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11 novembre 2013

Faut-il nourrir les animaux en hiver?

Quelques graines déposées sur sa tablette de fenêtre, un peu de foin amené à la lisière de la forêt ou des restes de pain jetés dans le lac. Si la pratique part généralement d’une bonne intention, elle ne bénéficie guère à la nature.

Dessin illustrant une mangeoire et des oiseaux en hiver
Il est important de veiller
 régulièrement 
à la propreté des mangeoires.

Bien au chaud au coin de la cheminée, une tasse de thé encore fumant à la main... comme un sentiment de culpabilité traverse l’esprit face à cette petite boule de plumes dans son jardin, les pattes dans la haute neige, à la recherche d’une petite graine pour son dîner. Faut-il aider la pauvre bête à passer l’hiver en lui proposant un peu de nourriture?

Parti d’une bonne intention, ce geste n’apporte pas que des bénéfices aux volatiles. C’est pourquoi, il ne peut se faire que selon des conditions très strictes. «Il ne faut donner à manger aux oiseaux que lorsque le sol est gelé ou couvert de neige, met en garde Sandrine Seidel, collaboratrice à l’Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO) . Il n’y a que lors de ces périodes de froid prolongé qu’ils peuvent rencontrer des difficultés à se nourrir. Un coup de pouce qui n’est en aucun cas indispensable à leur survie!» D’autant plus que ce sont les oiseaux les plus répandus que l’on est susceptible d’observer dans son jardin. Les espèces plus rares, elles, ne s’approchent que très rarement des habitations.

L’autre règle, lorsqu’on installe une mangeoire à oiseaux, c’est de veiller régulièrement à sa propreté.

Ce sont des endroits à risques puisque les volatiles sont nombreux à s’y rassembler, poursuit la spécialiste. Nous recommandons les modèles de mangeoires où les graines descendent au fur et à mesure. Ainsi la nourriture n’entre pas en contact avec les fientes des oiseaux et ne peut pas moisir.

Plus utiles encore que les mélanges de graines ou autres boules de graisse, offrez-leur un petit récipient rempli d’eau. «C’est une denrée très rare lorsqu’il gèle, indique Sandrine Seidel. Mais comme pour la mangeoire, veillez à son hygiène en nettoyant le récipient chaque jour.» Et qu’en est-il des canards et des cygnes, à qui on aime parfois offrir un peu de pain? «Nous déconseillons vivement cette pratique! Cette nourriture peut porter préjudice à leur santé. Certes, ils se nourrissent aussi de céréales, mais pas uniquement et pas sous cette forme.»

Ces règles pour les oiseaux s’appliquent d’ailleurs à l’ensemble des animaux sauvages. «Il est très rare que nous conseillons de nourrir les mammifères de nos forêts en hiver», explique Sara Wehrli, zoologue au Service pour les animaux sauvages de la Protection suisse des animaux (PSA) . La seule exception qui vaille est lorsque le sol est gelé ou couvert d’une haute masse de neige pendant une longue période. A ce moment-là, cerfs et chevreuils peuvent prendre des risques trop importants pour trouver de la nourriture.» Un danger pour les animaux eux-mêmes mais aussi pour les hommes, augmentant drastiquement le risque de collisions sur les routes.

Si des conditions aussi strictes ont été édictées, c’est que l’apport de nourriture peut être néfaste à la santé de ces animaux. «Les conséquences ne sont pas les mêmes chez toutes les espèces, poursuit la zoologue. L’estomac des cerfs par exemple rétrécit pendant l’hiver, ce qui leur permet de subsister en avalant de plus petites quantités de nourriture. Si on leur fournit à manger, leur organisme ne parvient plus à s’adapter pour l’hiver.» La nature n’a pas attendu l’homme pour faire preuve d’ingéniosité…

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Christian Lindemann (illustration)