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6 février 2012

«Etre proche des clients est un atout»

Franco Taisch, professeur ordinaire de droit économique à l’Université de Lucerne, est convaincu des avantages des sociétés coopératives et, en particulier, des vertus de leur enracinement dans le tissu local.

Pour Franco Taisch, les coopératives ont une belle carte à jouer dans un monde toujours plus globalisé.
Pour Franco Taisch, les coopératives ont une belle carte à jouer dans un monde toujours plus globalisé.

Président du Centre de compétence pour les sociétés coopératives, il connaît mieux que quiconque ces entreprises dont la forme juridique est porteuse d’avenir, et ce, même si une majorité de sociétés anonymes est aujourd’hui créée.

Quelle est aujourd’hui l’importance des sociétés coopératives dans l’économie du pays?

Une première impression subjective le démontre: en Suisse, elles sont incontournables. Il est donné à chacun d’entrer en contact avec de grandes entreprises de cette nature: Migros, La Mobilière, les banques Raiffeisen. Sans parler des très nombreuses entreprises plus petites épousant la même structure coopérative.

Peut-on également démontrer leur importance par des chiffres pertinents?

Prenez par exemple le produit intérieur brut (PIB) qui représente la valeur totale de tous les biens et services produits durant une année dans un pays donné. En 2009, pour la Suisse, il se montait à 484,6 milliards de francs. Or, 11% de ce montant provient des dix plus grandes sociétés coopératives du pays. Ce qui veut dire qu’elles ont créé à elles seules plus d’un dixième de la richesse nationale.

Une étude du Groupement d’intérêt des coopératives (IGG) montre que les coopératives inspirent un sentiment de confiance. Comment l’expliquez-vous?

Une coopérative fonctionne différemment d’une SA. Elle n’est pas tenue d’augmenter constamment sa valeur sur les marchés financiers sous la pression des actionnaires. L’effort des sociétés coopératives profite avant tout à ses clients, collaborateurs et fournisseurs. Elles apportent toujours un certain avantage à la collectivité, par exemple à travers des magasins offrant des prix justes ou en veillant à ce que les logements demeurent à un prix abordable.

En Suisse, les sociétés coopératives jouissent d’une longue tradition. Mais sont-elles aussi armées pour le futur?

J’en suis persuadé. Un de leurs meilleurs arguments, très tendance d’ailleurs, est la proximité avec le client. Il s’agit d’un atout important dans l’économie moderne caractérisée par une concurrence accrue. Certaines entreprises dépensent beaucoup d’argent pour échanger avec leurs clients et pour tisser des liens avec eux. On cherche par exemple cette même proximité avec les réseaux sociaux, comme Facebook. Depuis longtemps, les sociétés coopératives entretiennent une relation étroite avec leurs clients. Elles les considèrent depuis toujours comme des partenaires ayant leur mot à dire.

Il n’empêche: le plus grand chamboulement s’appelle globalisation. Les entreprises suisses sont confrontées à des multinationales géantes. Les sociétés coopératives peuvent-elles vraiment lutter?

Oui bien évidemment, car il n’y a pas que la globalisation. Le retour du balancier se nomme régionalisation. De nombreux consommateurs ne veulent ainsi plus de produits anonymes. Ils leur préfèrent des marchandises et des prestations venant de leur région. Les coopératives peuvent parfaitement répondre à cette nouvelle exigence, car elles sont fréquemment très bien implantées dans le tissu régional.

Pourtant, le nombre de sociétés coopératives stagne en Suisse. Ceux qui créent une entreprise préfèrent la forme juridique d’une société anonyme.

Cela tient au fait que maintes entreprises de conseil sont encore rivées à cette forme juridique. Je pense par exemple aux études d’avocats, aux fiduciaires ou aux instances qui épaulent les start-up. Ces professionnels conseillent très souvent à celles et ceux qui se lancent de constituer une société anonyme ou une société à responsabilité limitée (Sàrl). Ces spécialistes oublient volontiers qu’il existe une variante et que la forme d’une société coopérative présenterait beaucoup d’avantages.

Cette prééminence des sociétés anonymes ne signifie-t-elle pas qu’à long terme les sociétés coopératives vont disparaître?

Non, car il se pourrait aussi que, dans le futur, un nombre croissant d’entreprises se transforment en sociétés coopératives. Je pense à ces petites et moyennes entreprises qui seront confrontées ces prochaines années à des changements de direction parce que leur directeur part à la retraite. Que fait aujourd’hui un patron qui ne trouve pas le successeur qu’il recherche et qui tient à ce que l’œuvre qu’il a bâtie ne tombe pas sous la coupe d’un grand groupe? Il crée une société coopérative dont il remet ainsi le sort entre les mains de ses collaborateurs et de ses clients.

Auteur: Michael West

Photographe: Ueli Christoffel