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14 mai 2012

Festival de connes

Martina Chyba vitupère contre les actrices dont «le rêve n’est pas de jouer la comédie mais de devenir l’égérie d’un parfum, d’une crème ou d’un truc pour les cheveux».

Martina Chyba
Martina Chyba

Amis de l’intelligence profonde, réjouissez-vous, voici venu le temps du Festival de Cannes. Préparez-vous donc à affronter des interviews fascinantes d’acteurs. Les questions sont posées par des journalistes anesthésiés parce qu’ils voient une star en vrai. Les réponses sont probablement écrites par le service de communication des studios et apprises par cœur par les acteurs pour qu’on soit certain de retrouver absolument les mêmes dans tous les médias. Du style «j’ai adoré travailler avec ce réalisateur», «j’ai tenu à faire les cascades moi-même», «ma partenaire était extraordinaire», ou autre «non je ne vois pas de contradiction à faire un film qui critique les multinationales et en même temps de la publicité pour Nespresso» et des concetés pareilles.

Mais tout cela n’est rien à côté des interviews des actrices. Parce que là, c’est vraiment un festival. De toute façon leur rêve n’est pas de jouer la comédie mais de devenir l’égérie d’un parfum, d’une crème ou d’un truc pour les cheveux. D’ailleurs maintenant ce sont des publireportages sur le ton de «depuis que je suis petite j’adore ce couturier». Mais après, vous aurez eu droit au fameux «je me suis mise en danger» (va donc travailler sur une plateforme pétrolière cocotte et on en recause), «j’étais un laideron en classe» (c’est drôle, moi j’étais moche aussi, mais je le suis restée), «je ne fais jamais de régime, j’ai des bons gènes» (et un bon diététicien et personal trainer aussi), «j’ai adoré jouer avec machine, je l’adore, on est hyper-proches» (hahahahahahaha) et «je refuse la chirurgie esthétique parce que la beauté vient de l’intérieur» (je connais des tas de filles très belles de l’intérieur qui aimeraient faire du cinéma et ne trouvent pas de boulot, stupéfiant non?).

Pas une pour vous dire: oui le parfum dont je fais la pub est dégueu, mais je ne le fais que pour l’argent; oui mon visage est comme les rues de Genève, toujours en travaux; oui je suis prête à mettre de l’arsenic dans la poudre protéinée de ma rivale pour avoir le rôle; oui c’est parce que je suis une bombasse et que mon oncle est producteur que j’ai eu ce rôle. Ce serait pourtant plus rigolo.

Il faut les piquer je vous dis. Ah mince, c’est déjà fait. Avec du botox. J’ai toujours pensé que cela ne paralysait pas que les muscles du front, mais aussi ce qu’il y avait en dessous.

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba