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18 mai 2015

Faut-il punir ceux qui salissent l’espace public?

La Suisse s’en est cru longtemps préservée. Mais le littering - le fait de jeter des détritus n’importe où – coûte de plus en plus cher aux pouvoirs publics. Lesquels sont en train de passer de la prévention à la répression.

Le gazon d'un parc jonché de détritus
Des détritus qui poussent comme des champignons font tout autant tâche dans la nature qu'en milieu urbain. (Photo: Keystone)

Le mot est aussi vilain que la chose: littering. Ou l’art indélicat de se débarrasser de ses détritus – cigarettes, chewing-gums, bouteilles – dans un lieu public. Un phénomène dont la Suisse, oasis supposé de propreté, a pu longtemps se croire exempte.

Ce n’est visiblement plus le cas. Tous les chiffres viennent confirmer les impressions visuelles d’un promeneur attentif et vite effaré. Les diverses campagnes de prévention mises en place ces dernières années n’ont semble-t-il pas donné les résultats escomptés.

Outre l’augmentation des repas à l’emporter et la multiplication des emballages et des rassemblements en plein air, les sociologues pointent une modification du rapport à l’espace public. La certitude que quelqu’un ramassera les déchets, et le fait que la plupart des lieux sont déjà victimes de littering, pousseraient à l’infraction.

L’heure est donc aujourd’hui à la répression. Certains cantons et communes amendent désormais les contrevenants, encore faut-il les prendre sur le fait.

La pression monte donc sur les indélicats. Une initiative parlementaire, en cours de consultation et déposée par le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR) propose d’instaurer une base légale nationale permettant d’infliger des amendes allant jusqu’à 300 francs.

Une commune comme Lausanne de son côté prévoit d’instaurer une sorte de police des bosquets. Assermentés, des employés municipaux du service des parcs et domaines publiques pourront dénoncer les infractions qu’ils constatent.

«La propreté est une carte de visite pour notre pays»

Portrait en studio de Jacques Bourgeois
Jacques Bourgeois

Jacques Bourgeois, conseiller national (PLR/FR), est directeur de l’Union suisse des paysans (USP).

En matière de littering, la situation est-elle devenue si grave qu’il faille une législation au niveau national, comme le réclame l’initiative parlementaire que vous avez déposée?

A mon avis, oui. Ce que l’on peut constater, quand on regarde autour de soi, c’est que l’abandon sauvage de ces déchets prend de plus en plus d’ampleur. Sacs plastique, restes de repas, emballages, bouteilles... il n’est pas normal de prendre l’espace public pour un dépotoir. La répression est une des mesures qu’il faut utiliser.

Ne faudrait-il pas plutôt commencer par des efforts d’information, de prévention et d’éducation?

Il faut évidemment apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge à ne pas jeter leurs détritus et leurs emballages sur la voie publique. A utiliser les installations de collecte prévues à cet effet. Mais il faut bien constater une augmentation de ce phénomène de littering, qui génère des coûts de plus en plus élevés, à la charge des collectivités publiques, des cantons mais surtout des communes.

C’est aussi une question d’image que l’on veut donner de la Suisse. Il est important de garder la réputation d’un pays propre.

Comment êtes-vous arrivé à ces montants qui pourront paraître excessifs à certains et insuffisants à d’autres?

Si vous êtes pris en train de téléphoner en conduisant, l’amende sera de 100 francs. Il faut que le montant soit dissuasif. Si vous êtes pris plusieurs fois au bout d’un moment vous envisagerez peut-être de vous comporter différemment.

Pourquoi le monde paysan dont vous êtes l’un des représentants, soutient-il cette lutte contre le littering, qu’on imaginait un problème plutôt urbain?

Parce que les agriculteurs se retrouvent avec de plus en plus de déchets jetés dans leurs champs. Des canettes ou tout autre objet en aluminium par exemple, peuvent endommager les machines agricoles et mettre en péril la santé du bétail.

Distribuer des amendes suppose qu’il y ait flagrant délit, ce qui arrive quand même rarement dans le cas du littering...

Je l’ai toujours dit dans les débats, on ne va pas pouvoir mettre un policier derrière chaque contrevenant, de même qu’en matière de circulation routière on ne met pas un policier derrière chaque voiture. Mais il faut voir qu’actuellement si une personne est prise en train de jeter des détritus, il n’y a pas la possibilité de l’amender.

Dans les communes, les gens chargés de la surveillance de l’ordre et de la propreté publique ne sont pas habilités à mettre des amendes d’ordre.

N’y a-t-il pas à la longue le risque de glisser vers un modèle trop répressif en matière de maintien de la propreté publique, à l’image de Singapour, un modèle qui ne fait pas forcément envie?

Que Singapour ne fasse pas envie, c’est vous qui le dites. La propreté est une carte de visite pour notre pays. Avec des détritus partout vous n’améliorez pas l’attrait touristique de la Suisse, vous ne mettez pas en valeur la beauté de ses paysages et de ses contrées. Des beautés exemptes de plastique et de toute autre sorte de déchets et qui doivent le rester.

Auteur: Laurent Nicolet