrains de football, les produits très périssables sont stockés à une température de -28 °C. Cela nécessite une grande quantité d’énergie, d’autant que les entrées et sorties des marchandises génèrent de nombreux courants d’air.

Grâce à la mise en réseau des informations et à une modélisation intelligente de ces entrepôts, on peut, à l’aide d’un logiciel IBM, calculer les besoins en énergie de la centrale de distribution et réagir à la disponibilité en courant. Ainsi, les unité de refroidissement sont alimentées lorsque la production d’énergie est élevée, par exemple par temps ensoleillé ou venteux. A l’inverse, elles sont désactivées lors de pénurie de courant. Une bonne isolation permet de maintenir les denrées au frais.

Le processus est d’une grande complexité. «Le logiciel doit traiter les données liées à la température et à la consommation des entrepôts Migros ainsi que les informations logistiques et les données de réseau de BKW et de Swissgrid, tout en intégrant également les prévisions météorologiques», explique Douglas Dykeman, du centre de recherche IBM à Rüschlikon. Ces éléments permettent d’anticiper la demande d’énergie pour les jours à venir et d’identifier les plages horaires pendant lesquelles il est pertinent de faire tourner les appareils à plein régime.

L’expérimentation n’arrivera à son terme qu’à la fin de l’année. Mais les participants sont déjà satisfaits: «Les résultats obtenus jusqu’ici sont très concluants», témoigne Walter Arnold. «Cette innovation prouve que notre idée fonctionne», ajoute Douglas Dykeman. Si ce succès se vérifie, le projet «Flexlast» sera poursuivi, avec la collaboration d’autres entreprises.

Migros continue donc sur sa lancée en s’impliquant à la fois dans la production d’énergies renouvelables et dans la transformation du réseau électrique. Car, en matière de tournant énergétique, elle entend bien tenir ses promesses!