Archives
16 mars 2015

Femmes au Parlement: un équilibre imparfait

Alors que deux tiers des sièges du Conseil national sont aujourd’hui occupés par des hommes, un projet lancé en mars à Berne veut mobiliser l’opinion publique. Ceci afin que davantage de politiciennes soient élues lors des élections fédérales du 18 octobre prochain.

Les parlementaires Katharina Prelicz-Huber, Adèle Thorens et Francine John-Calame.
Le National ne compte qu’un tiers de femmes. Ici, Katharina Prelicz-Huber, Adèle Thorens, et Francine John-Calame. (Photo: Keystone)


«Comment voulons-nous changer la société si la moitié de ses membres n’est pas représentée à Berne? C’est impossible.» Géraldine Savary, conseillère aux Etats (PS/VD), s’exprime ainsi sur le site internet votez-femmes.ch. Tout comme elle, de nombreuses parlementaires suisses témoignent de leur ressenti sur cette plateforme.

Elles ont répondu à un appel lancé par un groupe de travail de la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF). L’action vise à «inciter les femmes comme les hommes à se rendre aux urnes pour accorder leurs voix à des femmes».

Car la situation est loin d’être équilibrée: quarante-quatre ans après l’introduction du suffrage féminin, les hommes occupent plus de deux tiers des sièges au Parlement. Plus inquiétant: si, depuis 1971, le nombre de femmes actives en politique n’a cessé de croître, la courbe stagne, voire s’inverse, depuis 2011. Les raisons sont diverses. Le fait de devoir choisir entre vie privée et engagement politique semble cependant peser lourd dans la balance.

La Suisse ne fait pourtant pas figure d’exception. Dans son rapport annuel, l’Union interparlementaire (UIP) s’inquiète du ralentissement de la progression de la présence féminine dans les parlements à l’échelle internationale (de 1,5% en 2013 à 0,3% en 2014).

«Après l’optimisme et alors que l’on croyait en 2013 que la parité au Parlement pourrait être atteinte en l’espace d’une génération, l’absence de réels progrès en 2014 est un véritable revers,

déclare Martin Chungong, secrétaire général de l’UIP dans un communiqué.

«Les femmes ont de la peine à se mettre en avant

Portrait d'Etiennette J. Verrey
Etiennette J. Verrey

Etiennette J. Verrey, présidente de la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF)

Pourquoi les femmes représentent moins d’un tiers des parlementaires?

D’abord, il y a un facteur important qui concerne la manière dont les listes électorales sont établies. Si trois femmes sont présentées à la fin d’une liste d’une quinzaine de personnes, elles n’ont pratiquement pas de chances d’être élues. Par contre, si on les met sur le premier tiers de la liste, elles auront plus de chances. Un autre aspect concerne la représentation des femmes dans les médias. Cela joue un rôle important en termes de réussite aux élections. Une étude est d’ailleurs en cours pour analyser à quelle fréquence et sur quels thèmes les médias donneront la parole aux femmes durant la campagne électorale 2015. Il y a enfin un facteur culturel. Les femmes ont de la peine à se mettre en avant.

Pourquoi?

Une femme se pose mille questions. Elle se demande: «Suis-je vraiment capable de faire cela? Où sont mes priorités? La famille est-elle plus importante ou est-ce le travail?» Elles ont beaucoup plus d’inhibitions à dire spontanément «oui je m’engage» que les hommes. C’est une question de socialisation. Il faut les approcher différemment. Il ne suffit pas de demander à une femme une fois si elle veut s’engager, il faut lui poser la question plusieurs fois et la persuader qu’elle en est capable et, surtout, que l’on a besoin d’elle.

Quels seraient les bénéfices d’une plus grande parité au Parlement?

La population compte plus de 50% de femmes, elles sont donc mal représentées. Elles ont d’autres attentes, en termes, par exemple, d’environnement et de sécurité. Et si elles ne sont que deux femmes dans une commission d’une vingtaine de membres, elles ont peu de chances de pouvoir mettre en valeur leur point de vue.

Pourquoi ne pas instaurer un système de quotas?

Dans toutes les commissions extra-parlementaires, le quota de 30% (de femmes ou d’hommes) a été exigé. Mais il n’est pas possible de faire de même pour les parlementaires: ce sont les partis qui proposent des candidats, et ensuite c’est le peuple qui les élit. Pour le moment, nous ne pouvons donc pas exiger de quotas par la voie légale. En économie, les choses se présentent différemment: dans ce domaine, l’instauration de quotas s’impose.

Le peuple rechignerait-il à voter pour des femmes?

Je ne crois pas. S’il pense qu’une femme a les capacités qu’il faut – et qu’elle est assez connue! –, je pense qu’il votera pour elle.

Y a-t-il des objectifs pour les élections d’octobre?

En termes de pourcentage, non. Nous espérons néanmoins que davantage de femmes seront élues. Depuis 1971, les chiffres ont toujours augmenté. En 2011, pour la première fois, le chiffre est resté le même.

La Suisse stagne donc et se place au 34e rang mondial, pourquoi?

Dans les pays du Nord, c’est effectivement une tout autre chanson: les femmes sont beaucoup plus représentées. Avec notre démocratie directe, nous ne pouvons pas exiger du peuple qu’il vote pour des femmes. Nous pouvons uniquement essayer de sensibiliser l’opinion. C’est ce que nous faisons à travers notre projet «Votez femmes!»

Quelles sont les actions concrètes?

Nous avons publié une documentation pour sensibiliser le peuple à cette question. Nous avons également créé un site web (www.votez-femmes.ch) où des parlementaires expliquent leurs motivations. Nous espérons que cela inspire les gens. Finalement, ce projet a une double signification. D’un côté, nous voudrions que davantage de femmes soient élues. Et de l’autre, nous espérons qu’elles soient plus nombreuses à se rendre aux urnes.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin