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7 octobre 2013

Faut-il durcir la loi sur les chiens?

Vaud parle de serrer la vis. Un arsenal de mesures qui inquiètent déjà les amis des bêtes de toute la Suisse romande. Plus de 500 d’entre eux ont manifesté leur désaccord le 1er octobre à Lausanne.

Si les élus vaudois le décident en décembre, certains chiens devront porter la muselière lors de spectacles, fêtes populaires, manifestations sportives, bals, concerts et marchés entre autres.
Si les élus vaudois le décident en décembre, certains chiens devront porter la muselière lors de spectacles, fêtes populaires, manifestations sportives, bals, concerts et marchés entre autres.

Les propriétaires de chiens vaudois seront bientôt rappelés à l’ordre. C’est, du moins, l’intention du Conseil d’Etat qui vient d’approuver une modification de la loi sur les chiens. Concrètement, il s’agira de tenir tous les toutous en laisse courte dans certains lieux, comme les bâtiments et transports publics, les cours d’école et autres aires de jeux pour enfants.

Une autre mesure vise plus spécifiquement les gros calibres, cabots de plus de 25 kilos ou de 55 cm au garrot. Ainsi, en plus des trois races potentiellement dangereuses (amstaff, pitbull et rottweiler), les bergers allemands, boxers, labradors et goldens retrievers, entre autres, risquent de devoir porter la muselière dans certaines circonstances: spectacles, bals, fêtes populaires, manifestations sportives, concerts et marchés.

On s’en doute, les amis des bêtes, comme Gilles Altwegg, vétérinaire à Nyon, s’insurgent face à cette loi «véritable catastrophe, qui va à l’encontre du bien-être de l’animal». Ils étaient d’ailleurs plus de 500 mardi dernier sur la place de la Riponne à Lausanne pour dire leur désaccord aux députés qui siégeaient au Grand Conseil.

François Bezençon, responsable du Bureau d’intégration canine à Lausanne, calme le jeu:

Ces nouvelles mesures n’ont rien de contraignant. Pourquoi prendre son chien à un match de foot ou à une manifestation bruyante? De même, tenir son chien en laisse dans une cour d’école me semble la moindre des choses.

Dans la pratique, ce seront 70 000 chiens dans le canton qu’il faudra tenir en laisse. Voire peser? «Non, il y a un standard officiel qui définit le poids de chaque race de chien. Un chihuahua, même s’il est obèse, ne sera pas muselé sur la voie publique!» sourit François Bezençon.

«Ni taille, ni poids, ni race d’un chien ne justifient la muselière»

Caroline Brennecke, présidente de l’association Molo’s.Caroline Brennecke, présidente de l’association Molo’s. (Photo: Patrick Martin - Tamedia Publications romandes.)
Caroline Brennecke, présidente de l’association Molo’s. (Photo: Patrick Martin - Tamedia Publications romandes.)

Caroline Brennecke, présidente de l’association Molo’s.

De nouvelles mesures vont être prises dans le canton de Vaud. Qu’en pensez-vous?

Certaines ne vont pas assez loin comme la réglementation de la profession de promeneur de chiens qui se contente de limiter le nombre de chiens par promeneur à quatre, sans conditions en termes de formation ou de connaissances cynologiques. D’autres mesures vont trop loin dans la restriction des droits des propriétaires de chiens: il est prévu de ramener le délai de recours contre des décisions prises en vertu de la loi de trente jours à dix jours. Le temps laissé aux propriétaires pour agir devient trop court.

Etes-vous favorable à la muselière dans certains espaces publics pour les chiens de plus de 25 kilos?

La muselière est un outil de dernier recours pour des chiens dont l’agressivité est avérée. Ni taille, ni poids, ni race d’un chien ne justifient à elles seules la muselière. La laisse courte par contre est un bon compromis. Le contrôle pose aussi problème. Comment distinguer un chien de 24 kilos d’un congénère de 25? De plus, cette mesure est censée s’appliquer également aux chiens dits potentiellement dangereux qui ont fait 72 heures de cours obligatoires et qui ont montré patte blanche avec leur maître devant la police des chiens de la ville ou du canton.

Pourtant, on compte encore de nombreux incidents (une centaine de morsures en moyenne par année et par canton) en milieu urbain. Hommes et chiens ne sont-ils plus les meilleurs amis du monde?

Homme et chien resteront les meilleurs amis du monde avec tolérance et respect. Rappelons que 75% des morsures se passent dans le domaine privé, par un chien connu de la victime. Le canton de Vaud compte 70 000 chiens. Une centaine de morsures par an, dont 25 sur la voie publique, ne sont pas à négliger, mais ne représentent pas un problème de sécurité publique.

Quelles autres solutions proposez-vous pour une meilleure cohabitation?

Le canton de Neuchâtel est un modèle à suivre. Il a été le premier à se lancer dans la prévention des morsures par l’information et la sensibilisation de la population. Appelé aujourd’hui à revoir sa loi, il renonce à toute mesure coercitive basée sur la race, la taille ou le poids et poursuit sa voie de la prévention, la jugeant plus efficace et moins coûteuse.

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Istockphoto,