Archives
11 mars 2013

Et si mentir aidait à grandir?

Réprouvé par la morale, le mensonge n’est pas toujours le démon que l’on croit. Chez les petits, il aurait même des vertus: les guider sur le chemin de l’autonomie.

Une petite fille hilare avec un nez de Pinocchio
Les enfants comprennent très vite 
que mentir 
peut être utile. (photos: Getty Images et Istockphoto. Photomontage: MM)

Non, c’est pas moi! C’est lui qui a commencé, moi, j’ai rien fait!» Quel parent n’a pas dû faire face à ce type de situation: malgré l’évidence crasse, l’auteur du méfait que vous venez de découvrir et pour lequel vous le réprimandez, assure avec un aplomb déconcertant qu’il n’a rien à voir dans cette affaire. Pire, lorsque vous le confondez, il s’entête, s’enferrant dans son mensonge.

Découvrir que son enfant se transforme en petit Pinocchio n’est jamais agréable. Car mentir, c’est mal, apprend-on dès le plus jeune âge. Réprouvée moralement et généralement sanctionnée, la pratique a pourtant des vertus: chez les petits, elle aide même à grandir, affirme la psychologue clinicienne et psychothérapeute Dana Castro(photo LDD).

Raconter des histoires, se rêver un papa policier, s’inventer des frères et sœurs que l’on n’a pas, ou simplement cacher ce que l’on ressent, sont donc autant de pas vers l’autonomie. En accordant à leur enfant le droit de ne pas toujours dire la vérité, les parents montrent qu’ils le considèrent comme une personne à part entière. Preuve que la pratique est largement répandue, 60% des filles et des garçons de 6 à 8 ans mentent occasionnellement, et 20% fréquemment, selon une étude française publiée en 2007 dans les Annales médico-psychologiques et rapportée dans le quotidien Le Monde.

La différence entre rêve et réalité

Dans les faits, les mensonges apparaissent vers 4 ans. A cet âge-là, ils relèvent le plus souvent de la fantaisie, les tout-petits faisant mal la différence entre la réalité telle qu’elle est et telle qu’ils la rêvent. Mentir sert donc à réaliser un désir. «Ils enjolivent la réalité, soit pour attirer l’attention, soit parce qu’ils n’aiment pas quelque chose ou aimeraient autre chose», explique Dana Castro.

L’étape suivante est marquée par la conscience de l’acte. Le mensonge prend alors divers visages, dont celui d’une arme redoutable que l’on rencontre souvent entre frères et sœurs.

Les enfants comprennent très vite que mentir peut être utile, poursuit-elle. Ils mentent alors pour se protéger d’un danger ou d’une sanction.

Comme lorsque Noé, 9 ans, assure à ses parents qu’il vient de commencer à jouer avec une tablette numérique alors que le temps imparti est largement dépassé. «J’ai constaté que lorsqu’une chose lui tient à cœur, il a tendance à travestir quelque peu la réalité», raconte Pierre, son papa. Loin d’inquiéter ses parents, ces petits arrangements avec la vérité sont en général très vite démasqués: «Lorsqu’on le confronte, il a de la peine à garder un air normal, s’amuse son papa, et a un petit rire contenu impossible à réfréner.»

«L’enfant protège son univers»

Mais mentir, ce n’est pas seulement raconter des histoires. C’est ce qui arrive lorsque pour toute réponse à la question «Qu’est-ce que tu fais?» l’enfant se limite à un simple «rien». «Nous savons bien que ce n’est pas le cas, note Dana Castro, mais pour lui, dire cela revient à protéger son univers, c’est un marqueur de développement de son intimité.»

Parfois, c’est pour protéger l’autre, notamment la famille, que l’enfant cache la vérité. «On verra par exemple un enfant mentir à ses parents parce qu’il les sent trop fragiles. Dans ce cas, les rôles sont inversés et c’est lui qui protège ses parents.» A cela s’ajoutent les mensonges «blancs» que l’on voit apparaître vers 5 ou 7 ans et qui se manifestent lorsque l’enfant dit aimer quelque chose alors qu’en réalité c’est tout le contraire. Ces mensonges «diplomatiques» permettent d’éviter le conflit.

Que les parents se rassurent, cette période ne dure pas. En grandissant, l’enfant se fait de moins en moins Pinocchio, «car il apprend à trouver d’autres moyens pour se consoler de ce qu’il ne peut pas obtenir», constate Dana Castro. Et ce n’est pas parce que votre petit ment qu’il deviendra plus tard un grand affabulateur. Car n’oublions pas que si les enfants mentent, c’est aussi parce qu’ils vont à bonne école.

Que faire lorsque votre enfant ment? Tout dépend du degré, estime Dana Castro.

Si c’est occasionnel, rien ne sert de s’alarmer. Il faut d’abord discuter, expliquer, tenter de se mettre à la place de l’auteur.

Toutefois, poursuit-elle, si d’occasionnelle la pratique devient exagérée, il faut agir. D’abord en se demandant ce qui motive ce besoin de raconter des histoires: s’agit-il d’un mal-être profond, d’angoisses? Et le cas échéant, ne pas hésiter à consulter un spécialiste.

Quant à la punition, et même si mentir devient une habitude, elle a peu d’impact, poursuit-elle. «Dans ces situations assez rares, ce type de mensonges disparaît avec l’âge, l’important est d’être inventif pour aider l’enfant à modifier son comportement, et ne surtout pas rompre le dialogue, plaide- t-elle: «On peut par exemple interpeller l’enfant en lui disant: «On voudrait des preuves!»

Mieux vaut privilégier le dialogue et un climat de confiance plutôt que bombarder de questions. «Cela suppose aussi que les parents parlent d’eux, de ce qu’ils éprouvent et de leurs réactions.» Face à un «Tu ne sortiras plus jusqu’à ta majorité, car tu m’as menti!», Dana Castro enjoint de privilégier les messages plus personnels, comme:

Je suis très peiné, car je viens de réaliser que tu m’as caché la vérité.

Auteur: Viviane Menétrey