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13 juin 2016

Fès et Rabat, deux villes à vous faire rêver

Des médinas grouillantes de vie aux espaces d’art contemporain épurés, de la tannerie à la Bibliothèque nationale: bienvenue dans ces cités marocaines riches en contrastes.

Une tannerie traditionnelle de Fès
Les tanneries font la renommée de Fès. La plus ancienne existe depuis près de 1000 ans (photo: Alamy)

Fès et Rabat… deux noms porteurs de rêve et d’aventure – et l’occasion pour l’Office national marocain du tourisme de faire découvrir deux villes méconnues. «On parle toujours de Marrakech, qui est devenue très tendance, souligne Stéphanie Cassan, l’une de nos accompagnatrices. Mais Fès et Rabat gagnent à être visitées et révèlent des facettes très différentes du Maroc.»

Une médina en effervescence

Les barques de Bouregreg
Les barques de Bouregreg , du nom du fleuve éponyme, ne sauraient manquer
au paysage pittoresque du littoral de Rabat (photo: Alamy).

Direction Fès, d’abord, pour un plongeon dans le passé et les traditions. On s’arrête devant le palais royal et ses 84 hectares, protégés par sept portes somptueuses. Sur chacune d’elles, quatre matières, le bronze, la mosaïque, le marbre et le plâtre, et quatre couleurs riches en symboles: le rouge pour Marrakech, le vert pour l’islam et Meknès (une ville du nord du Maroc, qui en fut autrefois sa capitale, ndlr), le blanc pour Casablanca et enfin le jaune pour le désert.

Quelques minutes en minibus nous suffisent pour atteindre le cœur palpitant de la ville: la médina, restée inchangée depuis le XIe siècle. Forte de 600 000 habitants et de 9400 ruelles, la vieille ville grouillante et colorée se compose d’un lacis de voies étroites et tortueuses où s’alignent stands de dattes et de nougat, cascades de babouches et autres merveilles.

Au détour d’une allée, des graveurs de pierre. Plus loin, une boutique d’artisanat et son ciseleur de cuivre.

Un artisan doit avoir au minimum sept ans d’expérience pour faire ce travail,

Une porte ciselée d'un palais royal.
Le travail de cisèlement du cuivre se retrouve tout autant sur les portes d’un palais royal que sur des plats ordinaires (photo: Office national marocain du tourisme).

nous explique le patron de la boutique. Et il ne peut pas œuvrer plus de trois heures par jour, car cette tâche exige beaucoup de concentration et fatigue vite les yeux. Un seul plat demande cinq à six jours de travail.»

Des dentelles de versets

Quelques ruelles plus loin se dessine une entrée dentelée: celle d’une école islamique, aux murs recouverts de versets du Coran délicatement gravés dans le plâtre ou travaillés en mosaïque. Ici et là, au fil des rues, quelques plaques de marbre discrètes à côté de portes joliment ouvragées: derrière se cachent de splendides riads, transformés en luxueuses maisons d’hôtes.

Une arcade richement décorée.
L’art islamique excelle tout particulièrement dans les ornements à motifs géométriques (photo: Véronique Kipfer).

On suit encore quelques ruelles sinueuses, avant d’entrer au Musée Belghazi, qui ouvre sur la plus ancienne tannerie du Maroc. Feuilles de menthe fraîches en bouche, afin de contrer l’odeur pestilentielle, on écarquille les yeux devant le spectacle fascinant des tanneurs pieds nus, passant d’une cuve colorée à l’autre – le rouge est issu des coquelicots, le brun des noyaux de dattes et le blanc de fientes de pigeon – pour traiter les peaux sous un soleil de plomb.

Après cette vision dantesque, on plonge dans une oasis de tranquillité: le Jardin Jnan Sbil. Soit 7 hectares de végétation luxuriante, aménagés au XVIIIe siècle sous le règne du sultan alaouite Moulay Abdellah. Devenu parc impérial, le jardin a été ouvert au public en 1917.

Entre les allées de bambous géants, de washingtonias, d’eucalyptus et d’orangers, familles et amis se retrouvent pour bavarder et profiter de la fraîcheur et de la beauté du lieu. «Avec la mondialisation, nous vivons dans un monde de plus en plus stressant, souligne l’artiste peintre Stéphanie Devico, que nous rencontrons dans son atelier.

Je me rends souvent dans la médina pour boire un thé et me ressourcer, parce que là, on a l’impression que le temps s’arrête. C’est comme un saut dans le passé.»

La jeune femme sait de quoi elle parle, elle qui incarne parfaitement le lien entre tradition et modernité: elle a créé son atelier dans une des pièces de l’entreprise de conditionnement de câpres de son père. En bas, des femmes trient les petits boutons de fleur vinaigrés, tandis que la jeune artiste nous montre à l’étage ses premières œuvres aux couleurs vives et ses nouveaux monochromes. «Depuis un voyage en Inde en 2007, j’ai abandonné la couleur pour me tourner vers le blanc, le gris et le noir.

Pour moi, un tableau sombre est une forme de méditation.»

L’art contemporain y trouve aussi sa place

Portrait de Yasmina Naji,
Yasmina Naji, directrice du centre d’art Kulte

A Rabat, Yasmina Naji incarne, elle aussi, le Maroc contemporain: «Nous devons réfléchir à de nouveaux espaces et à de nouveaux modèles économiques pour les structures culturelles», affirme la créatrice de Kulte, à la fois galerie d’art et maison d’édition, ouverte il y a trois ans.

Deux fillettes regardent des œuvres  au mur.
L'art contemporain a toute sa place au Maroc (photo Véronique Kipfer).

Afin de sensibiliser un large public à l’art sous toutes ses formes, elle a acquis un risographe, une machine d’impression japonaise qui permet d’éditer des livres d’art de façon économique et écologique. «Généralement, les livres d’art sont édités en français ou en anglais, langues que la population marocaine ne maîtrise pas forcément, nous explique-t-elle.

Nos livres sont toujours bilingues ou trilingues, en arabe, français et/ou anglais.

Selon les projets, nous travaillons avec des artistes, sociologues, anthropologues, philosophes ou cinéastes pour approfondir les sujets.»

En visitant la sereine Rabat, on réalise que le pays évolue rapidement: la nouvelle Bibliothèque nationale, construite en 2008 et toute de lumière et de transparence, dresse ses murs modernistes au centre de la ville. Elle abrite près d’un million de documents et est en train de mettre en place sa librairie numérique. A quelques rues de là, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, ouvert en octobre 2014 regroupe les œuvres de plus de cent artistes marocains. Et propose également ces jours une rétrospective sur Alberto Giacometti.

Avant le crépuscule, petit tour rapide dans la médina: bien différente de celle de Fès, ses allées plus larges offrent un joli aperçu de portes colorées et décorées. On descend ensuite au bord de la mer, pailletée de rose au soleil couchant. Les remparts de la cité se nimbent d’or, et on se perd dans une délicieuse rêverie. Mais on est déjà en retard pour le repas, yalla, on s’en va!

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer