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21 novembre 2016

Faut-il trembler devant la grippe aviaire?

Dix ans après le tristement célèbre H5N1, voici H5N8. Un virus non transmissible à l’homme, mais menaçant les volailles domestiques et véhiculé par les oiseaux migrateurs. Le branle-bas est de rigueur dans les basses-cours.

Deux canards morts de la grippe aviaire sont examinés par un vétérinaire à Aulendorf, en Allemagne. (Photo: Keystone)

Gare au canard. Ou plutôt au fuligule morillon. C’est par un membre de cette espèce de canard plongeur en effet que la grippe aviaire a fait son grand retour en Suisse. Cet oiseau, ainsi qu’une mouette rieuse, ont été retrouvés morts il y a un peu plus d’une semaine au port de Vidy, à Lausanne. Ces deux cas faisaient suite à d’autres signalés sur les bords du lac de Constance.

Depuis, des oiseaux morts ont été signalés au bord du lac de Neuchâtel, notamment un cygne infecté découvert sur une plage d’Estavayer-le-Lac (FR) par un garde-faune. Branle-bas de combat donc, dix ans après la psychose mondiale qu’avait créée le H5N1. On parle cette fois de H5N8. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires y va de ses consignes et messages plus ou moins rassurants (lire ci-contre).

Non transmissible à l’homme, pour ce que l’on sait, le virus peut infecter la volaille domestiquée par les fientes des oiseaux sauvages. D’où les mesures de quarantaine et de confinement imposées aux éleveurs, visant à empêcher tout contact avec la faune migratrice, notamment sur les points d’alimentation et d’abreuvage.

A noter que H5N8 se rit évidemment des frontières: des cas de contamination ont été signalés d’abord en Allemagne et en Autriche. Et plus tôt encore en Hongrie, où un cygne avait été retrouvé mort en octobre dernier. Une situation qui oblige à une coordination entre les différents pays touchés et une adaptation des précautions à prendre suivant l’évolution du virus.

«On ne connaît pas de cas de transmission humaine avec le virus H5N8»

Eva van Beek, responsable suppléante de la communication à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.

Pourquoi ce brusque retour de la grippe aviaire en Suisse? Est-ce une surprise ou fallait-il s’y attendre?

La vérité, c’est que la grippe aviaire n’a jamais vraiment quitté l’Europe. Elle était toujours présente et s’est manifestée à plusieurs reprises les années précédentes dans plusieurs endroits, comme en France ou en Allemagne, notamment. Ça n’a donc jamais vraiment tout à fait disparu. Depuis 2006, aucun cas n’avait été signalé en Suisse, jusqu’à la semaine dernière. Avec la saison des oiseaux migrateurs, c’est pourtant quelque chose qui pouvait arriver.

Le virus dont il s’agit ici, H5N8, est-il très différent du fameux H5N1 qui avait semé une panique mondiale il y a dix ans?

Il s’avère en effet différent, dans le sens où, contrairement au H5N1 de 2006, il n’est pas dangereux pour l’être humain. Jusqu’à maintenant, même si un virus peut toujours muter, on ne connaît pas de cas de transmission humaine avec le H5N8. Il n’y a donc pour le moment pas de souci à avoir de ce côté-là, c’est important de le dire.

Quelles sont les consignes précises à suivre lorsque l’on trouve un oiseau mort?

Il ne faut évidemment pas le toucher, comme toujours avec les oiseaux morts. Il convient ensuite d’avertir le garde-faune, le garde-pêche ou la police cantonale.

Y a-t-il des précautions particulières à prendre en matière d’alimentation ou de préparation de la nourriture?

Disons d’abord qu’il n’y a aujourd’hui aucun cas d’infection de volaille répertorié en Suisse. En plus, le virus ne résiste pas à la chaleur et aux températures élevées. Cela signifie de toute façon que si on cuit bien sa volaille, son poulet du dimanche, il n’y aura aucun risque.

Les consignes de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires concernent donc seuls les élevages ainsi que les entreprises avicoles?

Oui et l’objectif est d’éviter tout contact entre la volaille domestique et les oiseaux sauvages. Et les détenteurs de quelques poules sont tout autant concernés.

Quelles sont-elles, concrètement ces mesures?

Les mêmes consignes valent désormais pour l’ensemble du territoire suisse. La détention en plein air de la volaille, d’oiseaux nageurs et coureurs est soumise à des mesures restrictives: l’ali­mentation et l’abreuvage doivent être effectués dans un poulailler fermé, inaccessible aux oiseaux situés à l’extérieur de même que les bassins doivent être protégés efficacement.

Et si ce n’est pas possible?

Si l’on n’arrive pas à assurer ces conditions, il convient de placer les animaux dans des poulaillers munis d’un toit imperméable et de parois latérales fermées. Les exploitants qui détiennent des gallinacés doivent en outre consigner les animaux présentant des anomalies et des symptômes spéciaux.

La psychose il y a dix ans déclenchée par la grippe aviaire avait fini par disparaître aussi rapidement qu’elle était apparue. Les pouvoirs publics n’ont-ils pas tendance à exagérer la menace d’une telle épidémie?

Les craintes actuellement émanent des éleveurs qui redoutent de perdre leurs animaux. Même si rien n’indique pour le moment que des exploitations avicoles suisses soient touchées. Nous ne voulons créer de notre côté aucune panique: nous prenons juste les mesures nécessaires pour éviter que les volailles soient infectées, voilà tout.

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet