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29 octobre 2012

Et la mobilité dans les banlieues?

Depuis une dizaine d’années, l’évolution de l’utilisation des moyens de transport est différente dans la ville-centre et les communes de banlieue dans de nombreuses agglomérations en Europe, dont Lausanne et Genève.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’EPFL, secrétaire général 
de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire. (Photo: DR)

Ainsi, dans le centre, la population se motorise moins et utilise davantage les transports publics, le vélo et la marche pour les déplacements quotidiens. Dans les communes de banlieue, c’est le contraire: l’utilisation de l’automobile continue à augmenter et la motorisation, souvent déjà très forte, est en croissance.

Ces tendances divergentes sont le résultat des politiques de transports qui visent à débarrasser le centre des agglomérations du trafic automobile en y limitant la circulation et le stationnement, tout en améliorant l’offre de bus, de trams ou de métros ainsi que la qualité de l’espace public pour les piétons et les cyclistes. Les élus des villes-centres se réjouissent généralement du fait que l’utilisation de l’automobile baisse sur leur territoire, mais à y regarder de plus près, cette évolution se fait généralement au détriment de communes de proche couronne de banlieue, qui héritent du trafic ne circulant plus dans le centre et de l’ensemble des nuisances qui l’accompagne.

Une telle situation comporte un véritable danger pour la cohésion sociale au sein d’une agglomération urbaine: celui de l’accroissement de la ségrégation. Concrètement, le risque est que la politique des transports «écomobile» à l’œuvre dans la ville-centre contribue à sa gentrification (en faisant monter le prix des loyers) et que des phénomènes de relégation (d’appauvrissement) se développent parallèlement dans les communes de couronnes proches. Qui, en effet, a envie d’habiter des quartiers de banlieue sinistrés par l’automobile et son cortège de nuisances?

Une bonne politique des transports doit permettre le déploiement de bonnes qualités de vie dans l’ensemble des quartiers d’une agglomération. Chavannes, Crissier, Le Grand-Saconnex ou Vernier ne doivent pas «subir» la modération du trafic et la politique du stationnement du centre de leur agglomération respective.

A l’heure où la réduction de la circulation automobile dans le centre de Genève et l’extension massive des zones 30 dans la commune de Lausanne sont à l’agenda politique, il n’est sans doute pas inutile de se le rappeler.

Auteur: Vincent Kaufmann