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18 août 2014

Faut-il parler à un bébé comme à un adulte?

Parler à son bébé comme à un adulte dès ses premiers jours serait essentiel au bon développement de son cerveau, affirment des chercheurs américains. Certes. Mais inutile de tomber dans l’excès, nuance Myriam Bickle Graz, pédiatre du développement au CHUV.

Des parents parlent à leur enfant en utilisant des onomatopées

«Ooooh! Aaaaaah! Mais qu’il est joliiii le beau béébééé! Mais qu’il a fait un beau sourire!» Il faut bien le reconnaître, s’adresser à un nouveau-né permet rarement de briller sous son jour le plus intelligent. Face à ces babillages, certains préfèrent d’ailleurs adopter une certaine distance, attendant que le petit soit devenu grand et à même de tenir une conversation adulte. D’autres se disent qu’il n’est jamais trop tôt pour apprendre et s’adressent aux nourrissons comme à tout un chacun. Et s’ils avaient raison?

Selon des chercheurs américains, il serait essentiel de parler le plus tôt possible à son bébé comme à un grand. Exit les voix haut perchées et les voyelles traînantes, bonjour les phrases complexes aux sujets variés. Et n’allez pas croire que votre tout-petit se contente d’un «C’est l’heure de ton biberon»! «La parole des parents doit être riche et complexe, déclarait en début d’année à la presse Erika Hoff, psychologue à l’université Florida Atlantic lors de la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) à Chicago. Il ne s’agit pas seulement d’emmagasiner du vocabulaire, il faut aussi que ce dernier soit de qualité.»

Des différences quant aux performances scolaires auraient ainsi été notées entre les enfants biberonnés à un répertoire varié et ceux auxquels on s’est contenté d’offrir des gazouillis. Elles seraient même visibles dans les structures cérébrales de l’enfant.

Myriam Bickle Graz, pédiatre à l’Unité de développement du service de néonatologie du CHUV.
Myriam Bickle Graz, pédiatre à l’Unité de développement du service de néonatologie du CHUV.

Pédiatre à l’Unité de développement du service de néonatologie du CHUV, Myriam Bickle Graz nuance. Certes, il a été observé que certaines parties du cerveau, notamment le cortex préfrontal, peuvent présenter une épaisseur accrue chez des enfants issus d’un milieu où la parole est très tôt stimulée.

Le «bain de langage» est essentiel

Mais si le contexte socio-économique a une influence évidente sur l’apprentissage, il n’est pas non plus souhaitable d’inonder son bébé de paroles et d’informations, avertit-elle.

L’important est d’adapter son langage à son enfant. Utiliser une voix haut perchée et un débit plus lent avec un nourrisson, c’est très bien.

Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faille se limiter aux «gaga» et aux «baba». «Ce que l’on appelle «le bain de langage» est essentiel. Certains parents sont peu bavards et ne racontent pas assez la réalité qui les entoure.»

Echanger autour des activités, nommer les objets sans pour autant se lancer dans un cours ex cathedra, voilà qui favorise l’apparition du langage. «Entre 3 et 6 mois, un bébé distingue déjà des mots. Et dès 6 mois, il est capable de reconnaître son prénom», poursuit Myriam Bickle Graz. Cela parce que les parents accentuent naturellement les mots importants et les répètent.

Spontanéité et naturel, le tout saupoudré de curiosité et de contacts, tels pourraient être les ingrédients de base de la recette de l’apprentissage du langage. Car comme dit le proverbe: «A paroles lourdes, oreilles sourdes.»

© Migros Magazine – Viviane Menétrey

Un exemple de gazouillis parents-bébés dans la publicité.(Source: Youtube)

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: François Maret (illustration)