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2 mars 2014

Eric Hänni, le judo dans la peau

Médaillé d’argent aux JO de Tokyo en 1964, le Jurassien Eric Hänni a reçu le titre honorifique de kyu-dan (9e dan) pour service rendu à son art martial. Il est le premier judoka suisse de l’histoire à être élevé à ce rang.

Le judoka Eric Hänni est le premier suisse à avoir reçu le titre honorifique de kyu-dan, 9e dan.
Eric Hänni: «Je m’entraîne encore une fois par semaine. Toujours avec la même équipe. Il m’arrive aussi de donner des entraînements. Beaucoup de clubs m’ont d’ailleurs sollicité depuis que je suis 9e dan. Ils veulent voir un judoka avec une ceinture rouge autour du ventre!»

«Ça fait soixante ans que je traîne sur les tatamis!» A 75 printemps, Eric Hänni mouille toujours son kimono pour le judo helvétique. Il vient d’ailleurs d’être récompensé pour cet engagement sans faille en faveur de son sport. «J’ai reçu le 9e dan.» Soit le deuxième plus haut grade de cet art martial. Aucun judoka suisse n’avait porté la ceinture rouge avant lui…

20 octobre 1964: le judoka suisse Eric Hänni sur le podium des Jeux olympiques de Tokyo.
20 octobre 1964: Eric Hänni sur le podium des Jeux olympiques de Tokyo. Photo: Keystone.

Cette reconnaissance l’a ému aux larmes. Comme il y a cinquante ans lorsqu’il avait décroché la médaille d’argent aux JO de Tokyo, au nez et à la barbe de ses adversaires nippons. «Je me rappelle surtout ma descente du train à Delémont et les 25 000 personnes qui m’attendaient. C’était fou!» Cet épisode l’a marqué, il l’évoque toujours avec des trémolos dans la voix.

Il faut dire que ce Jurassien, établi aujourd’hui à Portalban (FR), a sué sang et eau pour grimper les échelons du judo.

J’ai souffert pour y arriver. C’était dur, brutal. Je pleurais souvent après l’entraînement.

A l’époque, on maniait encore le bambou pour punir et motiver les troupes. «J’étais un adolescent chétif et révolté. Ils m’ont maté, ils ont canalisé mon énergie.»

Le dojo est devenu sa deuxième maison et il s’est fait un honneur de redonner au centuple ce qu’il avait reçu. Mais sans coups de bâton. «J’ai aidé des milliers d’enfants, je leur ai appris à lacer leurs souliers, à manger de la soupe, je leur ai enseigné l’ordre, la discipline, le respect…» Le judo, pour Eric Hänni, «c’est plus qu’un sport, c’est une école de vie». C’est même toute sa vie!

Une journée dans la vie d'Eric Hänni

9h Paperasse

Lotty Hänni soutient son mari dans l'exécution de tâches administratives.
Lotty Hänni soutient son mari dans l'exécution de tâches administratives.

«Mon implication dans une demi-douzaine de commissions de la Fédération suisse de judo et ma fonction de chef des arbitres de la région Suisse centrale induisent pas mal de travail administratif. Mon épouse Lotty m'aide dans ces tâches.»

Médaille

La médaille et le diplôme gagnés aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964.
La médaille et le diplôme gagnés aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964.

«Cette médaille d’argent, que j’ai gagnée aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964, a véritablement changé ma vie! Grâce à elle, j’ai pu troquer mon bleu de travail de mécano contre un kimono, et gagner mon pain comme entraîneur de judo.»

11 h Dojo

Eric Hänni avec Heinz Brauer, son partenaire d'entraînement.
Eric Hänni avec Heinz Brauer, son partenaire d'entraînement.

«En tant que responsable de l’entretien du dojo du Judo Club de Berne, je dois m’assurer que tout est en ordre, alors je fais un petit tour d’inspection avant mon entraînement du mardi.»

13 h 30 Resto

Eric Hänni avec ses partenaires d'entraînement, dont Otto Steffen (à g.) et Heinz Brauer.
Eric Hänni avec ses partenaires d'entraînement, dont Otto Steffen (à g.) et Heinz Brauer.

«Après l’entraînement, immuablement, je dîne au restaurant «Le jardin» avec les copains du dojo. On parle judo, chacun raconte sa semaine et parfois on s’emballe sur des sujets politiques.»

Moto

Eric Hänni aime tailler la route au guidon de cette moto, une Ducati 1200.
Eric Hänni aime tailler la route au guidon de cette moto.

«La moto, c’est une vieille passion. Je roulais déjà avant d’avoir le permis! J’ai même été champion suisse de trial. Aujourd’hui, j’aime tailler la route au guidon de ma Ducati 1200.»

16 h Bricolage

Eric Hänni aime bricoler dans son atelier.
Eric Hänni aime bricoler dans son atelier.

«La mécanique, mon premier métier, je ne l’ai jamais totalement abandonnée. Je continue à bricoler, à réparer au lieu de jeter.»

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Beat Schweizer