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11 novembre 2013

Evénement heureux, papa malheureux

Les grossesses sont souvent synonymes de questionnements et d’angoisses chez les futurs papas. Des ressentis la plupart du temps bien difficiles à confier... Explications et témoignage.

Un futur père avec un smiley triste à la place du visage dos à dos avec une femme enceinte
La grossesse est une période parfois déstabilisante pour un futur père. (Photos: Getty Images/Erik Rotter. Illustration: Do Ra/Fotolia.com)

Surtout rester sur la voie de droite, ceinture bouclée et portable dans la poche. Je n’ai plus le droit de mourir. Même pas un petit peu. J’ai accepté une mission de la plus haute importance qu’un simple petit rhume pourrait faire capoter.

Fred Valet a appris qu’il serait bientôt papa. Et déjà il dresse dans sa tête la liste des choses qu’un homme doit accomplir avant l’accouchement: «Se réjouir. Relativiser. Avoir peur. Dépenser l’argent sans compter. Compter sur ses amis. Soutenir sa femme. Ne pas demander le divorce. Pleurer en toute discrétion. Imaginer demain.» L’expérience de la grossesse de sa conjointe fut si marquante que le journaliste lausannois a décidé de la raconter dans un livre (lire interview).

André Berthoud, créateur du site superpapa.ch.
André Berthoud, créateur du site superpapa.ch. (Photo: LDD)

Le cas de Fred Valet est loin d’être une exception. Même si les témoignages des papas en devenir se font encore bien rares. André Berthoud, créateur du site superpapa.ch:

La grossesse peut paraître abstraite aux yeux des hommes.

Et de poursuivre: «Ils ressentent l’obligation d’avoir l’air totalement épanouis alors que la situation souvent n’a rien d’évident: ils se retrouvent plongés dans des questionnements inédits, leur femme peut traverser des crises d’humeur… et ils ne savent pas vraiment à qui faire part de toutes leurs préoccupations.»

Un rôle pas facile à identifier durant la grossesse

Parce que la paternité n’est pas innée, le psychologue propose depuis cinq ans des cours, conférences et ateliers pour les pères et futurs pères. «Il n’est pas toujours facile pour les hommes d’identifier leur rôle pendant cette attente de neuf mois, poursuit-il. Malgré les changements que connaît notre société, l’attention est encore très focalisée sur le ventre de la maman enceinte! J’aimerais amener quelque chose de masculin dans cette attente de l’enfant.»

Pour parvenir à ce but, l’expert en paternité conseille aux papas de s’impliquer déjà pendant la grossesse. «Il n’y a rien de plus angoissant pour une future mère qu’un conjoint qui lui répète sans cesse de ne pas trop s’inquiéter. J’invite les pères à prendre des initiatives, par exemple en préparant, seuls, un cadeau pour la venue de leur enfant. Avant même de naître, l’enfant doit déjà exister dans la tête des deux parents!»

Des actions concrètes qui permettront au papa de mieux définir son rôle dans cette famille agrandie. «J’ai pu remarquer que les pères se sentent souvent relégués en seconde position aux yeux de leur conjointe, le bébé occupant selon eux une place trop importante. Je leur rappelle alors qu’ils doivent œuvrer pour une équipe qui s’appelle famille.»

Des hommes très fiers derrière une poussette

Et pour motiver les hommes à s’impliquer davantage – après la naissance des bambins aussi – André Berthoud a ses stratégies.

Je ne crois pas que les hommes aujourd’hui ont encore peur de perdre leur virilité s’ils prennent soin de leur enfant. Ils sont généralement très fiers de se retrouver, à leur façon, derrière une poussette! Et puis, le sac contenant les affaires du bébé ne doit pas forcément être couvert de motifs en formes de fleurs. Un sac de sport peut aussi très bien faire l’affaire!

Auteur: Alexandre Willemin