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15 février 2016

Faut-il avoir peur du virus Zika?

Alors que l’épidémie bat son plein en Amérique centrale et du Sud, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) redoute une propagation internationale de la maladie. De quoi nous dissuader de voyager ou craindre une recrudescence des cas en Suisse?

deux bébés au Brésil photo
Au Brésil, la petite Melisa Vitoria (à gauche) est née avec une microcéphalie, pas son frère jumeau Edison Junior (à droite). (Photo: AP Photo/Felipe Dana)

Avec un million et demi de personnes touchées au Brésil, Zika continue sa fulgurante progression en Amérique centrale et du Sud. De quoi inquiéter sérieusement l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui apparente la situation actuelle à «une urgence de santé publique de portée internationale».

Faut-il donc craindre de voir débarquer le virus en Suisse? Le moustique Aedes, plus connu sous le nom de tigre et vecteur de la maladie, n’est-il pas d’ailleurs déjà présent dans nos contrées? Après le Tessin, ne vient-il pas d’être également repéré du côté de Bâle?

Pour l’heure, notre pays n’a pourtant pas trop de souci à se faire. Seuls quatre cas ont été déclarés, tous détectés chez des voyageurs revenant d'Amérique latine. Nos moustiques tigres locaux ne sont pas, quant à eux, porteurs de la maladie, assurent les spécialistes.

Rappelons par ailleurs que l’OMS n’a émis aucune restriction de voyage pour les pays concernés par l’épidémie. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) relève pour sa part que dans 80% des cas, le virus ne provoque pas de manifestations cliniques. Pour les 20% restants, les symptômes (fièvre légère, éruption cutanée, maux de tête, etc.) demeurent en général bénins.

Finalement, seules les femmes enceintes doivent rester sur leurs gardes si elles souhaitent voyager. Le virus Zika pouvant causer des malformations congénitales chez le fœtus, même si le lien de causalité, fortement soupçonné, n’a pas encore été confirmé.

«Cette maladie est moins dangereuse que la dengue»

Dr Gilles Eperon, chef de clinique du service de médecine tropicale et humanitaire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Faut-il avoir peur du virus Zika?

Non. Ce virus ne représente un danger potentiel que pour les femmes enceintes: il existe un risque de malformation congénitale chez le fœtus. Pour toutes les autres tranches de la population, la maladie reste bénigne. Les symptômes (fièvre, éruption cutanée, etc.) ainsi que les syndromes qui y sont associés, comme celui de Guillain-Barré, peuvent être rattachés à n’importe quel autre virus.

Pas de quoi tomber dans la psychose, donc…

Non, en effet. Mais ce genre d’épidémie fait en général couler beaucoup d’encre. L’attention médiatique que l’on y porte est toutefois surdimensionnée par rapport à son importance médicale dans nos contrées. Attention, je ne sous-estime pas en revanche l’impact que peut avoir une telle maladie sur les systèmes de santé dans les pays endémiques.

Les Suisses peuvent-ils dès lors se rendre sans crainte en Amérique du Sud?

La plupart d’entre eux, oui, en prenant toutes les protections d’usage pour prévenir les piqûres de moustiques. Il est seulement recommandé aux femmes enceintes d’éviter le voyage. Et il est conseillé aux femmes en âge de procréer d’attendre entre quatre et huit semaines après leur retour avant de planifier une grossesse.

Le lien entre des malformations congénitales chez le fœtus et le virus n’est toutefois pas encore prouvé scientifiquement…

En effet, il n’y a pour l’heure aucune certitude absolue. Et même si ce lien existe, il est vraisemblable que toutes les femmes enceintes atteintes du virus ne risquent pas de voir leur fœtus affecté. A l’heure actuelle, nous ignorons la proportion que cela représente, mais il est probable qu’on soit loin d’atteindre les 100%.

Les prochains JO auront lieu cet été au Brésil, un pays particulièrement touché par le virus. Un risque de plus de voir ce dernier se propager ensuite dans le monde entier?

Oui et non. Le virus Zika est déjà présent dans de nombreux pays, qui recensent quelques cas isolés. Dans certaines régions comme la Polynésie – qui a connu une épidémie entre 2013 et 2014 – la population est maintenant immunisée. Zika ne peut donc plus y circuler. Certes, si un Européen contracte le virus durant les JO, il pourrait ensuite le propager de retour au pays, mais ceci tant que le moustique Aedes y est présent.

De quelle manière le propagerait-il?

En se faisant piquer par un moustique Aedes local, qui deviendrait un vecteur du virus et pourrait le transmettre à d’autres individus. Nous aurions alors affaire à une infection autochtone, contrairement aux cas recensés en Europe jusqu’à maintenant, qui sont importés.

Le risque d’épidémie existe-t-il donc en Suisse?

Oui, mais il est minime. La masse de vecteurs, c’est-à-dire de moustiques, n’est pas suffisante pour déclencher une épidémie à large échelle. L’infection demeurerait occasionnelle et saisonnière. N’oublions pas que le climat européen n’est pas le même que dans les zones touchées par le virus.

Le réchauffement climatique ne risque-t-il pas de changer la donne?

Certes, les moustiques remontent de plus en plus vers le nord. Mais ces modifications se font très lentement, on parle ici en termes de décennies. Par ailleurs, la situation n’a rien de nouveau. Le moustique est présent au Tessin depuis 2003 et pourtant aucun cas autochtone de dengue ou chikungunya n’a été à l’heure actuelle diagnostiqué en Suisse. Or, ces deux maladies se transmettent également par le biais des moustiques tigres. Il n’y a donc pas de raison que le Zika se propage différemment. Rappelons aussi que ce dernier est un virus beaucoup moins dangereux que la dengue.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman