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4 août 2014

Fanny Clavien au long du bisse du Tsitorret

La Valaisanne a glissé ses jolis pieds de triple championne d’Europe de karaté dans des souliers de marche pour retourner sur les traces de son enfance.

Fanny Clavien en forêt le long du bisse du Tsitorret
La randonnée: une partie de plaisir! Pour Fanny Clavien, qui s’entraîne dur en vue des championnats du monde de karaté.

Au téléphone, Fanny Clavien nous répond tout de go qu’elle n’a pas le temps de marcher, qu’elle le regrette mais que son agenda de karatéka ne lui laisse pas vraiment le loisir de divaguer, de se disperser. Puis, elle se ravise soudain et annonce qu’elle fera une entorse à son programme. «J’aimerais bien faire le bisse du Tsitorret, j’y allais quand j’étais enfant.»

Le rendez-vous est donc pris pour une balade qui s’avérera délicieusement régressive. Quelques jours plus tard, notre guide improvisée nous cueille à la gare de Sierre. «Ne faites pas attention au désordre, ma voiture c’est un peu ma deuxième maison! Et puis, on pourrait se tutoyer, non?» Cette jeune femme (27 ans) va droit au but, elle est sans façon, directe et spontanée. Dans la vie comme sur un tatami, dans son auto comme au micro de Vertical Radio (la journaliste anime les matinales sur les ondes de la petite sœur de Rhône FM).

Colombire, déjà. Fanny chausse lunettes d’aviateur et souliers de marche. En trois enjambées et quelques lacets, elle rejoint le bisse du Tsitorret. Elle s’arrête, contemple ce canal dans le lit duquel s’écoule une eau cristalline, file le temps… Quelques pas en direction de la Cave du Scex et les souvenirs commencent à refluer. «Entre 6 et 11 ans, je passais mes vacances d’été tout près d’ici, dans le mayen de mes grands-parents.»

Cette Eve libérée croque à pleines dents dans sa madeleine de Proust. Ses yeux s’illuminent lorsqu’elle évoque ses promenades en famille:

On partait avec un cervelas à griller dans le sac à dos.»

Elle se penche pour ramasser une brindille à laquelle est accrochée une pive. «Avec ma sœur, on imaginait que c’était un bateau, on mettait la branche à l’eau et on courait après comme des dératées.»

Prochain objectif: les championnats du monde

A la vue d’un panneau «Défense d’obstruer le bisse», la Valaisanne retrouve son sourire de gamine espiègle. «Laura et moi, on adorait faire des barrages, retenir l’eau...» L’empêcher de passer comme tentent de le faire ses adversaires en kimono. Sans véritablement y parvenir comme le montre le palmarès récent de cette ceinture noire: un 13e titre de championne suisse, un 3e sacre au championnat d’Europe et deux succès dans des tournois K1 (Coupe du monde).

Aujourd’hui, l’athlète se prépare spartiatement pour les championnats du monde de Brême qui auront lieu en novembre. Elle se lève tous les jours avant le chant du coq pour remplir sa mission radiophonique et se couche avec les poules pour récupérer de ses intenses entraînements de l’après-midi. Son objectif: monter sur la plus haute marche du podium. «J’en rêve depuis l’âge de 5 ans.» Et elle n’a probablement jamais été aussi près de le réaliser…

Arrêt soudain entre deux phrases. Fanny est peut-être saisie par l’incroyable spectacle qui s’offre à nos yeux: une composition panoramique à la Ferdinand Hodler avec en toile de fond la Dent-Blanche, le Cervin et le Weisshorn. Raté! En fait, nous nous trouvons juste à la verticale du mayen de ses grands-parents. «Impossible de le voir parce qu’il est au-dessous de la chapelle que l’on aperçoit en contrebas.

Il y a vingt ans, c’était pareil ici, rien n’a changé. C’est magique!»

Nous redémarrons. «J’adore ce clapotis qui nous accompagne. C’est apaisant.» L’eau, encore un élément important dans l’existence de cette sportive de haut niveau qui est aussi à l’aise sur une planche que dans un dojo. «J’ai remporté la Coupe d’Europe de wakesurf (ndlr: du surf sur la vague produite par un bateau à moteur) l’été dernier.» Lors de ses échappées belles sur le Léman, elle s’éclate, se ressource et décompresse. «Ce sont mes petites vacances à moi.»

Des tintinnabulements précèdent notre arrivée à la Cave du Scex. «Autant ce bruit de cloches est sympa de jour, autant il peut être agaçant la nuit au mayen. Les chèvres continuent de brouter placidement. Un escalier grimpe le long d’une vertigineuse cascade. Au fur et à mesure de l’ascension, les arbres se raréfient. Nous avançons désormais dans un décor japonisant avec falaises minérales, mélèzes rabougris aux troncs torturés et rhododendrons en fleurs.

D’autres chutes d’eau et de nouvelles volées de marches pour atteindre Tièche, là où le bisse prend sa source. Nous le quittons momentanément pour emprunter une voie carrossable, direction Cave de Colombire via Merdechon. Plus bas, nous retrouvons l’ombre rafraîchissante de la forêt et le doux murmure du Tsitorret. Encore quelques foulées et nous voilà revenus à notre point de départ.

«Merci pour cette balade! Il y avait longtemps que je n’avais pas fait de randonnée.

Il faut dire que dans la vie, j’ai plutôt tendance à courir qu’à marcher.»

Fanny l’ardente nous colle deux bises et s’en va rejoindre son tatami.

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner