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27 juillet 2015

Esthétisme: la Suisse adepte du bistouri

Avec plus de 150 chirurgiens plasticiens, l’Arc lémanique est devenu l’Eldorado pour tout ce qui touche à la beauté. Mais encore faut-il distinguer ce qui relève de la chirurgie esthétique, plastique ou reconstructive, les deux dernières étant remboursées.

Une scène de la série Nip/Tuck photo
L’Arc lémanique est devenu l’Eldorado pour tout ce qui touche à la beauté. Ici, une scène de la série américaine Nip/Tuck. (Photo: Keystone)

Si l’argent appelle l’argent, on peut aussi désormais dire qu’il appelle l’opération esthétique. La Suisse fait en effet partie des pays où la chirurgie esthétique est le plus en vogue.

Selon une étude de la société Acredis (il est vrai un peu intéressée puisqu’il s’agit du groupe de centres spécialisés dans la chirurgie en Suisse et en Allemagne), 53 300 opérations esthétiques auraient été pratiquées l’an dernier dans notre pays. Qui compte tout à fait officiellement plus de 150 chirurgiens plasticiens au bénéfice d’un titre FMH.

Si l’on ajoute nombre de chirurgiens autoproclamés spécialistes en esthétique – ce qui ne correspond pas à un titre médical reconnu – le nombre est bien supérieur. Surtout dans l’Arc lémanique, devenu un véritable Eldorado pour tout ce qui touche à la correction et à l’amélioration du corps. La Société suisse de chirurgie plastique relève le nombre important de professionnels étrangers venus s’installer dans cette région, attirés (à tort ou à raison) par la promesse d’un chiffre d’affaires sans commune mesure avec ce que connaissent la France ou l’Allemagne.

Du côté purement esthétique, la clientèle masculine se bouscule sous le bistouri. Avec une prédilection pour la rhinoplastie avant 50 ans (après, c’est plutôt la blépharoplastie, soit le contour des yeux). L’augmentation mammaire garde les faveurs de la gent féminine, mais avec des bonnets plus modestes désormais.

«Il faudrait vérifier que le chirurgien ait le titre FMH reconnu»

Ali Modarressi, médecin-adjoint,  service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique des HUG.
Ali Modarressi, médecin-adjoint, service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique des HUG.

Ali Modarressi, médecin-adjoint, service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique des HUG.

On parle souvent indifféremment de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. Qu’en est-il?

La définition de la chirurgie reconstructive semble assez simple: on reconstruit une partie du corps qui a été modifiée suite à une maladie ou un traumatisme. Par exemple, la reconstruction mammaire après une ablation d’un sein lors d’un cancer. La chirurgie plastique, elle, concerne souvent des déformations ou malformations de naissance. On corrige une imperfection fortement handicapante, comme les becs-de- lièvre, une absence totale de poitrine pour une femme, des oreilles décollées, etc. La chirurgie esthétique, elle, concerne tout le reste. Exemple: si vous naissez avec des seins fortement asymétriques. On équilibre avec une prothèse mammaire. C’est de la chirurgie plastique. Si vous désirez augmenter de taille les deux seins uniquement pour des raisons esthétiques, cela devient de la chirurgie esthétique.

Et au niveau des assurances?

Tout ce qui est plastique et reconstructif est pris en charge. Mais évidemment, du point de vue du patient ou de la patiente, les frontières entre chirurgie plastique et esthétique ne sont pas toujours évidentes. De même, si un psychiatre précise que son patient est tellement gêné par sa bosse sur le nez que cela l’empêche de se sentir bien avec lui-même, il est possible qu’une rhinoplastie soit considérée comme une maladie par la compagnie d’assurances et donc remboursée.

Toutes les cliniques emploient-elles des professionnels avec le seul titre reconnu?

C’est tout le paradoxe: alors que de nombreuses cliniques s’ouvrent, il n’y a qu’une poignée de titres FMH délivrés chaque année. C’est une formation longue, exigeante, qui correspond à plusieurs années après les études de médecine. Beaucoup de cliniques évoquent simplement un chirurgien esthétique, ce qui ne correspond pas à un titre médical.

Cela pose-t-il un problème?

L’ennui, c’est qu’on ne peut pas garantir la sécurité du patient et la qualité de soins. Nous conseillons au patient de vérifier si le médecin auquel il compte s’adresser possède ce diplôme de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, et qu’il est membre de la Société suisse de la chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. La liste des ces médecins est consultable sur le site www.plastic-surgery.ch

Le nombre d’interventions chirurgicales est très important en Suisse. S’agit-il uniquement d’une question de haut niveau de vie?

Les raisons restent difficiles à cerner. Naturellement notre pouvoir d’achat, parmi les plus élevés au monde, joue un rôle déterminant. Cela dit, personnellement, je n’ai pas le sentiment que les opérations purement esthétiques soient en plein boom. A part chez les hommes, où l’on peut tirer ce constat. En revanche, la chirurgie reconstructive est plus fréquente. Après un cancer, notamment, puisque les pronostics vitaux se sont améliorés, nous informons davantage sur cette possibilité. Et les femmes elles-mêmes sont plus demandeuses.

Par contre on en parle plus facilement, non?

C’est certain. Mais c’est clairement du côté de la médecine esthétique, c’est-à-dire sans geste chirurgical, que s’observe une grande augmentation.

Les bords du Léman sont-ils devenus une région d’excellence?

Il faut rester réaliste. Autrefois, il y avait entre autres une importante clientèle du golfe Persique. Désormais à Dubaï et ailleurs se sont ouvertes de luxueuses cliniques où vont pratiquer des spécialistes américains et européens.

Auteur: Pierre Léderrey