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2 septembre 2013

FabLabs: les ateliers de création du futur

Les FabLabs poussent comme des champignons. On en recense aujourd’hui près de 200 dans le monde, dont une dizaine en Suisse. Visite du laboratoire de fabrication de Neuchâtel pour tenter de comprendre à quoi servent ces entités.

Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager du FabLab de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel.
Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager du FabLab de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel.

Un long couloir, quelques pièces en enfilade, des bureaux et une poignée de machines – découpeuse laser, fraiseuse CNC, scanner et imprimantes 3D… – pilotées par ordinateur. Le décor du FabLab (contraction de l’anglais fabrication laboratory, soit laboratoire de fabrication dans la version française non abrégée) de Neuchâtel est planté. On s’attendait à quelque chose de plus futuriste, de plus sexy aussi.

Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager du FabLab de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel.
Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager du FabLab de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel.

«Un FabLab, c’est simplement un lieu ouvert au public, une structure équipée d’outils de prototypage rapide où les intéressés viennent réaliser eux-mêmes leurs projets», explique Gaëtan Bussy, cofondateur et comanager de cet espace de création que la Haute Ecole Arc a ouvert en première romande il y a un peu plus d’une année. L’idée, c’est de rendre cette technologie accessible à Madame et Monsieur Tout-le-monde. «Et qu’ainsi ils se l’approprient», ajoute notre interlocuteur.

Des ateliers pour apprendre à utiliser soi-même les machines

Dans ces labos, le quidam peut donc créer ou dupliquer à peu près n’importe quelle pièce en trois dimensions en un temps record (de quelques minutes à quelques heures) et pour un coût modique (20 francs de l’heure, 70 la demi-journée ou 300 le semestre à Neuchâtel). A condition que «cela ne nuise à personne» comme le spécifie la charte des FabLabs, et que l’utilisateur suive une initiation avant de passer à la phase de concrétisation. «Nous organisons des ateliers pour permettre aux gens de prendre en main tout le processus de fabrication. Ça n’a d’ailleurs rien de bien sorcier.» Deux jours suffisent, par exemple, pour esquisser et construire une lampe LED.

Une petite centaine de personnes – designers, artistes, entrepreneurs, étudiants, simples bricoleurs… – gravitent actuellement autour du FabLab de Neuchâtel, dont une vingtaine d’habitués. Certains y fabriquent des prototypes, d’autres des objets uniques, d’autres encore des pièces de rechange.

Quelqu’un est venu réparer un bouton de son micro-ondes. Il l’a redessiné et l’a même modifié pour le rendre plus adéquat. Et aujourd’hui, une chocolatière m’a contacté parce qu’elle a l’intention d’utiliser notre outillage numérique pour faire des moules originaux.

Autre particularité de ces lieux de création: ils fonctionnent un peu comme des auberges espagnoles. C’est-à-dire qu’on va y trouver ce qu’on y apporte et s’enrichir en échangeant des connaissances et expériences sur place ou via un réseau mondial qui comprend actuellement près de 200 FabLabs disséminés aux quatre coins de la planète. Une communauté prête à venir en aide aussi bien à des paysans indiens cherchant à concevoir un instrument de mesure de la qualité du lait qu’à un laboratoire de fabrication madrilène œuvrant à la construction d’une… maison!

Fabriquer ses objets comme on télécharge une chanson

Le mouvement est en marche. Comme l’avait d’ailleurs prophétisé Neil Gershenfeld lorsqu’il avait lancé le concept des FabLabs dans les années 90. «Ce professeur, qui dirige le Center for Bits and Atoms du MIT (ndlr: Institut de technologie du Massachusetts), imagine qu’à terme nous n’irons plus acheter physiquement certains types d’articles, mais que nous téléchargerons un fichier numérique pour réaliser ensuite le produit désiré dans un FabLab tel que le nôtre.»

Gaëtan Bussy tire un parallèle avec la musique.

Hier, nous allions chez le disquaire pour nous payer un CD. Aujourd’hui, nous achetons des fichiers en ligne et nous sommes libres ensuite de graver la musique sur un CD pour pouvoir l’écouter dans notre voiture. Eh bien, c’est ce qui est tout bonnement en train de se passer avec les objets!

Vous avez dit révolution?

Auteur: Alain Portner