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5 octobre 2014

Faut-il limiter le nombre de chats en Suisse?

Le chat serait un prédateur nuisible à la petite faune. Faut-il dès lors instaurer un quota de minets sur le territoire suisse? Florilège des mesures plus ou moins réalisables.

La Suisse compte pas moins de 1,48 million de chats.
La Suisse compte pas moins de 1,48 million de chats. Photo Keystone

La Suisse a mal à ses minets. 1,48 million de chats pour 8,1 millions d’Helvètes, soit un chat pour quatre habitants, c’est beaucoup, disent les sociétés de protection des animaux. «C’est clairement trop! Le chat est un prédateur de toute la petite faune: lézards, orvets, libellules, musaraignes et oiseaux bien sûr. Il est une cause importante de leur disparition, en tout cas un facteur non négligeable et sous-évalué», souligne François Turrian, directeur de l’ASPO/Birdlife suisse.

Une étude américaine, publiée dans Nature en 2013, avance des chiffres alarmants: les matous tueraient aux Etats-Unis entre 1,4 et 3,7 milliards d’oiseaux par année et entre 6,9 et 20,7 milliards de petits mammifères. Certes, le territoire est plus grand, mais l’hécatombe n’en est pas moins spectaculaire.

Différentes mesures pour freiner l’impact du prédateur à moustaches ont été lancées par les SPA locales. Et ont fait couler beaucoup d’encre jusque dans Le Monde qui vient de consacrer un article à cette problématique. A Zurich, on penche pour la politique du chat unique, un seul spécimen par foyer. A Saint-Gall, on imagine un couvre-feu, qui empêcherait les matous de sortir la nuit. Réaliste?

«Retreindre le nombre de chats me semble une mesure sensée. Mais plutôt que de les empêcher de sortir la nuit, où ils ne capturent que des petits mammifères nocturnes, il vaudrait mieux les garder à l’intérieur à certaines périodes critiques. Par exemple pendant la reproduction des oiseaux, entre avril et juillet», propose François Turrian.

En plus de la campagne de stérilisation des chats errants, menée depuis dix-huit ans par la SPA, il faudrait encore aménager des fourrés denses, installer des colliers anti-chats autour des arbres... Mais, soyons honnêtes: Raminagrobis n’est pas la seule menace pour la petite faune. Et certaines mesures sont tellement inapplicables que les chats ont encore de beaux jours pour miauler devant eux.

«La régulation des chats et des chiens est une vieille rengaine»

Damien Baldin, spécialiste de l’histoire des animaux domestiques.
Damien Baldin, spécialiste de l’histoire des animaux domestiques. Photo Julien Benhamou

Damien Baldin, spécialiste de l’histoire des animaux domestiques.

Un chat pour quatre habitants en Suisse. La barque est-elle pleine?

La régulation des chats et des chiens est une question qui s’est souvent posée dans l’histoire, aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Mais c’est une question à laquelle on ne peut pas répondre scientifiquement. Quand atteint-on une surpopulation? Concernant les chats, on se situe davantage au niveau du ressenti que des données objectives vu qu’ils ne sont pas référencés. Il y a sans doute derrière ce sentiment une peur de l’invasion, une peur urbaine d’un non-contrôle des espèces animales.

Couvre-feu, politique du chat unique, stérilisation. Que pensez-vous de toutes ces mesures?

Avec l’instauration de la santé publique s’est développé le besoin de contrôler les naissances. A la fin du XIXe siècle, des massacres de chiens errants étaient organisés à Paris et, au Moyen Age, on passait les chats au bûcher à la Saint-Jean. Je crois que c’est une vieille rengaine. Mais si elle semblait normale autrefois, elle nous apparaît désormais décalée, parce que le chat est devenu l’animal de compagnie numéro un. Ces pratiques, proches de l’eugénisme, existent depuis longtemps, mais le regard que nous portons sur l’animal domestique a changé.

Par ailleurs, la loi suisse oblige l’hébergement des petits animaux de compagnie par deux, songe à supprimer les cloches pour le bien-être des vaches... N’est-ce pas un excès d’empathie pour les bêtes?

C’est de l’anthropomorphisme exacerbé, qui est né d’une attention nouvelle portée aux animaux, dont on a réévalué la spécificité. C’est le résultat de sociétés occidentales qui considèrent que les animaux ont des droits et ne doivent pas être traités comme des objets. Mais c’est paradoxal. Au nom de leur identité, on plaque des comportements humains sur les animaux. Vouloir limiter la circulation des chats fait penser au couvre-feu des mineurs dans certaines cités...

Qu’est-ce que ces petites préoccupations disent des Suisses?

Ce sont de questions qui se posent aussi en France ou ailleurs. Mais sans doute que l’idée du chat unique renvoie la Suisse à ses problèmes de croissance démographique. Les pratiques à l’égard des animaux résonnent toujours avec les politiques envers les humains.

© Migros Magazine - Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla