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24 mars 2014

Faut-il craindre les particules fines?

Après la France et notamment Paris, c’était au tour de Genève à mi-mars de lancer une alerte à la pollution. Devons-nous commencer à nous inquiéter pour notre santé?

Station de mesure de la qualité de l'air
Seize stations telles que celle-ci, réparties sur l’ensemble du territoire suisse, mesurent la qualité de l’air.

Vendredi 14 mars, état d’alerte à Genève: le taux de concentration des particules fines dans l’air atteint la valeur limite de 75 microgrammes par mètre cube. «Un niveau qui pourrait entraîner des effets sur la santé d’une partie de la population», avisent les autorités cantonales. Qui recommandent donc aux jeunes enfants, aux aînés et aux gens souffrant d’asthme de s’abstenir de tout effort physique intense et d’éviter d’aérer trop longuement leur logement.

Les victimes de la pollution restent nombreuses en Suisse

Si la situation dans notre pays est loin d’être aussi alarmante que dans certaines métropoles chinoises, où le taux de concentration de particules fines dépasse par moments plus de quarante fois le seuil recommandé par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), il n’en demeure pas moins que la pollution tue chaque année entre 3000 et 4000 personnes en Suisse, selon la Commission fédérale de l’hygiène de l’air (CFHA). Principales responsables: ces fameuses particules fines qui, grâce à leur taille microscopique, peuvent s’infiltrer aisément dans nos poumons et causer, entre autres, maladies respiratoires et infectieuses, cancers et allergies.

Circulation alternée ou gratuité des transports publics?

D’où la nécessité, juge la CFHA, de fixer de nouvelles valeurs limites et renforcer les mesures mises en place pour réduire les émissions de particules à la source. En instaurant un système de circulation alternée sur la base de la plaque d’immatriculation du véhicule (les impaires le lundi, les paires le mardi, et ainsi de suite), tel qu’en France? Cela reste à voir. La gratuité des transports publics, adoptée à Paris le week-end du 15 mars, semble quant à elle inspirer le conseiller d’Etat genevois Luc Barthassat, qui préconise la même mesure dans la cité de Calvin lors de pics de pollution.

Heureusement, pour l’heure, la situation à Genève est revenue à la normale...

«Le phénomène ne se limite pas à Genève»

Portrait de Christoph Hüglin
Christoph Hüglin

Christoph Hüglin, responsable du Réseau national d’observation des polluants atmosphériques, répond à nos questions.

Pourquoi Genève semble-t-elle être particulièrement touchée par cette pollution aux particules fines?

Attention, le phénomène ne se limite pas à Genève! Autour du 14 mars, le taux de concentration des particules fines était élevé dans tout le pays. A Lausanne, il se situait près des 60 microgrammes, tandis que dans le canton de Zurich, il passait la barre des 70.

Pourtant, fin février, on nous annonçait un taux de concentration de particules fines très bas pour la saison. Qu’est-ce qui a changé en deux semaines?

Les conditions météorologiques. En hiver, l’inversion des températures, causée par un temps froid et couvert en plaine et ensoleillé en montagne, favorise la concentration des particules fines: le couvercle nuageux les empêche d’être évacuées. Or, cet hiver a été particulièrement doux, limitant le phénomène. C’est l’arrivée d’un anticyclone mi-mars qui a bloqué les particules au sol.

Le début du printemps annonce-t-il une concentration plus élevée?

Non, c’est même l’inverse. Les conditions atmosphériques à la belle saison favorisent généralement une meilleure évacuation des particules fines.

Et devons-nous redouter une éventuelle aggravation de la situation ces prochaines années?

Non. Au contraire, les rapports de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) montrent que la qualité de l’air ne cesse de s’améliorer. Cependant, les valeurs limites ne sont souvent pas respectées en Suisse, et en hiver 2006, la situation était comparable à celle que nous observons ces jours à Paris. Il y a donc encore beaucoup de progrès à faire, et il est clair que nous devons prendre des mesures pour réduire les émissions de particules fines.

Une de ces mesures serait-elle par exemple de limiter le trafic automobile?

Oui. En réduisant l’usage des voitures et en ayant recours à des véhicules plus propres, nous pouvons limiter les émissions de particules fines. Mais il ne s’agit pas là de la seule source de pollution, ni de la plus importante. Il faudrait également diminuer les autres sources, entre autres en assainissant les systèmes de chauffage.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Alessandro Della Bella