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10 août 2015

Et si on mettait du jeu dans notre vie?

Nos existences sont trop sérieuses et trop étriquées! Pour y remédier, le psychologue Jean-François Vézina nous invite à (r)éveiller notre sens ludique.

Une femme asperge son partenaire avec un tuyau d'arrosage.
Jouez aussi en couple! (Photos: Masterfile).

En 1970, sortait le best-seller «Tout se joue avant 6 ans» du Dr Fitzhugh Dodson. Un ouvrage qui a traumatisé et culpabilisé des générations de parents. Quarante-cinq ans plus tard, Jean-François Vézina publie un essai intitulé «Tout se joue avant 100 ans!» (Ed. de l’Homme), en référence au livre précité et pour rappeler que notre existence n’est pas programmée dès la petite enfance. Mieux: qu’elle peut même être influencée jusqu’au seuil de la mort…

«Ce titre invite à continuer de créer sa vie malgré les contraintes et renvoie aussi à l’importance d’apprendre à jouer ensemble collectivement», précise ce facétieux psychologue québécois, qui propose de nous reconnecter à notre âme de gosse en remettant du jeu dans notre quotidien. Tout cela histoire d’être à nouveau, comme il aime à le répéter, «auteur de sa vie». Et de citer Nietzsche: «La maturité de l’homme, c’est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.»

Jean-François Vézina, psychologue (Photo: Michel Boulianne)
Jean-François Vézina, psychologue (Photo: Michel Boulianne)

Oui, mais comment fait-on pour (r)éveiller ce sens ludique trop tôt disparu? «Le procédé de ‹ludification› consiste à retrouver la liberté de fixer nos propres buts, de faire face aux obstacles, d’établir nos propres règles du jeu ou de se donner un espace de jeu avec celles imposées, et enfin de décider de notre propre système de récompense», répond notre interlocuteur. Autres préalables pour entamer la partie: être ouvert et curieux comme quand on était môme, et accepter de perdre le contrôle, d’être en déséquilibre.

Des trucs et astuces

Voilà pour la théorie. Maintenant passons à la pratique via quelques suggestions concrètes. Au chapitre de l’amour, Jean-François Vézina invite les couples à ranimer la flamme de leur désir en jouant à l’auto-stoppeuse:

«Vous laissez votre conjointe quelque part sur le bord de la route et vous faites comme si c’est une inconnue que vous embarquez.»

Autre proposition honnête pour pimenter vos relations: «Inventez une correspondance érotique entre les deux nouveaux amants que vous allez devenir, vous et votre partenaire.»

Côté travail, domaine nettement moins rigolo que le précédent, ce disciple de Jung nous parle du premier vrai job qu’il a décroché et qui se résumait à astiquer les sols d’un hôpital. Une activité nocturne et solitaire durant laquelle il a nettoyé des mètres carrés de parquets certes, mais aussi rêvassé et compilé des idées. «J’ai écrit une partie de mon livre ‹Les hasards nécessaires› en regardant des planchers sécher… J’ai donc transformé un emploi répétitif en jeu.»

L’imagination au pouvoir! C’est cela le message que ce trublion souhaite faire passer à travers son ouvrage et ses conférences. «Oui, car comme l’écrivait Pierre Dansereau (un pionnier de l’écologie d’origine québécoise, ndlr): Toutes nos faillites sont des faillites de l’imagination.» La vraie richesse dans ce monde, selon notre psy, ce n’est pas d’avoir de l’argent comme beaucoup le pensent, mais bel et bien de rester créatif, de toujours arriver à mettre une touche de fantaisie dans son quotidien.

L’échec du pion

Pour Jean-François Vézina, pas de doute: on devient un perdant dans l’existence quand on est «un pion sur l’échiquier», quand on se conforme excessivement aux normes sociales, quand on ne s’avère plus capable d’exprimer sa propre subjectivité… Bref, quand on joue le jeu des autres, de son employeur, de sa famille, de ses amis, de ses amours.

«Soit on joue sa vie, soit on est joué par elle!»,

conclut-il d’une phrase choc.

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner