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4 avril 2016

Et vive un peu de désordre!

Ne pas ranger parfaitement sa chambre, c’est bon pour la créativité, selon les spécialistes. Mais avec certaines limites en ce qui concerne l’hygiène et l’organisation scolaire.

Que faire pour qu’un enfant mette sa chambre en ordre? Mieux vaut dialoguer qu’imposer... (Photo: Getty Images)
Que faire pour qu’un enfant mette sa chambre en ordre? Mieux vaut dialoguer qu’imposer... (Photo: Getty Images)

Une chaussette orpheline sur le bureau, un amas de livres et jeux par terre et deux-trois papiers de bonbons sous le lit: c’est plutôt fréquent dans une chambre d’enfant ou d’adolescent. Et les parents sont alors hantés par une question lancinante: mais pourquoi diable la plupart de nos rejetons aiment-ils tant le désordre?

Pascale Roux, psychologue et coach pour adolescents et adultes à Genève.
Pascale Roux, psychologue et coach pour adolescents et adultes à Genève.

«La question est plutôt de savoir pourquoi le désordre dérange tant les parents! s’amuse Pascale Roux, psychologue et coach pour adolescents et adultes à Genève. L’inquiétude que ces derniers expriment souvent lors de mes séances, c’est: si notre enfant est comme ça maintenant, comment est-ce que ce sera après? Pour eux, l’enfant qui ne range pas ses affaires n’est pas non plus très ordonné dans sa tête.»

Et alors que la notion de fouillis est encore bien acceptée lorsque l’enfant est petit, la tension monte au fur et à mesure que ce dernier grandit. A tort, souligne Pascale Roux:

Le désordre en soi n’est pas particulièrement important, car l’enfant et l’ado ont besoin d’avoir leur territoire propre. Cela accompagne par ailleurs le processus de créativité: ainsi, l’enfant qui fait une construction en Lego n’a aucune envie qu’on casse son élan en l’obligeant à la ranger.»

Quelques règles et du respect

Néanmoins, la spécialiste insiste sur l’importance de les faire différencier leur chambre, où il faut leur laisser une certaine liberté, des espaces communs, où ce sont alors les règles parentales qui priment.

Par ailleurs, si le désordre est acceptable, il ne faut pas que cela soit au détriment de l’hygiène et de l’organisation scolaire: «On ne doit pas lâcher là-dessus, insiste Pascale Roux. Il ne doit pas y avoir de restes de nourriture, par exemple, ou que le désordre soit tel que l’enfant ne retrouve plus ses cahiers. Pour le reste, c’est à chaque parent de définir ce qui est véritablement important pour lui, et de choisir ses combats…»

La psychologue souligne également l’importance du respect d’autrui: laisser traîner son linge propre par terre, c’est un manque de considération des parents qui l’ont lavé. Tout comme d’abandonner ses affaires en vrac sur le sol, dans l’attente que la femme de ménage s’en occupe.

Transformer le devoir en jeu

«Intégrer dès le plus jeune âge quelques notions de rangement et de propreté facilite grandement les choses plus tard, car cela devient une habitude pour les enfants, note pour sa part Stéphanie Faugère, éducatrice spécialisée et créatrice du cabinet d’accompagnement familial «Solutions Parents» à Echallens (VD).

Stéphanie Faugère, éducatrice spécialisée et créatrice du cabinet d’accompagnement familial «Solutions Parents» à Echallens (VD).
Stéphanie Faugère, éducatrice spécialisée et créatrice du cabinet d’accompagnement familial «Solutions Parents» à Echallens (VD).

L’important est de ne pas présenter le rangement comme une corvée, ce qui est fréquemment le cas, ce d’autant plus qu’il s’accompagne souvent de la notion d’ordre, «va ranger ta chambre!» Pour la spécialiste, il est essentiel de formuler la demande différemment, et de prendre le temps de discuter, en trouvant des pistes qui conviennent à l’enfant. «C’est clair que cela demande un peu de créativité, mais cela permet un gain de temps évident au final», souligne Stéphanie Faugère. Qui insiste sur l’importance d’être en lien, de donner des consignes précises et de rester cohérent. Lorsque le parent a demandé quelque chose à l’enfant, il peut l’accompagner pour réaliser cette tâche, mais doit éviter de la faire à sa place.

Il faut réaliser que la perception du rangement n’est pas la même pour l’enfant que pour l’adulte, ce qui est source de bien des disputes!»,

remarque également l’éducatrice spécialisée.

Le mot-clé qui régit tout le processus? Le respect, répondent en chœur les spécialistes. «Il faut être honnête: pour les enfants, ranger n’est pas forcément le truc le plus sympa à faire – tout comme le ménage pour les adultes, note Stéphanie Faugère. Mais en rendant l’acte plus ludique, et en validant par exemple le fait que l’enfant nous dit être fatigué, cela amène à ce dernier l’attention positive qu’il recherche et permet de le faire passer ensuite à autre chose.» Même topo du côté de Pascale Roux, qui souligne l’importance de poser des questions et dialoguer, plutôt que d’imposer. Ainsi, en ce qui concerne le besoin de «collectionnite» de certains enfants: «Il faut apprendre pourquoi c’est important pour eux, plutôt que de dénigrer leurs petits trésors. Cela permettra par exemple de leur demander ensuite de choisir ceux qu’ils trouvent les plus précieux.»

La solution, pour résumer: laisser ses enfants libres dans un cadre précis – et accepter de lâcher prise sur les détails. «Quelques éléments visuels, oubliés ici et là, stimulent l’enfant et lui permettent de se construire», remarque Stéphanie Faugère. «Et vous verrez, prédit Pascale Roux: c’est souvent lorsque les parents lâchent que les ados commencent à ranger!»

© Migros Magazine - Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer