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13 avril 2015

Explorateur des cieux

Président de la Société jurassienne d’astronomie (SJA), le Delémontain Michel Ory voyage virtuellement dans l’espace depuis son plus jeune âge. Sur sa feuille de route: des astéroïdes, une supernova, deux comètes. Et des étoiles plein les yeux.

Michel Ory en train de regarder au travers du téléscope

«Le télescope, finalement, c’est la meilleure façon de voyager.» Président de la Société jurassienne d’astronomie (SJA) – «Plus pour longtemps, ça fait quand même une vingtaine d’années que j’occupe ce poste, le moment est venu de laisser la place aux autres» – Michel Ory, 49 ans, bourlingue ainsi dans l’immensité intersidérale depuis son plus jeune âge.

Découvrant au hasard de ses pérégrinations virtuelles d’innombrables astéroïdes, mais aussi parfois, quand la chance récompense sa persévérance, des corps célestes plus difficiles à déceler comme une supernova et deux comètes.

Michel Ory a très vite succombé à la force d'attraction des étoiles...

«Petit, j’étais très intéressé par les moyens de transport, tout d’abord les trains et les voitures, avant de glisser naturellement vers les avions, puis les fusées. «De fil en aiguille, j’en suis venu à me passionner pour la conquête de l’espace, et à m’interroger sur la nature même de l’univers.» Une vocation était née, même si le Delémontain n’a jamais envisagé une carrière d’astronaute.

«Aucun véhicule ne permet de se rendre aussi loin qu’un télescope. C’est vraiment un instrument fascinant.»

Tellement fascinant qu’à 15 ans à peine, déjà membre de la SJA, le jeune Michel construit son premier modèle. Puis entreprend des études de physique à Genève avec l’idée de devenir journaliste scientifique.

Diplôme en poche, il déchante rapidement: la branche est bouchée, impossible pour lui de trouver un poste fixe. «Je suis donc rentré dans le Jura et me suis lancé dans l’enseignement. Sans aucun regret. Mon père était lui-même prof et je l’ai toujours vu heureux. Et puis, cette profession me laisse le loisir d’organiser mon temps comme je le souhaite.»

A peine rentré dans son canton d’origine, le voilà en effet qui rejoint la SJA qu’il n’a jamais vraiment quittée. «Avec six autres passionnés, nous avons commencé à construire de nos propres mains l’observatoire de Vicques en 1993. Nous l’avons terminé en 98.»

Aux milliers de francs qu’ils ont déjà investis pour cet ambitieux projet, ils doivent ajouter les fonds pour l’achat du télescope. «Qui n’a pas tout de suite fonctionné…

Imaginez, vous donnez six ans de votre vie, vous vous endettez et au final, ça ne marche pas! Heureusement, nous avons pu régler le problème assez rapidement.»

Une étoile le jour de Noël

Le voilà donc qui se lance dans la chasse aux astéroïdes. «Depuis vingt ans que je les traque, je suis devenu un peu spécialiste. Bien sûr, cela ne paraît pas bien folichon, ce ne sont que des petits cailloux dans l’espace,

des minuscules points sur une photo... mais quand vous apercevez pour la première fois un objet céleste que personne ne connaissait avant, ça fait quand même quelque chose!»

Le 25 décembre 2003, l’émotion monte d’un cran: Michel Ory repère, à quelque 200 millions d’années-lumière, une rare et éphémère supernova. «J’avais découvert une étoile le jour de Noël, s’enthousiasme-t-il. Je n’avais qu’une envie: descendre klaxonner dans les rues de Delémont avec ma voiture!»

Rebelote près de cinq ans plus tard: cette fois-ci, c’est une comète inconnue, grosse comme notre planète, qu’il débusque dans le ciel étoilé. L’apothéose pour l’astronome amateur qu’il est. «J’étais en orbite pendant une semaine. Je n’en dormais presque plus, je ne parlais que de ça au lycée. Je crois que j’ai donné durant cette période les meilleurs cours de ma vie!»

Outre les centaines d’e-mails de félicitations qu’il reçoit, il devient le premier Suisse à se voir décerner le prix Edgar Wilson (lien en anglais)par le Smithsonian Astrophysical Observatory de la prestigieuse Université d’Harvard. Autre consécration, la comète qu’il a découverte porte officiellement son nom: P/2008 Q2 Ory. Une place de Vicques a depuis été baptisée de cette même appellation.

Il réitère l’exploit en 2013, en scrutant depuis le confort du salon familial les images captées par l’Observatoire de l’Oukaimeden, qu’il a aidé à installer dans le Haut-Atlas marocain. Nouvelle comète, nouvelle joie. Jamais lassé, notre Jurassien? «Non, même si c’est parfois une grosse contrainte: avec une autre astronome française, nous nous partageons les nuits, quatre pour elle, trois pour moi, pour décrypter les images qui nous arrivent du Maroc.

Mais si on ne le fait pas, qui le fera? Et quand on a la chance de découvrir de nouveaux corps célestes, on ne la laisse pas passer!»

Texte: © Migros Magazne | Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Basile Bornand