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20 octobre 2014

A Saxon pour étudier le jeu vidéo ou la BD

Pionnière en Suisse, l’EPAC propose de très sérieuses filières dédiées à l’illustration ou au «game art», un secteur où la création doit composer avec une technique très poussée.

Un enseignant et son élève dans un atelier
Une ambiance d’enseignement détendue n’empêche pas de plancher sérieusement sur l’univers de la BD.
Hall de l'école avec des étudiants qui passent.
En quelques années, l’EPAC s’est fait une solide réputation et attire de nombreux étudiants.

Dès les premiers pas, le visiteur sent une école pas comme les autres. Après un tout petit vestibule, une grande salle de classe aux allures de salle d’exposition. Une vingtaine d’étudiants regardent plutôt attentivement un grand écran où le professeur montre quelques éléments graphiques. Sur la mezzanine, des camarades s’affairent devant un ordinateur ou une feuille de papier.

Au sous-sol, un petit studio pour la création de films d’animation avoisine l’antre où règne Thomas Crausaz, professeur de game art de 41 ans. De quoi? Pour le profane, il s’agit de l’appellation regroupant «l’ensemble des visuels d’un Thomas Crausaz, professeur de game art jeu», soit personnages fantastiques, vaisseaux spatiaux et autres villes imaginaires. «C’est sans doute fun, mais c’est surtout beaucoup de travail avant de pouvoir exprimer sa créativité.»

Une école unique en son genre en plein Valais

Outre son paysage grandiose, la commune de Saxon peut s’enorgueillir d’abriter à la fois la seule école de croupiers de Suisse et l’Ecole professionnelle des arts contemporains (EPAC), pionnière helvétique dédiée à la bande dessinée et, donc, au game art. Si quelques-uns rigolent encore (mais y en a-t-il vraiment?), si la BD, l’animation ou le jeu vidéo ne trônent encore pas aux côtés de la peinture et de la sculpture au panthéon des arts majeurs, ils n’en constituent pas moins des arts à part entière, ayant fait leur entrée dans les plus grands musées, du Louvre au MoMa.

A l’EPAC, les premières pulsations artistiques datent de 1986, raconte Stéphane Siviero, administrateur de 42 ans. «Au départ, on donnait des cours de dessin et de peinture. En 1994 débute la section professionnelle de bande dessinée et d’illustration.» En 2001, les locaux de la Ferme-asile à Sion deviennent trop exigus et Saxon agrandit un ancien cinéma pour mieux accueillir l’EPAC. Qui reste une école privée avec une accréditation – et donc une reconnaissance – européenne au travers de l’European Accreditation Board of Higher Education Schools, un organisme basé à Londres.

Un élève en train de peindre au pinceau.
La peinture classique côtoie les cursus voués aux arts électroniques.

Les élèves sont désormais plus jeunes. Lorsque leur niveau en dessin est jugé insuffisant, ou qu’ils n’ont pas déjà fréquenté une école d’arts visuels, ils passent par une classe préparatoire d’une année. «C’est évidemment là que se situent les plus grandes différences de niveau», reconnaît Stéphane Siviero, administrateur de l’école. S’ensuit une formation triennale avec quatre voies: l’illustration, choisie par la majorité, la peinture, le cinéma d’animation et la bande dessinée.

80% des inscrits obtiennent un diplôme délivré par notre école avec l’aide d’un jury extérieur. S’ils sont déjà au bénéfice d’une maturité, cela équivaut à un bachelor.

La spécialisation en jeu vidéo se fait après, sur deux ans. A nouveau, un élève au bénéfice d’une maturité fédérale se retrouve alors avec l’équivalent d’un «european master», reconnu par de nombreux pays mais – nul n’étant prophète en son pays – pas en Suisse. Ce qui ne constitue pas un handicap majeur puisque ce domaine est fondamentalement international.

Les débouchés existent, mais la concurrence aussi

Paysage fantastique dessiné par Mihai Tudor Galan
Intrusion 
dans le monde imaginaire de Mihai Tudor Galan.

En termes d’emploi, la plupart des élèves trouvent un travail du côté de l’illustration ou de la communication visuelle au sens large. Vivre du dessin dans le 9e art s’avère naturellement plus compliqué, mais pas impossible. «Organiser des rencontres régulières avec les éditeurs, apprendre aux étudiants à frapper aux bonnes portes et à mieux se vendre fait partie de notre job», assure Stéphane Siviero, qui fait partie des deux équivalents plein temps de l’EPAC, alors qu’une quinzaine d’enseignants interviennent dans les différentes branches. Pour lui, la réussite est un«mélange de gros boulot, de talent, de souplesse et d’un peu de chance, aussi». Deux anciens élèves ont en tout cas déjà publié une BD.

Dessin d'un monstre fait par Charline Saucy.
Face-à-face 
avec une des créatures fantastiques de Charline Saucy.

Et le jeu vidéo? Grâce à la multiplication des supports, smartphones et autres tablettes, il est désormais plus facile et moins onéreux de faire aboutir le processus de création.

Le marché est énorme et les débouchés existent. Nous sommes dans une ère de casual gamers où tout le monde joue, au moins de temps en temps,

note Thomas Crausaz. Internet et différentes plateformes mobiles permettent de montrer et de diffuser son travail facilement et largement. Evidemment, cela rend également la concurrence féroce.

Texte: © Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey