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16 septembre 2013

«La structure décentralisée est une force»

En charge des ressources humaines à Migros, le Neuchâtelois Fabrice Zumbrunnen insuffle les valeurs du distributeur à l’ensemble du groupe, tout en gérant une institution unique au monde: le Pour-cent culturel.

Fabrice 
Zumbrunnen 
(ici à Zurich) est membre de la 
direction générale de Migros depuis 2012.
Fabrice 
Zumbrunnen est membre de la 
direction générale de Migros depuis 2012.

Migros fête cette année les 125 ans de son fondateur, Gottlieb Duttweiler. Or, les Romands peine à s’identifier à lui…

Je ne suis pas d’accord avec vous. En Suisse romande aussi, Gottlieb Duttweiler est un personnage emblématique. Nous le constatons d’ailleurs dans les études que nous menons. A dire vrai, cela n’est pas étonnant: le fondateur de Migros a marqué l’histoire économique de tout le pays. Seul, peut-être, son engagement politique est moins connu en Romandie.

Qui incarne aujourd’hui l’esprit Migros en Suisse romande?

Selon moi, l’idée Migros est bien plus importante que ses serviteurs. Je ne pense donc pas qu’il faille vouloir à tout prix résumer Migros à une seule personne, ni qu’une telle ambition fasse sens. Cette volonté de vedettariat qu’on peut voir ailleurs n’est pas forcément très saine. Cela étant, au besoin, je suis prêt, avec mes collègues directeurs d’entreprises du groupe, à jouer le rôle d’ambassadeur Migros.

Vous êtes maintenant à la tête des ressources humaines du groupe Migros depuis un an. Quel a été votre principal constat?

La communauté Migros englobe aujourd’hui toute une palette d’entreprises allant des magasins traditionnels au commerce en ligne, des industries aux sociétés de services. Je suis persuadé qu’il faut répondre aux défis qui sont différents pour chaque société par des solutions différenciées à même d’assurer la compétitivité et l’attractivité de nos entreprises.

Au risque de tomber dans une inégalité de traitement?

Non. Pour moi, le groupe Migros est comme une grande maison avec une fondation commune – soit notamment d’excellentes conditions de travail ou de nombreuses possibilités de formation continue – et un toit commun – soit une philosophie et des valeurs qui nous définissent et donnent du sens à notre action. Du coup, le groupe Migros n’est pas une simple collection d’entreprises mais forme une vraie communauté. Ensuite bien sûr, dans cette maison, il existe des appartements de tailles différentes répondant à des besoins spécifiques.

Il existe aussi parfois des problèmes de voisinage…

A nous de les régler s’ils surviennent. Mais vous savez, d’un côté, je ressens une grande envie de la part des entreprises qui nous ont récemment rejoints de devenir membre à part entière de cette maison. De l’autre, je suis toujours surpris de la capacité qu’a Migros à intégrer d’autres cultures d’entreprises comme récemment celles de LeShop.ch ou de Denner. Cela est dû à notre structure décentralisée, qui est une force et s’avère extrêmement moderne, ainsi qu’à nos valeurs fondamentales. Je pense ici avant tout au capital social pour lequel la responsabilité sociétale et l’humain priment sur la maximisation du profit. Cela nous rend très attrayant.

Pourtant, il reste une septantaine de places d’apprentissages vacantes en cette rentrée…

Il faut relativiser. Migros reste le premier formateur du pays. Nous recevons beaucoup plus de candidatures que nous avons de postes à offrir et nous engageons toujours plus d’apprentis. Cela dit, certains métiers souffrent d’une mauvaise image. Le problème n’est donc pas l’attractivité de Migros, mais celle de la profession en question. A nous de collaborer avec les associations professionnelles concernées et de développer nos propres concepts afin de rendre ces apprentissages plus intéressants.

Dans votre département, vous gérez aussi le Pour-cent culturel Migros, dont dépendent les Ecoles-clubs. L’offre de celles-ci va du cours d’astrologie à la formation avec brevet fédéral. Du coup, l’image de l’institution n’est pas très nette...

Les cours d’astrologie sont anecdotiques; la majorité de nos clients viennent chez nous pour apprendre une langue ou, plus généralement, pour acquérir de nouvelles compétences en choisissant le cours qui les intéresse au sein de notre vaste palette de produits. D’une manière générale, l’Ecole-club joue un rôle charnière dans la vie de nos nombreux élèves. Certains participants viennent préparer un certificat d’anglais, d’autres souhaitent rebondir dans leur vie professionnelle avec une formation conduisant à un brevet reconnu. D’aucuns, via des cours de loisirs, expriment simplement l’envie de pratiquer une activité physique ou de se détendre. Derrière chaque personne, il y une histoire. Du coup, le caractère d’identification aux Ecoles-clubs est très fort.

Vous supervisez également les Affaires culturelles et sociales du Pour-cent culturel Migros, dont le mot d’ordre est la démocratisation de la culture. Or, la musique classique ou l’art contemporain restent élitaires…

Le pour-cent culturel Migros soutient aussi la musique alternative ou le rock. Notre seul critère est de nous engager dans des projets de qualité. Pour ce qui est de la musique classique, nous avons un taux de remplissage des salles exceptionnel. C’est la preuve que ces concerts trouvent leur public. Quant à l’art contemporain, il est l’un des derniers espaces d’expression qui suscitent encore le débat, et je suis toujours heureux d’entendre des réactions – positives ou négatives – à son sujet! Par ailleurs, notre musée ne montre pas la «collection du patron», mais met en exergue le talent de grands artistes et organise des expositions reconnues au niveau international. En ce sens, notre projet est unique au monde.

Auteur: Daniel Sidler, Pierre Wuthrich

Photographe: Lea Meienberg